UNE ANNÉE DE LA VIE D’UNE FEMME , SEMAINE 18, dans l’humus d’un sous bois

 

Je préférais que cela soit Victor qu’Aimé à être clouée sur son grabat. Car la vieille était sûre de son jugement, mais cela n’allait guère de soit. Le lendemain le pauvre bougre eut de la fièvre et fut abandonné seul dans la grange. La pluie ayant cessée il fallait sortir la charrette de son bourbier. La réputation de mon père était en jeu et l’abandon de l’un de ses outils de travail aurait ruiné sa réputation. Il se devait de se sortir de là sans avoir besoin de ses voisins.

Heureusement grâce à l’ingéniosité de Stanislas ils s’en sortirent. Au village, on apprit le malheur du valet et ses parents vinrent le chercher avec une carriole à bras, vous auriez vu l’équipage, parfois le comique côtoie le tragique.

Ce n’était pas tout cela mais les bras vigoureux du jeune homme allaient manquer à l’exploitation, mon père louerait un valet à la foire de la Saint Jean mais en attendant les autres hommes devraient courber l’échine et se multiplier. Bien sûr et comme d’habitude on pourrait peut-être compenser en me faisant effectuer quelques tâches masculines, ben voyons moi qui n’avais rien à faire.

Le temps s’améliora donc un peu mais les dégâts furent considérables, mon père avait l’impression d’avoir perdu ses deux bras. Mais bon il passait son temps à se plaindre, d’autant que le propriétaire vint faire sa tournée d’inspection et qu’il ne fut guère content .

Ils étudièrent tout comme si cette inspection devait changer le cours du temps. Chaque parcelle fut visitée, on vit le châtelain se pencher et écraser des mottes de terre, on le vit même en sentir.

Monsieur, malgré ses beaux habits sentait la terre , la respirait, la vivait c’était presque l’un d’entre nous.

Les bêtes étaient aussi à lui alors il se rendit dans l’étable, il gueula un peu de voir que le toit n’avait pas été refait depuis la tempête. Mais,expliqua mon père en bredouillant, ce n’est pas de ma faute, les couvreurs sont submergés de labeur, notre tour viendra.

Notre maitre me fit l’honneur de me demander des nouvelles de mon bébé, au village rien ne lui échappait et la maladie de ma fille pas plus qu’autres choses.

Le temps resta encore mauvais et les travaux agricoles en furent donc retardés. Un dimanche on décida de nous rendre en visite dans la famille de Stanislas. Mon mari tenait à conserver des liens avec eux.

Je ne vous en ai pas encore parlé, ses parents étaient morts depuis bien longtemps, Pierre en 1824 et Anne Maixent en 1815, autant vous dire que Stanislas avait un souvenir assez estompé de cette dernière. Mais il avait deux frères qui habitaient à Talmont Saint Hilaire, François et Jean Louis. Nous allions souvent rendre visite à François et à sa jeune femme Marie Esther, cela nous faisait une longue route jusqu’à la Bourie, plus de douze kilomètres allez et autant sur le retour. Ma belle sœur allait bientôt accoucher et nous voulions nous assurer que tout allait bien.

Nous nous levâmes à l’aube et je préparais le repas pour mon père et mes frères avant de partir. Puis j’empaquetais ma fille pour la conduire chez les Caillaud, où mon amie la garderait.

Enfin nous nous retrouvâmes seuls avec Stanislas, comme au temps de nos fiançailles lorsque nous courions la campagne à la recherche d’un hallier pour cacher notre amour. Je ne sais si lui ressentait la même chose, vous savez une sorte de délivrance, de légèreté qui vous fait oublier vos tracas. Tout vous paraît beau, rien n’a d’importance. J’étais donc dans cet état d’esprit quand par un hasard soudain nous fit rencontrer Victoire et sa sœur. Que faisaient elles de si beau matin à traîner leur vilain cul? Nous ne pouvions que les saluer, je vis que mon mari était gêné au possible, il rougit jusqu’au cheveux. Je fis exprès de faire un brin de causette avec les deux diablesses pour augmenter son trouble, lui il continua son chemin pour m’attendre plus loin.

Le trajet se fit d’un seul coup plus pénible, les feuilles des arbres n’avaient plus le même vert, le chant des oiseaux modifié semblait jouer faux. Le soleil qui me réchauffait de ses d’ardillons de mai ne fut plus suffisant et j’eus quelques frissons. De plus j’entrais dans un mutisme qui contrastait avec mon babillage du départ. Stanislas pourtant pas très subtile se rendit compte du changement et tenta par une approche masculine de me redonner du baume au cœur. Un sous bois à mi chemin lui donna une petite idée. Il m’y entraîna m’ y poussa gaillardement comme un soldat mène une fille. Pour qui me prenait-il, la vue de Victoire lui avait-elle provoqué une montée de sa vilaine sève ou bien voulait-il se faire pardonner d’avoir été surpris en pleine confusion. Dans son insistance à vouloir m’embrasser il me fit mal et un goût de sang me vint à la bouche. Comme un chat prend une chatte en chaleur il me mordilla le cou. Je ne sais si c’est le contact de sa bouche ou bien sa main qui se faufilait entre mes jupes qui décupla ma force mais je lui échappais. Ce gros bêta crut à un jeu tant il était sûr que ses envies étaient systématiquement les miennes. Je courus pour m’évader de son emprise amoureuse mais je perdis un sabot et trébuchais.

La tête dans les feuilles et le ventre dans une terre pleine d’humus je sentis qu’il s’allongeait sur moi.

Je ne pouvais me dégager de son étreinte. J’abandonnais la lutte, je m’abandonnais à lui. L’odeur des feuilles en décomposition que pourtant j’adorais me fit presque vomir. Mon esprit dans un nuage noir surnageait à peine, j’avais chaud, j’avais froid. Le soleil sur mes fesses nues me brûla comme au fer rouge. J’avais mal, j’avais honte, j’avais envie de me vider. Lui gaillard reput était prêt à reprendre la route.

Il fut gai comme un pinçon le reste de la journée et retrouva son frère avec bonheur. Moi je restais la journée en retrait avec ma belle sœur. On se raconta des histoires de femmes et de grossesses.

Les deux compères s’échauffèrent en buvant de fortes rasades de vin et je crois que le Stanislas fièr de lui conta son exploit du matin à son frère car ce dernier entre deux grasses plaisanteries me demanda si j’aimais les sous bois. Je les aurais bien tué tous les deux, concernant Stanislas ma vengeance serait terrible. Certes il pouvait disposer de moi, j’étais sa chose et au niveau de la loi je lui appartenais comme lui appartiendrait une charrue. Le mot forcement n’avait pas cours dans nos campagne et surtout pas entre mari et femme. L’homme dispose, l’homme impose.

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