LE CIMETIÈRE DU GUÉ D’ALLERÉ, Histoire d’un lieu

 

LE CIMETIÈRE DU GUÉ D’ALLERÉ

Que l’on soit adepte de promenade en ces lieux, qu’on s’y rende une fois l’an pour fleurir une tombe ou qu’on évite cet endroit malséant, nous savons tous où le cimetière se trouve.

Celui de notre petit village ne fait pas exception .

Il est situé en marge du village respectant à la lettre les recommandations des autorités, bien qu’avec l’expansion du village les maisons des vivants se rapprochent de nouveau de celles des morts.

Avant d’ étudier sa simple histoire, il est sans doute bon de rappeler ce qu’est un cimetière et d’en appréhender un historique.

L’humanité enterre ses morts depuis une éternité mais le plus vieux cimetière connu se trouverait au nord de la Jordanie et serait vieux de 16500 ans.

Le mot cimetière vient du grec dortoir, en effet dans la religion chrétienne les morts sont en attente d’une résurrection.

Ils dorment donc du sommeil éternel dans un champs de repos.

Notons toutefois que jusqu’au 15ème siècle le terme cimetière est seulement utilisé par les religieux, le peuple utilisant le mot aître qui vient du romain atrium et qui on le sait ou pas nommait la pièce principale de l’habitation.

C’est dire l’importance que la population donnait à l’endroit.

Ce mot ensuite dériva vers la désignation du porche de l’église et du parvis, le mot cimetière s’étant imposé.

Dans l’antiquité romaine les morts étaient enterrés en dehors de la ville le long des voies de communication ou bien dans des catacombes.

La loi des douze tables ( 450 av JC ) interdisait par mesure d’hygiène d’être enterré ou incinéré dans les cités.

Les premiers chrétiens seront donc enterrés dans des catacombes.

C’est tardivement sous l’ère des carolingiens ( 8ème siècle ) et pour lutter contre les coutumes païennes de l’incinération qu’on prit l’habitude d’enterrer nos morts.

Tout d’abord dans un champs plein, puis peu à peu dans un endroit proche de l’église pour s’assurer une protection plus efficace des saints martyrs.

A l’aube des cimetières, ils se trouvent ouverts sans délimitation ni architecture bien établies. Viendra ensuite le temps ou ils seront clos avec l’adjonction d’une croix centrale.

Les tombes n’avaient pas le caractère permanent qu’on y attache aujourd’hui, les corps étaient mis en décomposition en terre et sans pierre tombale, on ignorait rapidement l’endroit où ils étaient enterrés.

La plupart du temps les tombes étaient sommaires, les morts entassés dans un espace restreint y exhalaient souvent une odeur pestilentielle. Les sources à proximité étaient polluées et il n’était pas rare que des corps fussent déterrés par des animaux en maraude.

De plus les cimetières d’antan étaient loin d être aussi silencieux que ceux d’aujourd’hui. Les gens y prenaient rendez vous, y discutaient, y commerçaient et s’y promenaient volontiers.

Régulièrement et pour faire de la place on collectait les os et on les plaçait dans un ossuaire ou dans une fosse commune.

On ne connaît pas de description du cimetière du Gué d’Alleré primitif ni d’ailleurs de la première église, mais rien ne nous indique qu’il n’en fut pas ici comme ailleurs.

 

La situation resta en l’état fort tard dans le 18ème siècle, mais l’empreinte humaine s’accélérant il fallut pallier par des textes à l’augmentation des nuisances.

Tout d’abord, les habitants ayant quelques aisances prirent l’habitude de se faire enterrer dans les églises, plus le niveau social montait plus on était inhumé près de l’autel. On imagine les inconvénients olfactifs et les risques de propagation épidémique.

Un décret royal en 1776 mit fin à cette pratique ancestrale.

Concernant l’église du Gué d’alleré, les dernières personnes ensevelies furent Marie Louise et Louise Guy Poirel héritières de la seigneurie du Gué d’alleré, le 31 janvier 1755.

Elles demeuraient toutes deux au château du Gué d’Alleré.

On se doute que la mesure ne fut pas appréciée de tous et que l’église qui y voyait une source de revenu importante freina des quatre pieds.

En 1804 un décret napoléonien décida que le cimetière serait ouvert à toutes les confessions. Le cimetière sera désormais géré par la Fabrique en lieu et place de l’église et tous auront le droit d’avoir une sépulture identique.

On mit également en place les concessions renouvelables tous les cinq ans.

Le cimetière du Gué d’Alleré reste bien au chaud autour de l’église.

Avant de poursuivre, il convient d’apporter une précision d’importance. Le village du Gué d’Alleré était une paroisse avec ce qu’on appelait des annexes.

Il y avait le village de Mille Écus et le village de Rioux, entendons plutôt hameaux que villages mais chacun avait toute fois une église et un cimetière.

Le village était donc pourvu de trois cimetières ce qui après tout n’est pas très banal.

Il n’y a bien sûr aucun renseignement sur la création de ces cimetières mais il faut savoir qu’on a découvert lors du creusement d’un fossé à Rioux au 19ème siècle  deux sarcophages qui pourraient dater des premiers temps d’une installation chrétienne dans notre village. Cette découverte étant située à proximité de la métairie de Rioux, lieu de l’implantation de l’église.

L’église de Rioux portait le nom de notre Dame et la dernière inhumation eut lieu le 7 mars 1783. Après cette date il n’apparaît plus rien sur les registres. C’est donc Jean Jutteau 79 ans qui clôture les inhumations en cet  endroit. Le cimetière était de toutes façons très peu utilisé.

Avec un peu plus d’animation si j’ose m’exprimer ainsi, il y avait aussi le cimetière de Mille Écus qui se trouvait autour de l’église qui par ailleurs devait servir de chapelle au château.

Le dernier a être enterré en ce lieu est le fils de Pierre Bonnet et de Marie Naudin, âgé de trois ans, il est mort le 16 mai 1787 et a été inhumé le lendemain.

Au regard de l’étude des registres paroissiaux la majorité des inhumations se faisaient dans le cimetière du Gué d’Alleré. Les deux autres étant réservés aux habitants des hameaux bien moins importants que le bourg principal.

De toutes manières les églises ont été désaffectées et les cimetières abandonnés peu à peu, bien que l’on trouve encore trace d’une Fabrique (la Fabrique est l’ensemble des biens matériels d’une église et des revenus affectés à l’entretien de ces biens ), à Rioux et à Mille écus dans les premières années du  19ème siècle, ce qui tendrait à démontrer que les deux églises pouvaient être encore utilisées où du moins qu’il y avait encore des biens à gérer.

L’on sait également qu’en  1841 les trois cloches de nos églises du Gué, de Rioux et de Mille écus furent fondues en une seule et pesant  donc 347 kilos. Les pierres des églises de Rioux et de Mille écus ayant quand à elles, ont servi à agrandir l’église principale du Gué en  1837

Notre petit cimetière continua sa vie, si j’ose m’exprimer ainsi mais en 1842, il faut bien le dire nos morts sont à l’étroit.

 

La population globale qui était de 532 habitants en 1806 arrive à 882 en 1841, c’est encore moins qu’avant la révolution ( 976 en 1793 ) mais c’est maintenant trop car les cimetières de Rioux et Mille écus sont fermés.

Notons que cette expansion démographique coïncide avec l’expansion maximum du vignoble dit Rochelais.

Il faut donc en changer et en 1842 l’affaire est faite, le jardin des morts, qui depuis toujours était sous la protection tutélaire de l’église est déplacé sur le terrain actuel.

Les morts s’éloignent des vivants.

En 1843 les travaux de la clôture sont adjugés à François Raimond, le farinier du moulin David.

Puis en 1847 on érigera la croix qui se trouve encore au milieu du cimetière, dessinée par l’architecte P Coiffé et approuvé par le maire Monsieur Bontemps.

 

Mais des morts toujours des morts, il faut agrandir. Les terrains disponibles appartiennent à Auguste Boisson et Louis Raymon. Ils ne veulent sans doute pas vendre alors ils sont expropriés par jugement du tribunal de La Rochelle en avril 1861.

Dès lors notre cimetière ne changera guère jusqu’à une date récente. Mais un changement des pratiques et des mentalités fit que l’on dû adjoindre un columbarium et un jardin des souvenirs.

 

 

LA MORT DU COLLABO DU GUÉ D’ALLERÉ, JUSTICE OU CRIME? Suite

Pourquoi, un homme suspecté de collaboration économique, un homme que l’on croit affilié à la Milice, un membre actif du parti populaire Française de Doriot que l’on dit même proche de François Sidos quitte-t-il la ville de La Rochelle encore occupée par les Allemands pour venir se réfugier dans un village aux mains des maquis?

A ce jour c’est pour moi une interrogation, un esprit éclairé pourra peut-être m’apporter une réponse.

La maison il est vrai entachée de mystère, était celle d’un juif réfugié expulsé de la zone

Entrons maintenant dans le vif du sujet, que l’on va voir fort controversé.

Je tiens à préciser que les informations et les faits que je vais narrer se trouvent dans les journaux de l’époque, enfin presque.

23 octobre 1944 dans le village du Gué d’Alleré évacué par ses habitants une Citroën traction s’arrête devant la maison où loge Breton.

Cinq hommes y pénètrent et procèdent à l’interpellation de notre collaborateur, une fouille de la maison permet de récupérer des preuves.

On traîne Breton dans la voiture pour l’emmener à la Rochelle pour qu’il y soit entendu par un tribunal militaire . Notons déjà l’incohérence du journaliste rédacteur, car La Rochelle ne sera libérée que le 7 mai 1945, aucun tribunal jugeant les collaborateurs ne s’y trouvait évidemment réunis avant sa libération.

Nous étions en une période fort troublée et les cinq maquisards n’auraient pas été mus par un sentiment de justice mais plutôt par un esprit de vengeance, voir ayant une pensée de lucre.

Une chose est sûre, Breton n’arriva jamais à une quelconque destination. Car on retrouva son corps le12 novembre à Marsais une petite commune du département qui soyez sûrs ne même nullement à La Rochelle.

L’affaire ressemble fort à une exécution et lorsque la situation devient un peu plus calme et que la vraie justice peut-être rendue, l’on recherche les responsables.

En l’affaire, les responsables sont le sous lieutenant Louis Carsique dit loulou et André Leblay, ainsi que le lieutenant Louis Malle. Les deux derniers occupants de la voiture ne seront pas identifiés.

Débute alors l’affaire Carsique et Leblay, le lieutenant Malle étant décédé d’un accident de voiture à Saint Georges du bois (17 ).

Le 21 février 1947 le capitaine Renault juge d’instruction au tribunal militaire de Bordeaux rend une ordonnance de non lieu pour les deux hommes.

La teneur de l’ordonnance selon la presse dit à peu près que  » attendu qu’il s’agit en l’espèce de la disparition du nommé Gaston Breton. Entendu que ce dernier signalé au service de la sécurité militaire comme collaborateur et très suspect en raison du fait que des signaux auxquels répondaient les Allemands, venaient de la propriété sise au Gué D’alleré. Que cette maison fit l’objet d’une perquisition ordonnée par le commandant Coustellier dit Soleil du 108 régiment d’infanterie.

Que cette opération aurait permis la découverte de lettres compromettantes confirmant les soupçons que l’on portait.

Carsique et Leblay sont libres, couverts par leur hiérarchie.

Mais poursuivons l’histoire avec leur version qui bien évidemment est la seule car Breton est mort.

Le Lieutenant Hugues (Malle ) chef de la sécurité militaire est donc chargé de l’arrestation de Breton. Après un interrogatoire dans la maison du Gué notre homme aurait reconnu appartenir à la milice, jusqu’à là tout est cohérent, notre homme n’est pas tout rose.

Ensuite on doit mener l’homme au pc du groupe qui se trouve à Épannes sur la route de Niort.

Il ressort que sur le chemin la voiture doit faire halte pour une panne ou bien pour un besoin pressant de Breton. Sur ce sujet les versions divergent chez les journalistes.

Profitant de cet arrêt Breton s’échappe, précisons tout de même que l’escorte est de cinq personnes, que Breton est âgé de soixante ans et qu’il est apparemment sous l’emprise de l’alcool.

Quoi qu’il en soit il s’échappe, on le poursuit sans succès et l’on tire de nombreux coup de feux sans apparemment toucher le fuyard.

L’affaire est donc très claire, d’autant qu’on avait pas de corps, et que Breton aurait été vu avec Sidos le chef de la Milice sur La Rochelle bien après son arrestation.

Bref il y a non lieu en 1947, nos maquisards sont blanchis et Breton ne serait même pas mort.

Bon l’affaire aurait pu être entendue si nous faisions fi du corps retrouvé à Marsay le 12 novembre 1944. Pour la défense des maquisards le corps n’aurait pu être identifié . Mais enfin il est fort probable que cela soit lui .

Pourquoi nos maquisards sont-ils passés par Marsay pour se rendre à Epannes, je vous le dis, connaissant la région ce n’est pas la route la plus courte et la plus directe.

Il n’est pas dit non plus comment Breton s’y serait prit pour faire tout ce chemin pour rentrer sur La Rochelle, vous voyez les interrogations sont multiples.

Quoi qu’il en soit la famille inhume Gaston Breton dans la concession familiale dans un des cimetières de La Rochelle.

En 1951 l’affaire est de nouveau ouverte mais cette fois loin des passions du moins le croit-on, par un juge d’instruction civil, le juge Durand.

Celui-ci considère que le corps retrouvé à Marsay est bien celui de Breton et qu’il a été abattu par son escorte.

Le Blay est interpellé à Aix en Provence le 5 juillet 1951 , quand à Louis Carsique il est déjà en prison à Bordeaux pour un délit de droit commun..

Le corps est exhumé mais aucun élément nouveau n’apparait. André Le Blay est incarcéré à la prison de Fontenay le comte.

Maintenant il est temps de conclure, le 12 octobre 1953 la chambre des mises en accusations de Poitiers dut rendre son verdict quand à la culpabilité de Carsique et Le Blay.

Loin des passions de l’époque nous pouvons constater que le dit Breton a été abattu sans jugement et que sa collaboration avec l’ennemi n’a donc pas pu être prouvée. Comme des milliers d’autres il a été sauvagement exécuté, mais certains opposeront ces actes de vengeance avec les atrocités commises par l’occupant et ses affidés Français.

Chacun jugera en sa conscience, doit on répondre au meurtre par le meurtre.

Quand à Carsique et Leblay ils sont bien sûr décédés emportant leur secret avec eux.

Disons que Gaston Breton fut reconnu victime civile et que l’on trouve sa fiche sur mémoire des hommes.

J’invite tous mes lecteurs qui auraient des renseignements sur cette affaire à me contacter, je pourrais ainsi compléter ou corriger mon texte.

Je n’ai à ce jour pas trouvé le résultat du verdict de la cour de Poitiers.

LA MORT DU COLLABO DU GUÉ D’ALLERÉ, JUSTICE OU CRIME?

Maison où fut arrêté Gaston Breton

LE MYSTÈRE DE LA MORT D’UN COLLABO

Construite avant la grande déflagration mondiale par un affairiste véreux, par un couple d’escrocs aimant la belle vie et les bijoux, » la maison bleue », ou le château comme le nommaient les anciens du village portait aussi un autre nom.

Ce vocable, connaissant le passé historique du village m’intriguait fort, mais comme tous les événements liés à la période trouble de la libération du territoire en 1944 je ne trouvais aucun ancien qui veuille délier; ne serait-ce qu’un moment sa parole.

Une véritable chape de plomb entoure cette sombre histoire et j’en ai bien peur, bien peu la connaisse aujourd’hui.

Les rares témoins sont maintenant morts, les protagonistes aussi. L’action s’éloignant la mémoire de ceux qui connurent l’affaire pour ouïe dire se délite. On mélange les choses, on s’empêtre dans les dates, à la force de ne vouloir rien dire les mots se perdent dans les méandres des faits et du non fait.

Mais que ne l’ai-je encore mentionné, je m’égare dans ma digression. La belle maison haute avec l’insolence de son architecture art déco, portait le vocable peu envié de » maison du collabo ».

Bien sûr à l’heure actuelle il a peu de gens qui la nomment encore ainsi.

Je vais tenter de retracer cette ténébreuse affaire mais je pense que beaucoup de zones d’ombre vont assombrir la narration.

Voyons donc mon texte, comme une une invitation à la recherche des éléments manquants. J’en appelle dès maintenant à votre sagacité et à votre curiosité.

Avant de commencer mettons les choses au point, je vais raconter une histoire, où visiblement plusieurs versions s’affrontaient. Je ne prendrais pas position ni pour l’une ni pour l’autre je ne suis pas là pour juger. Juste pour narrer des faits qui se sont produits dans notre petit village et qui malheureusement se sont répétés dans une multitude d’endroits.

Commençons maintenant, comme on commence souvent les histoires.

Il était une fois, en octobre 1944 dans un petit village se nommant Le Gué d’Alleré….

Ce n’est qu’une petite bourgade sans prétention et sans attrait. L’occupation Allemande n’y fut pas pire qu’ailleurs.

Mais les réquisitions et l’absence de quelques jeunes hommes du village emprisonnés en Allemagne, ajoutaient une touche de malheurs à la fierté nationale mise à mal par une défaite inattendue et bien trop soudaine.

Les allemands qui n’avaient pas encore assimilé leur défaite c’étaient réfugiés dans La Rochelle et dans sa banlieue proche. Cernés par les troupes de maquisards qui accouraient pour en finir avec cette inique occupation, ils avaient constitué une poche de résistance.

Un no mans land s’était constitué et notre village occupé par le maquis, se trouvait à sa lisière.

Le décor est planté, un village de France délivré de ses occupants, des allemands encerclés dans une poche de La Rochelle et des maquisards qui occupent diverses maisons dans le bourg.

Mais il manque encore quelqu’un. C’est un invité de dernière heure sans doute mais c’est notre héros

Il aurait pu être comme le François Pignon de notre moderne  » dîner de con  » si l’époque s’y était prêtée car enfin que faisait-il ici notre sujet ?.

Il est enfin temps d’évoquer, de nommer , de donner le nom, celui qui se murmure avec dégoût et mépris sur les lèvres sèches des vieux qui se souviennent.

Gaston Breton, ouf le clavier ne me brûle pas les doigts à l’évoquer, je reste neutre vous dis-je.

Ce monstre d’iniquité est à l’époque un homme d’age mûr car il est né à La Rochelle (Laleu) le 18 mars1886, son père François est cultivateur, profession qu’il va également épouser.

Mais il ne se complaira pas dans le travail de la terre et deviendra entrepreneur en roulage sur le port de La Pallice en plein développement.

Affaire prospère si l’on en croit le rachat en 1921 par notre entrepreneur d’une autre entreprise de roulage et de déchargement la société de Maurice Breton.

Personnalité de premier plan notre Gaston se présentera même aux élections municipales en 1925 sur le quartier de Laleu. Il sera également président de l’Union sportive Rochelaise.

Le stade de Rugby de La Pallice portera son nom.

Bref c’est une personnalité connue et reconnue. Au niveau personnel, il se marie avec Marie Gibaud avec laquelle, il aura une fille. Quelques années plus tard en 1933, notre entrepreneur convolera de nouveau à la mairie de La Rochelle avec Marie Bernard et il en aura un fils et une fille.

La guerre et son occupation arrive et cet homme établi, gros entrepreneur se trouve amené à faire des choix qu’évidemment nous ne jugerons pas car tel n’est pas le sujet.

 

LA FEMME DU MILICIEN, Épisode 1- l’attente et la peur

LA FEMME DU MILICIEN, Épisode 2- la tonte

LA FEMME DU MILICIEN, Épisode 3- la promenade ignominieuse

UN MARIAGE AU CHÂTEAU DE MILLESCUS, Épisode 2

 

Au soleil blafard qui tentait de se faire jour parmi les brumes montantes du ruisseau  quelques êtres blêmes et faméliques essayaient de se réchauffer désespérément.

Mal nourris, pieds nus et vêtus de méchantes hardes, ils formaient toute la population de Milescus. Presque tous laboureurs à bras, ils attendaient déférents mais transis l’arrivée des invités de la noce.

Le meunier Jean Aurard s’était mis un peu en retrait, personnage important et moins famélique, il n’en attendait pas moins ses maîtres avec autant d’impatience que les presque serfs qui l’environnaient.

André Poitou parlait à Jean Cholet, les deux hommes faisaient les cents pas pour se réchauffer en agitant leurs bras.

Suzanne Rozeau, la femme au Laurent Merle se lamentait de la dureté des temps auprès de Françoise Guenon la femme au Chabourny.

Barthélémy Guilbeau force de la nature morigénait ses drôles en leurs promettant forces torgnoles si ils n’arrêtaient pas de gauger dans les flaques d’eau encore prises par la gelée du matin.

Barthélémy n’avait jamais frappé l’un de ses enfants et ils en profitaient jusqu’au moment où Anne Nolet leur mère leurs administrait une calottes afin qu’ils se tiennent enfin tranquilles.

Mais un bruit de cheval hennissant leurs fit tourner la tête. Enfin le spectacle allait pouvoir commencer. Le cavalier pénétra dans la cour du château et Anthoine Berthomet l’un des serviteurs du lieu se précipita pour récupérer le cheval.

L’homme que tous attendaient, était le marié. Le noble homme se nommait Jacques Mignoneau écuyer, seigneur des vignaux capitaine au régiment de Périgord. En descendant de sa monture il n’eut aucun regard pour ces gueux qui pourtant l’attendaient tête basse.

Lui, rejeton d’une vieille famille protestante qui avait comporté un maire de La Rochelle. Héritier d’un proche du grand Jean Guiton, lui même officier de sa majesté n’avait évidemment que faire de cette plèbe.

Il monta les marches du château bouscula presque le curé et s’engouffra dans la vieille demeure.

Il rejoignit la maîtresse de maison qui dans quelques minutes serait sa femme. Le curé d’Aubons ne connaissait pas les méandres familiaux qui avait mené Françoise Émilie Gobert fille de feu Jacques Gobert à venir s’installer au château de Milescus mais il soupçonnait quelques intrigues qui du reste de le regardait pas.

Pour ce qu’il en savait Françoise Gobert n’était pas officiellement la dame du Gué d’Alleré.

Elle n’était que le dernier enfant du défunt Jacques Gobert écuyer et seigneur de Chouppe.

Lui non plus n’avait pas été en possession de la seigneurie de Milesecus, car cette dernière appartenait à son frère Jean décédé en 1670 et par transmission à ses héritiers.

Mais cette l’affaire d’héritage qui en soit se présentait simplement, fut grandement compliquée par un édit royal tout droit sorti d’un cerveau vieillissant et de l’influence de la bigote Françoise de Maintenon

L’héritière de Jean Gobert était sa femme Anne Rozemond, où plus précisément cette dernière représentait les intérêts de leur fille mineure Elisabeth .

Comme toute sa famille, Anne était protestante et vivait sous la protection de L’édit de Nantes.

La tolérance religieuse était donc de mise jusqu’au moment où le roi soleil en eut décidé autrement.

Par le funeste édit de Fontainebleau en 1685 il révoqua le sage texte de son grand père Henri .

C’en était fini des protestants, sous la pression ils abjurèrent en masse ou fuirent le pays.

Anne l’héritière de la seigneurie partit avec les siens à l’étranger, les terres presque en déshérences furent récupérées pour un temps par la branche des Gobert de Chouppe qui eux étaient devenus de bons catholiques.

 Le curé n’avait qu’entre aperçu cette noble dame De Rozemond qui malgré les pressions persistait à rester dans l’erreur de cette religion prétendument réformée. Il n’approuvait pas cet aveuglement et cet égarement, mais admirait quand même cette belle opiniâtreté.

Certains paroissiens très âgés se souvenaient par contre de Jean Gobert seigneur de Nieul, de Chouppes et de milescus , ce banquier rochelais avait eu son heure de gloire pendant le grand siège de La Rochelle en servant de messager auprès du roi d’Angleterre. Certes, depuis, ce farouche huguenot avait prêté allégeance au roi et en avait été récompensé par un titre de noblesse en 1651.

Ces seigneurs l’étaient donc depuis peu, l’argent, l’intrigue et les événements avaient donné au sang qui coulait dans leurs veines la couleur bleu.

A vrai dire tout ces fraîchement convertis agaçaient le bon curé, leur condescendance, leur morgue n’auguraient pas d’une franche adhésion à la véritable religion.

D’aubons ne connaissait donc que l’insolence de Françoise Émilie, cette dernière née à Laleu en 1678 était une bien belle jeune fille, vive, effronté et qui menait son monde à la baguette.

Les parents de Françoise étaient décédés tous les deux et seuls des aïeux, vivait Marie Margat la mère du marié .

Ce fut la veuve Mignoneau qui introduisit le curé dans la chapelle, il était maintenant attendu et enfin on prêtait une quelconque attention à sa présence.

Du coté des Gobert la présence se faisait féminine, Henriette la sœur aînée mariée à un commissaire d’artillerie nommé Charles de la Croix seigneur de la Mignoterie et Marie Madeleine mariée au seigneur de Champagny , Jacques de Sauzait.

Pour le marié il y avait bien sûr la mère en sa robe de veuve, stricte comme une protestante , Marie Mignoneau la petite sœur et aussi le frère, Jean seigneur de la Louche et de Puyvineux.

Mais comme trônant au premier rang Félix Auguste Gobert le frère et héritier de son père seigneur de Chouppes en compagnie de sa femme Jeanne Levacher. Celui ci, chef de famille montrait toute son importance en se parant des attributs de commandeur infatué de sa mission.

Dans un coin sa belle fille Jeanne née de La grange minaudait en s’éventant sans doute incommodée par les odeurs fétides des latrines qui se déversaient dans les douves.

Les seigneurs des lieux n’avaient pas autorisé les humbles du voisinage à assister à la noce, nous étions entre gens de biens.

Le curé d’Aubons aurait dû être intimidé devant tant de puissance supposée, mais ces culottes de soie, ces robes de satin ne l’impressionnaient guère. Ces gens, au regard des pauvres diables de Milescus étaient sans conteste très riches, mais ils n’étaient que des gens de peu face à l’opulence du Roi Soleil. Le bâtis de milescus pourtant loin d’être une chaumière n’était qu’une mansarde face à la splendeur Versaillaise.

La richesse est une notion toute relative et le bon père lui se sentait comme Crésus lorsqu’il buvait un vin de sa vigne ou qu’il croquait à pleine bouche des légumes de sa langue de terre du jardin du roy.

Normalement l’usage voulait que le mariage soit annoncé par trois bans aux portes des églises concernées. Les mariés vivaient en la paroisse Saint Barthélémy à la Rochelle, le mariage aurait dû être fait là bas. Mais caprice de Françoise Gobert qui voulait que la noblesse de sa famille qui sentait encore bon la finance se matérialise sur les terres nobles qu’elle possédait, ils obtinrent l’autorisation de venir effectuer la noce en ces lieux. Le curé de Saint Barthélémy leur accorda aussi la dispense des deux premiers bans sans que le curé sache réellement pourquoi.

Ceci dit le curé d’Aubons maria l’escuyer Jacques Mignoneau à la fille de l’escuyer Jacques Gobert.

Le repas vint à la suite , mais aucun relief de celui ci ne parvint aux animaux crottés et transis qui attendaient à cet effet dans la cour du château.

Chacun retourna à son labeur, Jacques Mignoneau et sa dame reprirent le chemin de leur hôtel de la Rochelle.

Françoise fit de nombreux séjours dans leur noble demeure du Gué d’Alleré, il était en effet de bon ton lorsqu’on possédait des biens et qu’on vivait en ville d’aller en sa campagne aux heures les plus chaudes de la saison. Sa fille y naquit quelques années plus tard et c’est le curé d’Aubon qui la baptisera.

Généalogie simplifiée voir arbre tramchat sur généanet.

Jean Gobert , Chevalier, seigneur de Nieul, de Chouppes et de Milescus, banquier à La Rochelle

né en 1603, mort à la Rochelle en 1659 .

Mariage avec Marie Georget le 18/12/1622 peut être à à La Rochelle, dont il a eu

Jacques Gobert, Écuyer, sieur de Chouppe

né à la Rochelle le 22/10/1627, inhumé à Laleu (17) le 29/04/1684

Marié à Magdeleine Aigron le 20/03/1661 à la Rochelle dont il a eu environ 11 enfants.

De cette union est née Françoise Émilie le 12/10/1678 à La Rochelle (laleu).

De son deuxième mariage avec Jacquette Clément , Jean Gobert l’ainé a eu

Jean Gobert, Écuyer, seigneur de Millescus, Lieutenant du sieur Gilles de La Roche-Saint-André, chef d’Escadre des armées navales

né à la Rochelle le 20 /06/1640 et mort dans cette même ville le 01/02/1670

Marié le en janvier 1661 au temple protestant de Charenton avec Anne de Rozemond.

Il est a noter que ce n’est pas le fils aîné qui devient seigneur de Milescus mais son cadet Jean.

Pour le marié Jacques Mignoneau, Escuyer, seigneur des Vignaux, capitaine au régiment de Périgord, nous savons que son arrière grand père Jacques Mignonaux a été maire de La Rochelle en 1606.

Pour l’instant aucune trace de sa naissance ni de son décès.

UN MARIAGE AU CHATEAU DE MILLE ECUS, épisode 1

UN MARIAGE AU CHATEAU DE MILLE ÉCUS

Le curé Jacques d’Aubons piétinait d’impatience depuis un bon moment dans la cour du château. Le faire attendre alors qu’il s’était dépêché de venir à Mille écus le mettait en rage. Pour une fois il en avait même bâclé sa messe dans l’église Saint André du Gué d’Alleré. Ses paroissiens en avaient été un peu étonnés car en temps normal il disait son office avec application.

Mais aujourd’hui était jour extraordinaire, non seulement pour lui mais évidemment et infiniment plus pour la population de la noble demeure.

Sa carrière en tant qu’ ecclésiastique commençait maintenant à s’allonger, il avait été vicaire à Surgères et depuis maintenant quatre ans il officiait comme curé en la paroisse du Gué d’ Alleré et annexes.

L’endroit et les habitants lui avaient bien plu, il faut dire que le Gué d’alleré avait la particularité intéressante d’avoir trois paroisses en une seule. Le village n’était pas bien grand, loin de là mais son histoire dont il ignorait les aboutissements avait fait qu’il s’était formé en trois entités. Il y avait le bourg principal, avec l’église Saint André et son cimetière, puis une église et un cimetière au hameau de Rioux et pour terminer une église, un château et un cimetière au hameau de Mille Ecus.

Il enterrait, baptisait et mariait indistinctement en un lieu ou un autre en fonction de l’endroit où habitaient ses ouailles.

Bien que les familles se mélangeaient indistinctement au gré des mariages, quand vous étiez de Rioux, vous n’étiez pas du Gué et quand vous étiez de Mille écus vous n’étiez pas de Rioux.

Le curé s’amusait de la situation mais s’en agaçait aussi parfois. Les querelles qui découlaient de cette particularité pouvait virer au tragique comme au comique. Si ces territoires ne dépendaient pas de la même seigneurie, les habitants qu’ils fussent sous la tutelle de celle de Mille écus, de celle du Gué d’Alleré ou bien même sous la dépendance de l’abbaye de Benon n’en étaient pas moins miséreux et pressés par les impôts les plus divers.

Le village où se trouvait sa cure s’était développé le long d’un petit ruisseau et plus particulièrement d’un endroit où l’on pouvait le passer à gué, une petite église et son cimetière, une maison noble le long du cours d’eau et quelques maisons blotties frileusement autour. A la sortie du village en allant sur Saint Sauveur de Nuaillé tournaient les ailes du moulin David. Le seigneur du lieu s’appelait Louis Poirel, le curé avait de bons rapports avec lui bien que le maître du village fut parfois un peu distant.

De vastes prairies humides séparaient le bourg principal de son hameau de Rioux, les eaux débordantes du ruisseau de l’abbaye déposant un fertile limon, assuraient une récolte abondante qui faisait appeler l’endroit les jardins du Roi.

Le chemin qui menait à la paroisse de Rioux était souvent impraticable et le curé d’Aubon crottait ses souliers plus que de raison en allant administrer les sacrements à ses paroissiens.

Pour venir à Mille écus le chemin était plus praticable, on montait par le moulin de Mille Ecus.

Celui ci dominait les prairies humides des ruisseaux du Gigan et de l’abbaye. Arrivé au sommet de cette modeste côte il suffisait de se laisser couler le long des vignes qui poussaient sur le coteau pour arriver au modeste ensemble qui formait Mille écus.

Le château de milescus avait depuis longtemps perdu la fonction de défense qu’il avait autrefois.

Il en restait des douves encore pleines d’eau en cette période mais qui seraient presque à sec au plus fort des chaleurs de l’été et des tours pour moitié écroulées.

La demeure seigneuriale encore grande avait elle aussi perdu de sa superbe, le curé se demanda pourquoi la fratrie qui possédait cette terre ne se mariait pas en la paroisse saint Barthélémy à la Rochelle où il possédait un hôtel. Il est vrai que le bon prêtre ignorant de la situation exacte de la famille ne pouvait leur présumer des difficultés financières.

Coincé entre deux cours d’eau l’endroit était fort humide en hiver et souvent inaccessible quand les eaux montaient et envahissaient les prairies . D’Aubons se voyait mal vivre ici, même si parfois son presbytère souffrait également d’une inconvenance du ruisseau qui venait de l’abbaye de la Grâce Dieu .

Prés du château se trouvait la chapelle elle aussi fort délabrée, c’est là qu’il allait unir les deux promis. Autour ce n’était que misérables baraques, à demi-enfoncées dans la terre, repliées sur elles mêmes, aux maigres ouvertures . Des toits de jonc émergeaient des cheminées branlantes d’où s’échappaient les fumées odorantes d’un méchant bois vert.

Autour de la petite chapelle qui servait d’église, comme un vilain champs mal labouré, de ce lieu mal défini, surnageaient quelques croix de bois et de faibles monticules de terre encore mal tassés.

Il émanait de ce jardin sacré comme une tristesse indéfinissable qui finalement se mariait assez bien à cette pauvre seigneurie et à cet endroit lugubre.

LES SEIGNEURS DU GUÉ D’ALLERÉ, les hommes et les femmes

 

Maintenant passons aux traces qu’on pu laisser les seigneurs de l’endroit.

Le premier dont le nom ressort est Nicolas de Joubert, j’ai bien peu de chose à son sujet il est le fils de Pierre de Joubert et est marié à Marie de Marboeuf.

Il était déjà seigneur du Gué d’Alleré en 1629. Nous trouvons quelques mentions de lui par l’intermédiaire de sa femme qui est citée comme marraine en 1640 sur la paroisse de Benon pour le baptême de Jeanne Poirel conjointement avec Hannibal de la Trémoille.

 

En 1676 la seigneurie est saisie au préjudice de la famille Joubert.

Le 19 février 1680 elle est adjugée à un certain Isaac Lainé marchand à Marans pour la somme de 9000 livres.

Ce dernier est protestant et a épousé le 26 avril 1671 au temple de Marans Jeanne Franchard, fille de Philippe sieur de Vendosme.

On constate donc qu’une seigneurie pouvait être achetée par un non noble et qui plus est par un membre de l’église prétendument réformée.

Isaac Lainé est mort à Marans (17) le 10 juillet 1681.

Ensuite notre seigneurie passe entre les mains de la famille Poirel, Didier en prend possession vraisemblablement par rachat.

Cette famille est implantée sur Benon, le père de Didier se prénomme Antoine et est notaire et garde des sceaux du comté de Benon, il est décédé à Benon en 1670..

Didier né à Benon en 1633 fait évoluer sa famille en devenant conseiller et procureur du roi au siège royal de Rochefort, il fait aussi partie de la bourgeoisie Rochelaise et devient échevin.

Il se marie à Benon en 1658 avec Marie Billaud, en cette époque il est déjà conseiller du Roi au siège Présidial de La Rochelle. Son épouse est la fille du greffier du comté de Benon.

Si ses premiers enfants naissent à Benon les autres naissent en la paroisse de Notre dame à la Rochelle.

Il ne semble pas qu’il ait demeuré au Gué d’Alleré, aucune signature de lui n’apparaît sur nos registres paroissiaux.

Il meurt en 1698 et son fils Louis devient à son tour seigneur du Gué, lui est Conseiller du Roi au siège Présidial de La Rochelle et écuyer, premier signe de noblesse.

Nous ne connaissons pas la date de naissance de Louis mais nous savons qu’il se marie à la Rochelle paroisse Saint Barthélémy en 1701. Son épouse de nomme Marie Magdeleine François.

Il est vraisemblable que Louis de par ses fonctions importantes ne réside aucunement au Gué d’Alleré, en tous cas aucun de ses enfants ni est baptisé.

La première mention d’un Poirel sur le Gué d’Alleré est la signature de Marie Louise Poirel la fille de Louis née en 1702 à la Rochelle elle est marraine du fils de Pierre Favreau et d’Anne Brisset. Nous sommes en 1715, elle a donc 13 ans, vit-elle au Gué d’Alleré?

En août 1716 Louis Poirel marie sa belle fille Marguerite Marchand au Gué d’Alleré.

Il est à noter que beaucoup de familles bourgeoises et nobles quittaient la chaleur des villes pour se réfugier dans leur terre. Ils pouvaient également présider aux bans des vendanges car le Gué d’Alleré en cette époque était couvert de vignes.

Il semblerait vu la fréquence ou Marie Louise Poirel se retrouve marraine qu’elle réside au château du Gué, on remarque aussi en 1717 la présence de sa demie sœur Marguerite Marchand qui signe de la Tremblaye.

Marie Louise Poirel est la seule des enfants de Louis à apparaître sur Le Gué, du moins jusqu’en 1730 date où Marie Esther la plus jeune sœur devient marraine à son tour.

En l’absence de renseignement il est difficile de se faire une idée de la fréquentation du château, mais du moins Marie Louise est présente sur le village depuis sa naissance.

Marie Louise se marie en la paroisse de Saint Barthélémy à la Rochelle le 26 avril 1729 avec un écuyer nommé Alexandre De Gascq rejeton d’un famille noble de Bordeaux.

A cette date elle est héritière de la seigneurie du Gué d’Alleré car son père est décédé.

Nous ignorons la date exacte de sa mort et l’endroit où il est décédé.

Marie Louise et son mari semblent vivre au gué car c’est au château que naît en 1731 leur premier enfant François Alexandre.

En 1732 c’est Étienne qui naît au Gué d’Alleré, c’est sa tante Marie Esther qui devient marraine.

C’est aussi la même année que décède la premier fils de Marie Louise, c’est le premier descendant Poirel à être enterré dans l’église du Gué d’Alleré.

Il est a noté que Marie Louise depuis qu’elle est dame du Gué n’est plus désignée comme marraine mais que sa fille Marie Magdeleine De Gascq le devient à son tour.

En juin 1734 les châtelains marient Louise leur quatrième enfant.

En 1735 Alexandre de Gascq se fait donner du Messire dans les actes où il apparaît.

En 1736 c’est Louise Guy Poirel la sœur de la châtelaine qui se marie avec Jean François de la Porte, homme de loi de Poitiers, vivait-elle avec sa sœur, probablement, car les deux parents sont décédés à cette date.

Le couple aura des enfants qui naîtront au Gué d’Alleré.

On le voit au moins deux familles vivent au château, Marie Louise et Marie Esther. Il est bien sûr impossible de préciser si elles venaient au Gué d’Alleré uniquement pour faire leurs couches ou bien si elles y résidaient à temps plein.

En 1739 apparaît sur un acte la signature d’un des fils de Louis Poirel c’est assez bizarre car il signe Louis Didier Poirel du Gué, la question est de savoir si lui aussi avait des droits sur la seigneurie.

En 1745 apparaît pour la première fois la signature d’Étienne de Gascq fils des châtelains.

En 1749 apparaît pour la première fois la mention que Jean François de La Porte mari de Louise Guy Poirel est seigneur en partie du Gué d’Alleré.

S’agit-il d’un rachat ou bien du règlement d’un contentieux suite à la succession de Louis Poirel ?

On peut toutefois noter que pour le baptême de ce neuvième enfant le parrain et la marraine sont plus prestigieux que pour les enfants nés avant.

En 1755 vraisemblablement suite à une épidémie, Marie Louise Poirel épouse De Gascq et Louise Guy Poirel épouse De la Porte décèdent au château, ainsi que Jean François de la Porte le mari de Louise Guy.

Il est à noter également la présence aux obsèques de Didier Louis Poirel qui signe Poirel du Gué.

Tout porte à penser que Marie Louise , Louise Guy et Didier Louis soient des cohéritiers de la terre du Gué d’Alleré.

Il est aussi à constater que Marie Louise Poirel et sa sœur Louise Guy participent activement avec leurs conjoints à la vie du village et qu’ils sont fréquemment solliciter pour les baptêmes mais aussi qu’ils sont présents à de nombreux mariages.

Le couple Poirel, Du Gascq a eu sept enfants, six sont nés au château du Gué d’Alleré. Marie Louise Poirel repose avec six de ses enfants dans l’église saint André du Gué d’alleré.

Il en va de même pour le couple de sa sœur Louise Guy et son beau frère Jean François de la Porte. Leurs neuf enfants sont tous né au château et Louise Guy est enterrée aussi dans l’église.

Les deux sœurs sont d’ailleurs les deux dernières personnes à être inhumées dans l’église.

Avec la disparition de cette génération les choses changent considérablement , Etienne Alexandre De Gascq devient seigneur du gué.

Il ne semble pas participer à la vie de sa seigneurie, car sa signature n’apparaît que deux fois, en 1763 pour le mariage d’une demoiselle Vacher de la famille noble qui habite le logis de Rioux et en 1789 pour le mariage d’un paysan du village.

C’est très peu et nous ne savons guère de chose sur le personnage.  En 1761 il est en procès avec le curé Dénécheau.

En 1764 il se marie à Marans avec Jeanne Suzanne de Junquières la fille d’un militaire de petite noblesse.

Il;ne semble pas avoir d’enfant ensemble et d’ailleurs ils divorceront en 1799 à la Rochelle.

En 1789  Etienne Alexandre de Gascq est délégué de la noblesse pour la désignation du député de la noblesse de la sénéchaussée de La Rochelle .

Nous ne savons pas si il émigre pendant la révolution ni quelle sera son action. Avec l’abolition des droits féodaux il n’est plus seigneur du Gué mais ne semble pas pour autant dépossédé des terres qui lui appartiennent. Ses droits seigneuriaux ont disparu mais gageons qu’il lui reste quelques terres.

Il décède au Gué d’Alleré le 30 juin 1814 à l’age de 81 ans. A cette époque on inhumait plus dans les églises depuis longtemps il fut donc enseveli au vieux cimetière qui entourait l’église.

Le souvenir des seigneurs s’est estompé depuis longtemps et leur château a été démantelé , les pierres ayant dit- on servi à l’édification de la maison bourgeoise construite à proximité de l’ancien château .

La métairie du château existe toujours, restaurée avec gout elle bruisse encore d’une activité agricole.

La place qui se trouvait devant a gardé l’appellation de place du Château quelque temps, puis là aussi le souvenir s’est effacé.

Bien peu de personnes connaissent l’existence de ce château et de ses seigneurs, puisse ce texte en appeler d’autres et faire ressurgir la vie du village d’autrefois.

Ceux qui sont intéressés peuvent me contacter afin que nous puissions tenter de combler les nombreux manques de cette histoire .

LES SEIGNEURS DU GUÉ D’ALLERÉ, les lieux

 

On ignore à quelle date elles se formèrent.

La seule indication que nous ayons c’est qu’un château existait à Mille Écus dès le 11ème siècle, ce qui par ailleurs ne prouve nullement qu’il existait une seigneurie.

Pour rappel une seigneurie est:

Une souveraineté exercée par le seigneur en matière de justice, de gouvernement sur un territoire dont il est détenteur et sur ses habitants auxquels il assure la protection militaire en échange de services et de perceptions de droits.

Cela peut-être une seigneurie foncière où le seigneur est propriétaire direct ou éminent des biens fonciers de sa seigneurie ou une seigneurie banale ou le seigneur exerce des prérogatives d’ordre publique.

On citera pour exemple l’ost, les droits banaux sur les pressoirs, les moulins, les fours et les droits de passage.

Une seigneurie banale est souvent bien plus rentable qu’une seigneurie foncière.

Pour se faire une idée replongeons en arrière de quelques siècles et visualisons ce que pouvait être la contrée.

L’élément principal en est bien sur le ruisseau de l’abbaye ,que l’on nomme la Roulière maintenant .

L’on passait à Gué ce mince ruisseau qui à une époque lointaine était sûrement plus important. Est-ce la voie Charlemagne ou un antique chemin qui menait à la Vendée qui passait à cet endroit?

Le château du Gué d’ Alleré fut peut-être construit à proximité du passage à Gué en imaginant que ce fameux passage soit situé au niveau de l’actuel pont. Il protégeait et contrôlait l’endroit et l’on peut penser que les seigneurs en percevaient des droits de passages fort lucratifs.

Il n’existe plus aucune trace de ce château, aucune gravure ni dessin. Une maison bourgeoise aurait été édifiée avec ses pierres à proximité de son emplacement initial.

La première mention du Gué d’Alleré remonte à la charte de donation de Liguriaco en 989: il s’appelait alors « Aleria »

On en retrouve encore une mention en 1269 sur un manuscrit de l’abbaye de la Grace Dieu, c’est un acte de donation de biens en latin et le village est nommé  » Vadum de Aleres  »

Vadum se traduisant par peu profond.

Rien n’a été trouvé sur le village du Gué d’Alleré, l’église d’origine dont il ne reste rien aurait été construite au 12ème siècle sous l’inspiration des moines cisterciens de l’abbaye de la Grâce Dieu.

Abbaye, il faut le rappeler fondée en 1135.

Il faut aussi poursuivre en s’imaginant que le Gué d’Alleré était en lisière de la forêt d’Argenson. De ce massif forestier immense qui s’étendait des deux sèvres jusqu’à la Charente il ne reste que bien peu de chose. En ce qui concerne notre histoire nous pouvons citer la forêt de Benon.

Il ne nous reste que la toponymie pour attester de sa présence comme par exemple le lieu dit   » les fonderies » dans notre village et « le chemin des Charbonniers »

Donc un château, une église, un cimetière et un passage à Gué. La toponymie nous révèle également la présence d’un fief Goton, d’un fief du Gué, d’un fief de Bouhet, d’un fief de Mille écus , d’un fief David, d’un fief des noisettes et d’un fief des chaumes.

Rappelons que le fief consistait en général, durant l’époque féodale en une tenure, une terre concédée à un vassal (le feudataire), à la charge de la foi et hommage et éventuellement, de quelques autres devoirs envers son Seigneur.

Mais poursuivons car le Gué d’Alleré n’est pas que le bourg mais aussi le village de Rioux.

Séparé du bourg par une plaine inondable ou serpente le ruisseau de l’abbaye.

Le village de Rioux est sans doute d’origine très ancienne car dès 1190, l’abbaye de la grâce Dieu reçoit des terres en don, le jardin de Riost ( le monachisme en Saintonge ).

Ce nom est confirmé également par un traité passé avec l’abbé de Nouillé et l’abbaye de la Grâce Dieu en 1244.

Ce territoire est nommé Ortus Régis ( les jardins du roi ) sans doute en raison de la fertilité de la terre.

On sait également que l’abbaye de la Grâce Dieu avait installé un prieuré pour gérer les terres qui lui appartenaient. Les ruines étaient autrefois apparentes près de la ferme de Rioux.

Avant de devenir une annexe du Gué, Rioux devait être une paroisse indépendante et elle possédait une église et un cimetière. Les pierres de Notre dame de Rioux servirent à l’agrandissement de l’église du Gué d’Alleré en 1840.

Jusqu’à la révolution de  1789 on enterrait encore au cimetière de Rioux.

Ensuite nous avions le hameau ou village de Mille écus, là aussi une église et un cimetière mais surtout un château.

Ce dernier puisant ses racines dans les profondeurs de l’histoire et dépendant de la seigneurie, distinct de Mille écus.

Mais revenons à notre seigneurie du Gué d’Alleré qui avouons le est restée dans les limbes de l’histoire.

Le château du Gué d’ Alleré a disparu sans laisser de trace, aucune photographie, aucune gravure, aucune peinture et aucune mention.

Nous connaissons bien sûr son emplacement grâce au cadastre Napoléonien , c’est une grande bâtisse en U que jouxtent des bâtiments de ferme en ce qui devait correspondre à la métairie du château et aux communs de ce dernier.

L’ingénieur Claude Masse nous en donne une bien piètre description, un corps de bâtiment flanqué de deux tourelles, rien qui donne une impression de grandeur.

UNE ÉPIDÉMIE DANS LE VILLAGE DU GUÉ D’ALLERÉ, A LA FIN DU GRAND SIÈCLE, ÉPISODE 2

 

D’Aubons s’en va mais il sait qu’il va revenir, car d’un œil, il a vu les autres enfants du couple.

Il a l’habitude d’enterrer les enfants mais à chaque fois il a quand même un petit pincement au cœur.

Le lendemain comme prévu il arrive chez les Juteau mais ce qu’il redoutait, était arrivé, la petite Catherine une espiègle gamine de dix ans avait choisi le silence de la nuit pour fausser compagnie à la vie. Cette fois le curé en était sûr, arrivait une nouvelle épidémie, une nouvelle vague de mort de tristesse et de dévastation. Simon et Catherine étaient entourés des leurs, ils avaient déposé Catherine et Jean sur la même paillasse. Le curé fit une prière on mit les deux enfants dans un linceul de lin blanc et on les porta en terre.

Toute la population du Gué d’Alleré les accompagne sauf les gens du château qui par peur de contagion se terrent dans leur demeure. Aucune compassion, aucune pitié, du moment que Simon paye ses impôts. Les Poirel se moquent bien de leurs serfs.

Trois jours plus tard la mort s’arrête chez d’autres malheureux, Louis Turgnier laboureur à bras voit son fils Elie disparaître, cette fois c’en est sûr le mal circule. Le petit qui vient de mourir était en pleine santé enfin comme peu l’être un enfant famélique. Il a sept ans et comme la fille des Juteau on aurait pu croire que sa destinée oscillait vers les vivants.

Le temps de s’améliore pas, le ruisseau de l’abbaye est chargé d’eau, le gué du ruisseau va bientôt être impraticable. Des paroissiens viennent à la cure mendier, déjà, l’hiver n’est point arrivé.

Le mercredi 13 octobre 1700 c’est le tailleur d’habit Mathurin Guenon qui vient quérir le prêtre, c’est la petite Anne âgée de huit ans qui vient de succomber. D’Aubons suit le père la tête basse il est las de tant de petits morts.

La petite est portée en terre le jour même à quoi bon traîner.

Pour l’instant la mort ne rode que sur le Gué d’Alleré, les hameaux sont épargnés, La Moussaudrie, Mille écus, Rioux.

Mais le lendemain il faut se résigner Mille écus et ses mauvaises maisons laissent passer la maladie.

Marie Anne Chabourny un bébé de quatre mois vient de mourir des mêmes symptômes. C’est peut être moins grave ce n’est qu’un bébé encore aux langes mais Françoise Guenon la mère hurle de douleur, elle est inconsolable Pierre devra immédiatement se remettre à l’ouvrage pour pallier à ce manque.

Au cimetière de Mille écus d’Aubons aperçoit un petit monticule de terre, c’est là que repose Laurent Merle le petit de Jean et de Suzanne Rozeau, peut être que ce décès à déjà un rapport avec la flambée de disparitions.

Mais le malheur continue de s’abattre sur le village, le 15 octobre  c’est Marguerite Rouault, trois ans, que le curé porte en terre, cette fois le seigneur Louis Poirel s’émeut. Mais sans se préoccuper de ses paysans il monte en carrosse et s’en va rejoindre La Rochelle pour fuir cette possible tragédie.

Le même jour, la mort retourne chez Mathurin, après sa fille c’est son fils Pierre qui succombe. Les parents n’ont plus de larmes.

La population devient inquiète, s’énerve, le châtelain est parti. Ce peuple dur et fier se sent démuni .

Le seize octobre arrive à la cure, Pierre Margat, encore,  non pas cette fois, cela sera un baptême, une petite fille prénommée Jeanne comme sa marraine Jeanne Berthonière .

Mais la ronde macabre se poursuit, voilà qu’apparaît de nouveau Simon Juteau, il vient presque en voisin, sa mansarde se trouve sur le chemin qui mène à l’abbaye, cette fois c’est sa petite Magdeleine âgée d’un an et demi. Je leur conseille de fuir, d’aller se réfugier ailleurs, mais pauvres parmi les pauvres ils n’ont personne chez qui aller.

Le village est triste et lugubre, il tombe des cataractes d’eau, le ruisseau gronde , les prairies sont inondées, le chemin principal n’est qu’un vaste bourbier, quand à la place du château elle n’est que flaque.

Comme une immense faux qui fauche d’un coté et de l’autre le curé doit retourner à Mille Écus, héla c’est encore chez Pierre Chabourny, là aussi deuxième mort en une semaine, Jean un an et demi.

Heureusement la terre n’est pas gelée, les fossoyeurs non pas de difficulté à creuser. Au château de Mille Écus, Françoise Émilie Gobert fait appeler d’Aubons, doit-elle s’inquiéter pour sa vie, doit-elle fuir car elle vient d’apprendre que la famille du seigneur du Gué est partie sur la Rochelle. Le curé avec tout le respect qu’il doit à la châtelaine, ne sait pas trop quoi lui dire, pour l’instant aucun adulte n’est mort. Il doit sans doute s’agir d’une poussée de maladie infantile.

Rien ne s’arrête, le mois d’octobre 1700 est pour le curé le pire de sa vie.

Le dix neuf retour chez Louis Turnier la petite Marie, cinq ans gît sur son humide grabat. Il ne peut qu’apporter un secours spirituel, la médecine des hommes est impuissante à juguler les fléaux de la mort des enfants. De toutes manières il n’y a pas de médecin ni de chirurgien dans la région et de toute façon, une saignée ou un lavement n’ont jamais guéri un enfant.

Le vingt et un octobre Jacques Fournat, dix ans, puis Barthélémy Guilbaut, cinq ans. Le Gué d’Alleré, Mille écus, bizarrement aucun mort à Rioux, la contagion s’arrête t’ elle au bord du ruisseau ?

Jusqu’ à présent la mort avait frappé chez les miséreux, la voilà qui maintenant s’attaque à l’aisance, Magdeleine huit ans fille de Pierre Margat et de Jeanne Berthouet le grenotier s’écroule elle aussi en pleine enfance.

La méchante, comme semblant avoir oublié quelqu’un s’en retourne chez les Juteau et leur vole le petit Jacques Moulin un an et demi qui est en nourrisse chez eux.

Puis enfin sans que l’on sache pourquoi l’épidémie semble s’essouffler, moins de morts, c’est certain mais quand même, ultime poussée, elle frappe encore chez notre grenotier Pierre Margat et leur dérobe le petit Jacques dix ans et fierté de la maison.

A la fin de novembre décède Pierre Barreau, il a les mêmes signes que chez les enfants, à quarante cinq ans il abandonne sa femme Jeanne Boucherie. Il est vrai que beau frère de Magdeleine Boucherie? il a assisté les Juteau dans toutes leurs épreuves, s’exposant énormément.

Le froid revient sur la contrée chassant peut-être les mauvaises miasmes. Le curé d’Aubons n’a plus à déplorer de mort jusqu’en avril de l’année suivante.

BILAN ANNÉE 1699

10 naissances

13 décès

BILAN ANNÉE 1700

11 naissances

23 décès dont 15 pour le mois d’octobre

BILAN ANNÉE 1701

11 naissances

8 décès

UNE ÉPIDÉMIE DANS LE VILLAGE DU GUÉ D’ALLERÉ A LA FIN DU GRAND SIÈCLE, Épisode 1

 

Le grand siècle en ces années a du mal à finir, il s’éternise, s’allonge et survit.

Il survit en la personne de celui qui l’a fait, il agonise enfermé dans des ors surannés.

Le vieux roi grelotte en compagnie de sa morganatique compagne dans la dorure de l’un de ses salons. Isolé en sa tour d’ivoire, seul dans sa magnificence il traîne et n’en finit pas de vivre.

Il a porté aux nues la France, il a agrandi son royaume, il nous a donné Versailles, il a protégé les arts, il a même donné son nom à ce 17ème siècle qui l’a vu naître.

Mais chez Louis XIV tout est grand y compris l’abîme qui le sépare des autres.

Chaque médaille à son revers et les splendeurs du plus beau château du monde ont les leurs.

Ce ne sont pas les milliers d’ouvriers morts sur le chantier et dans les marais de Versailles qui viendront nous contredire, ce n’est pas non plus les habitants du Palatinat qui le feront.

Les mannes des protestants morts aux galères et ceux qui fuirent le pays pour ne pas abjurer leur religion acquiesceront certainement mes dires.

La royauté en paiera le prix quelques décennies plus tard mais en attendant la plèbe courbe l’échine.

Tout à un prix, y compris la splendeur et c’est le peuple des provinces françaises qui le paie.

Présuré par des impôts sans cesses croissant, victime de la faim, du froid et des maladies, le peuple du grand Roi se meurt.

Mais alors que tout va mal, que son peuple crève, le grand père bienveillant décide que son petit fils régnera sur l’empire ou le soleil ne se couche jamais.

Mais pour cela une nouvelle guerre se profile , un bourbon doit régner en Espagne et qu’il en soit ainsi.

Ce nouveau conflit il faut le nourrir.

Alors en un ultime effort faisons mourir ceux qui restent encore, ceux qui malgré la faim poussent encore la charrue, ceux qui malgré les maladies sèment les grains du futur.

Si il leur reste une chemise, il nous faut la prendre, un bourbon doit régner et il régnera.

La Maintenon l’aurait-elle encore une fois mal conseillé, lui que plus personne ne tempère ou bien n’écoutant que sa sénile mégalomanie prit-il cette funeste décision tout seul?

En ce six octobre 1700, Simon Juteau fait les cents pas devant chez lui, malgré la froideur il a préféré sortir que d’entendre les jérémiades de sa femme Magdeleine.

Il n’y a pas encore eu de gelée mais la pluie se fait présente depuis plusieurs jours. Pour l’heure elle a cessé mais avec la nuit qui arrive se lève une sorte de brouillard épais. La présence du ruisseau qui coule entre les haies n’arrange rien, on dirait que les terres fument et qu’un souffle de vapeur sort d’une gueule béante et énorme.

Non loin Simon aperçoit  une lanterne qui  danse, c’est sans doute un serviteur du château qui s’en va faire quelques corvées. La lumière hésite puis se perd dans la nuit et la brume.

Les gens du château, il ne les voit guère car ces derniers demeurent le plus souvent sur la paroisse de Saint Barthélémy à La Rochelle. Ils viennent aux beaux jours, lorsque l’humidité glaciale du ruisseau se transforme en une légère fraîcheur salvatrice.

Mais même si il n’habite pas sur place leur avidité à percevoir leurs droits féodaux se fait rapacité par ces temps de misère.

Comme les autres Simon plie comme un roseau sous le vent, il ne rompt pas mais jamais ne se relève. La charge des impôts le laisse lui et sa famille à la limite de la famine. Pour l’instant ce n’est que la disette, mais qu’un événement survienne et le pas sera franchi.

Maintenant il a l’impression d’être trempé comme si une averse de printemps s’était déversé sur lui. Que fait-il donc ce foutu prêtre, cela fait plusieurs heures qu’il l’a fait quérir.

Enfin il apparaît, dans sa soutane noire, tenant un brandon rougeoyant qui éclaire sa marche. Lui aussi est trempé et déclare qu’on ne le reprendra plus à faire une telle course par un si mauvais temps.

Simon ne dit rien, il sait que le curé d’Aubons se déplace pour tout le monde et par tous les temps. C’est un bon prêtre qui vit de sa portion congrue et qui doit comme tous les humbles faire flèches de tout bois pour parvenir à seulement survivre. Simon travaille pour lui de temps à autre, il lui taille sa vigne et laboure son jardin.

Tous deux pénètrent dans la maison, il y fait un froid de sépulcre, Magdeleine Boucherie la femme de Simon est blottie le long de l’âtre. Le feu est maigre, Simon économise son bois car même si la forêt est proche comme tous il sait qu’il lui en manquera.

Dans ses bras elle berce le petit Jean, il a deux ans et depuis quelques jours il n’est pas très en forme. La maman est inquiète car l’enfant est chaud. Le curé s’approche, lui sait à quoi s’en tenir, il en a déjà tant vu depuis qu’il officie. Le bébé va passer il en est sûr, il est maintenant trop faible. D’ailleurs la maman l’est aussi, maigre, blafarde à force de veiller et de privation. Son lait ne doit plus guère être nourrissant. Pendant que le curé réconforte les parents, petit Jean choisit de partir. Il n’est plus. Les parents non plus de larme, on enterrera le bébé demain dans le petit cimetière de Mille écus.

UN MARIAGE AU CHÂTEAU DE MILESCUS, ÉPISODE 2

 

Il rejoignit la maîtresse de maison qui dans quelques minutes serait sa femme. Le curé d’Aubons ne connaissait pas les méandres familiaux qui avait mené Françoise Émilie Gobert fille de feu Jacques Gobert à venir s’installer au château de Milescus mais il soupçonnait quelques intrigues qui du reste de le regardait pas.

Pour ce qu’il en savait Françoise Gobert n’était pas officiellement la dame du Gué d’Alleré.

Elle n’était que le dernier enfant du défunt Jacques Gobert écuyer et seigneur de Chouppe.

Lui non plus n’avait pas été en possession de la seigneurie de Milesecus, car cette dernière appartenait à son frère Jean décédé en 1670 et par transmission à ses héritiers.

Mais cette l’affaire d’héritage qui en soit se présentait simplement fut grandement compliquée par un édit royal tout droit sorti d’un cerveau vieillissant et de l’influence de la bigote Françoise de Maintenon

L’héritière de Jean Gobert était sa femme Anne Rozemond, où plus précisément cette dernière représentait les intérêts de leur fille mineure Elisabeth .

Comme toute sa famille, Anne était protestante et vivait sous la protection de l’Edit de Nantes.

La tolérance religieuse était donc de mise jusqu’au moment où le roi soleil en eut décidé autrement.

Par le funeste édit de Fontainebleau en 1685 il révoqua le sage texte de son grand père Henri .

C’en était fini des protestants, sous la pression ils abjurèrent en masse ou fuirent le pays.

Anne l’héritière de la seigneurie partit avec les siens à l’étranger, les terres presque en déshérence furent récupérées pour un temps par la branche des Gobert de Chouppe qui eut étaient devenus de bons catholiques.

 Le curé n’avait qu’entre aperçu cette noble dame De Rozemond qui malgré les pressions persistait à rester dans l’erreur de cette religion prétendument réformée. Il n’approuvait pas cet aveuglement et cet égarement mais admirait quand même cette belle opiniâtreté.

Certains paroissiens très âgés se souvenaient par contre de Jean Gobert seigneur de Nieul, de Chouppes et de milescus , ce banquier rochelais avait eu son heure de gloire pendant le grand siège de La Rochelle en servant de messager auprès du roi d’Angleterre. Certes, depuis, ce farouche huguenot avait prêté allégeance au roi et en avait été récompenser par un titre de noblesse en 1651.

Ces seigneurs l’étaient donc depuis peu, l’argent, l’intrigue et les événements avaient donné au sang qui coulait dans leurs veines la couleur bleu.

A vrai dire tout ces fraîchement convertis agaçaient le bon curé, leur condescendance, leur morgue n’auguraient pas d’une franche adhésion à la véritable religion.

D’aubons ne connaissait donc que l’insolence de Françoise Émilie, cette dernière née à Laleu en 1678 était une bien belle jeune fille, vive, effrontée et qui menait son monde à la baguette.

Les parents de Françoise étaient décédés tous les deux et seule des aïeux vivait Marie Margat la mère du marié .

Ce fut la veuve Mignoneau qui introduisit le curé dans la chapelle, il était maintenant attendu et enfin on prêtait une quelconque attention à sa présence.

Du coté des Gobert la présence se faisait féminine, Henriette la sœur aînée mariée à un commissaire d’artillerie nommé Charles de la Croix seigneur de la Mignoterie et Marie Madeleine mariée au seigneur de Champagny , Jacques de Sauzait.

Pour le marié il y avait bien sûr la mère en sa robe de veuve, stricte comme une protestante , Marie Mignoneau la petite sœur et aussi le frère, Jean seigneur de la louche et de Puyvineux.

Mais comme trônant au premier rang Félix Auguste Gobert le frère et héritier de son père seigneur de Chouppes en compagnie de sa femme Jeanne Levacher. Celui-ci chef de famille montrait toute son importance en se parant des attributs de commandeur infatué de sa mission.

Dans un coin sa belle fille Jeanne née de La Grange minaudait en s’éventant sans doute incommodée par les odeurs fétides des latrines qui se déversaient dans les douves.

Les seigneurs des lieux n’avaient pas autorisé les humbles du voisinage à assister à la noce, nous étions entre gens de biens.

Le curé d’Aubons aurait du être intimidé devant tant de puissance supposée, mais ces culottes de soies, Ces robes de satin ne l’impressionnaient guère. Ces gens, au regard des pauvres diables de Milescus étaient sans conteste très riches, mais ils n’étaient que des gens de peu, face à l’opulence du roi soleil. Le bâtis de milescus pourtant loin d’être une chaumière n’était qu’une mansarde face à la splendeur Versaillaise.

La richesse est une notion toute relative et le bon père lui se sentait comme Crésus lorsqu’il buvait un vin de sa vigne ou qu’il croquait à pleine bouche des légumes de sa langue de terre du jardin du roy.

Normalement l’usage voulait que le mariage soit annoncé par trois bans aux portes des églises concernées. Les mariés vivaient en la paroisse Saint Barthélémy à la Rochelle, le mariage aurait du être fait là bas. Mais caprice de Françoise Gobert qui voulait que la noblesse de sa famille qui sentait encore bon la finance se matérialise sur les terres nobles qu’elle possédait, ils obtinrent l’autorisation de venir effectuer la noce en ces lieux. Le curé de Saint Barthélémy leur accorda aussi la dispense des deux premiers bans sans que le curé sache réellement pourquoi.

Ceci dit le curé d’Aubons maria l’escuyer Jacques mignoneau à la fille de l’escuyer Jacques Gobert.

Le repas vint à la suite , mais aucun relief de celui ci ne parvint aux animaux crottés et transis qui attendaient à cet effet dans la cour du château.

Chacun retourna à son labeur, Jacques Mignoneau et sa dame reprirent le chemin de leur hôtel de la Rochelle.

Françoise fit de nombreux séjours dans leur noble demeure du Gué d’Alleré,

Généalogie simplifiée voir arbre tramchat sur généanet.

Jean Gobert , Chevalier, seigneur de Nieul, de Chouppes et de Milescus, banquier à La Rochelle,né en 1603, mort à la Rochelle en 1659 .

Mariage avec Marie Georget le 18/12/1622 peut être à à La Rochelle, dont il a eu

né à la Rochelle le 22/10/1627, inhumé à Laleu (17) le 29/04/1684

Marié à Magdeleine Aigron le 20/03/1661 à la Rochelle dont il eut environ 11 enfants.

De cette union est né Françoise Émilie le 12/10/1678 à La Rochelle (laleu).

De son deuxième mariage avec Jacquette Clément , Jean Gobert l’ainé a eu

Jean Gobert, Écuyer, seigneur de Millescus, Lieutenant du sieur Gilles de La Roche-Saint-André, chef d’Escadre des armées navales

né à la Rochelle le 20 /06/1640 et mort dans cette même ville le 01/02/1670

Marié  en janvier 1661 au temple protestant de Charenton avec Anne de Rozemond.

Il est à noter que ce n’est pas le fils aîné qui devient seigneur de Milescus mais son cadet Jean.

Pour le marié Jacques Mignoneau, Escuyer, seigneur des Vignaux, capitaine au régiment de Périgord, nous savons que son arrière grand père Jacques Mignoneau a été maire de La Rochelle en 1606.

Pour l’instant aucune trace de sa naissance ni de son décès.