UN FUNESTE DESTIN, Épisode 15, Une période idyllique

Neuf mois presque jour pour jour elle me donna un garçon, nous n’avions pas trainé, elle était heureuse et moi aussi.

Un fort bel enfant que l’on nomma René François, accouchement sans problème, enfant désiré, nous coulions enfin des jours heureux.

Le maire Louis Junin fut heureux de me voir déclarer cet enfant et il accepta même d’aller boire un verre avec moi et mon témoin le père Jean Sauvaitre. Le nouvel instituteur Jean Claironin qui faisait office de secrétaire vint aussi avec nous, c’était de bon augure.

A la maison ma mère trouva en ma femme toutes les qualités du monde, cela me changeait,  Marie Magdeleine alliait aux yeux de ma mère tout ce que pouvait désirer une femme. Pas assez belle pour attirer les convoitises d’autrui, laborieuse au travail, bonne ménagère, bonne chrétienne, fertile et enfin une teinte de respectabilité envers elle, vraiment j’avais épousé une perle.

Marie effaçait toutes les tares des trois précédentes, moi je ne voyais pas tout à fait cela comme ça, mais bon quand je rentrais la paix régnait, mes deux femmes m’entouraient et me choyaient.

De plus ma femme avait repris en main l’éducation de mon fils François, ce diable de garnement qui méritait le fouet sans cesse avait trouvé une adversaire à sa taille.

A la fin de l’année 1847 ma femme n’eut plus ses menstrues, c’était annonciateur d’une bonne nouvelle ou d’une catastrophe, c’était selon . Chez nous la famille n’était pas assez étoffée pour que cela présente un problème. Marie fut ravie, moi plus inquiet car j’avançais en âge, ce n’était pas le tout de les faire il fallait les élever.

Ma femme devint fort grosse, au début cela avait du charme ensuite un peu moins de toutes façons je ne pouvais plus la toucher, alors pour compenser je passais un peu plus de temps au bistroquet, d’autant que cela discutait ferme. Les journaux parisiens arrivaient et ceux qui savaient lire les commentaient, parfois quelques uns se battaient , Orléanistes, légitimistes, républicains, les avis divergeaient.

Lorsque l’ambiance était trop tendue, on allait chercher le maire, ce dernier en vieux sage calmait l’assemblée. Il n’empêche l’atmosphère n’était pas bonne et ceux qui se prenaient le col à l’auberge ne s’embrassaient pas quand ils se croisaient sur les chemins de campagne.

Moi j’en tenais pour les républicains, sans savoir ce que c’était exactement mais le souvenir des récits de la grande révolution mais faisaient aimer ces opposants au régime actuel.

A la maison un peu saoul je remettais cela sur le tapis, évidemment ces gueuses de femmes ne comprenaient rien, ma mère voulait Chambord celui du drapeau blanc, ma femme voulait garder le roi des Français Louis Philippe, gros bourgeois ou voulant le laisser paraître. Quand j’en avais marre d’entendre leurs inepties j’allais me coucher.

C’est la foule parisienne qui se chargea de départager, le 22 février 1848, les étudiants, les ouvriers se levèrent en masse pour demander le départ du ministre Guizot honnis par tous. Le roi ne s’inquiéta guère il avait des troupes fidèles. Le lendemain les gardes Nationaux firent défections, le ministre détesté fut renversé, tout sembla se calmer, mais une fusillade sema de nouveau le trouble, la foule s’embrasa, le 24 février Louis Philippe d’Orléans abdiqua en faveur de son petit fils, mais personne ne voulut de cette solution, un gouvernement provisoire se forma.

Nous à Saint Sauveur de Nuaillé on eut une vision un peu raccourcie de l’affaire car tous les journaux arrivèrent en même temps, alors dans la même lecture on  eut le début et la fin de l’affaire.

Nous étions donc en république, mais bon ici du moment que les récoltes étaient bonnes et le vin bien titré.

Jacques Alexis Gabriel naquit le 04 avril 1848. Ma femme s’était surpassée, en quelques heures à l’aide de Marie Magdeleine Baudin la sage femme notre enfant était là. Tellement rapide qu’on alla même pas me chercher . Lorsque j’arrivais, le petit braillait, la mère fatiguée dans son lit dormait et la grand mère dans le fauteuil s’était assoupie.

J’observais avec attendrissement mes deux femmes, maman parcheminée, ratatinée par des années de labeur conservait un reste de beauté, elle était là en son sommeil comme une belle fée protectrice. Ma femme qui pendant toute sa grossesse avait été gonflée, reprenait ses traits. Un léger sourire sur son visage la rendait belle. Je ne sais ce qui m’a pris je lui ai déposé un baiser sur le front . Elle se réveilla, illuminée, transcendée, heureuse, la vie nous sera belle avec les trois garçons.

Je pris le chemin de la mairie, là bas, le maire prit ma déclaration et me parla des futures élections municipales au suffrage universel.

Je ne savais pas ce que cela voulait dire, il m’expliqua que tous les hommes pourraient voter et s’exprimer librement. Il n’avait pas l’air de trouver cela très bon, inquiet une forte ride semblait lui barrer le front, en tous cas moi je voterai pour lui.

Marie tînt à faire ses relevailles à l’église, moi je lui fis ses relevailles sous notre édredon, à chacun sa religion.

En juin de nouvelles émeutes ouvrières firent des milliers de morts, l’armée  chargea les blouses bleues, c’était bien la peine de  renvoyer les Orléans en Angleterre si la République tirait sur les ouvriers

Nous au village ce fut la première fois que nous votions, en fin de compte ce ne fut pas Junin le chirurgien qui serait nommé mais celui qui fut son adjoint Pierre Robin. Moi ce négociant arrogant, aux allures de gros bourgeois, fréquentant les gens du château de Beauregard et de Ferrières, je ne l’aimais pas beaucoup, un vrai coq imbu de son argent.

Mais bon laissons ces affaires politiques moi je n’étais pas au conseil municipal et je ne savais pas lire. C’est pourquoi j’ai cru bon d’envoyer mon fils François s’instruire un peu à l’école.

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