LES SEIGNEURS DU GUÉ D’ALLERÉ, les hommes et les femmes

 

Maintenant passons aux traces qu’on pu laisser les seigneurs de l’endroit.

Le premier dont le nom ressort est Nicolas de Joubert, j’ai bien peu de chose à son sujet il est le fils de Pierre de Joubert et est marié à Marie de Marboeuf.

Il était déjà seigneur du Gué d’Alleré en 1629. Nous trouvons quelques mentions de lui par l’intermédiaire de sa femme qui est citée comme marraine en 1640 sur la paroisse de Benon pour le baptême de Jeanne Poirel conjointement avec Hannibal de la Trémoille.

 

En 1676 la seigneurie est saisie au préjudice de la famille Joubert.

Le 19 février 1680 elle est adjugée à un certain Isaac Lainé marchand à Marans pour la somme de 9000 livres.

Ce dernier est protestant et a épousé le 26 avril 1671 au temple de Marans Jeanne Franchard, fille de Philippe sieur de Vendosme.

On constate donc qu’une seigneurie pouvait être achetée par un non noble et qui plus est par un membre de l’église prétendument réformée.

Isaac Lainé est mort à Marans (17) le 10 juillet 1681.

Ensuite notre seigneurie passe entre les mains de la famille Poirel, Didier en prend possession vraisemblablement par rachat.

Cette famille est implantée sur Benon, le père de Didier se prénomme Antoine et est notaire et garde des sceaux du comté de Benon, il est décédé à Benon en 1670..

Didier né à Benon en 1633 fait évoluer sa famille en devenant conseiller et procureur du roi au siège royal de Rochefort, il fait aussi partie de la bourgeoisie Rochelaise et devient échevin.

Il se marie à Benon en 1658 avec Marie Billaud, en cette époque il est déjà conseiller du Roi au siège Présidial de La Rochelle. Son épouse est la fille du greffier du comté de Benon.

Si ses premiers enfants naissent à Benon les autres naissent en la paroisse de Notre dame à la Rochelle.

Il ne semble pas qu’il ait demeuré au Gué d’Alleré, aucune signature de lui n’apparaît sur nos registres paroissiaux.

Il meurt en 1698 et son fils Louis devient à son tour seigneur du Gué, lui est Conseiller du Roi au siège Présidial de La Rochelle et écuyer, premier signe de noblesse.

Nous ne connaissons pas la date de naissance de Louis mais nous savons qu’il se marie à la Rochelle paroisse Saint Barthélémy en 1701. Son épouse de nomme Marie Magdeleine François.

Il est vraisemblable que Louis de par ses fonctions importantes ne réside aucunement au Gué d’Alleré, en tous cas aucun de ses enfants ni est baptisé.

La première mention d’un Poirel sur le Gué d’Alleré est la signature de Marie Louise Poirel la fille de Louis née en 1702 à la Rochelle elle est marraine du fils de Pierre Favreau et d’Anne Brisset. Nous sommes en 1715, elle a donc 13 ans, vit-elle au Gué d’Alleré?

En août 1716 Louis Poirel marie sa belle fille Marguerite Marchand au Gué d’Alleré.

Il est à noter que beaucoup de familles bourgeoises et nobles quittaient la chaleur des villes pour se réfugier dans leur terre. Ils pouvaient également présider aux bans des vendanges car le Gué d’Alleré en cette époque était couvert de vignes.

Il semblerait vu la fréquence ou Marie Louise Poirel se retrouve marraine qu’elle réside au château du Gué, on remarque aussi en 1717 la présence de sa demie sœur Marguerite Marchand qui signe de la Tremblaye.

Marie Louise Poirel est la seule des enfants de Louis à apparaître sur Le Gué, du moins jusqu’en 1730 date où Marie Esther la plus jeune sœur devient marraine à son tour.

En l’absence de renseignement il est difficile de se faire une idée de la fréquentation du château, mais du moins Marie Louise est présente sur le village depuis sa naissance.

Marie Louise se marie en la paroisse de Saint Barthélémy à la Rochelle le 26 avril 1729 avec un écuyer nommé Alexandre De Gascq rejeton d’un famille noble de Bordeaux.

A cette date elle est héritière de la seigneurie du Gué d’Alleré car son père est décédé.

Nous ignorons la date exacte de sa mort et l’endroit où il est décédé.

Marie Louise et son mari semblent vivre au gué car c’est au château que naît en 1731 leur premier enfant François Alexandre.

En 1732 c’est Étienne qui naît au Gué d’Alleré, c’est sa tante Marie Esther qui devient marraine.

C’est aussi la même année que décède la premier fils de Marie Louise, c’est le premier descendant Poirel à être enterré dans l’église du Gué d’Alleré.

Il est a noté que Marie Louise depuis qu’elle est dame du Gué n’est plus désignée comme marraine mais que sa fille Marie Magdeleine De Gascq le devient à son tour.

En juin 1734 les châtelains marient Louise leur quatrième enfant.

En 1735 Alexandre de Gascq se fait donner du Messire dans les actes où il apparaît.

En 1736 c’est Louise Guy Poirel la sœur de la châtelaine qui se marie avec Jean François de la Porte, homme de loi de Poitiers, vivait-elle avec sa sœur, probablement, car les deux parents sont décédés à cette date.

Le couple aura des enfants qui naîtront au Gué d’Alleré.

On le voit au moins deux familles vivent au château, Marie Louise et Marie Esther. Il est bien sûr impossible de préciser si elles venaient au Gué d’Alleré uniquement pour faire leurs couches ou bien si elles y résidaient à temps plein.

En 1739 apparaît sur un acte la signature d’un des fils de Louis Poirel c’est assez bizarre car il signe Louis Didier Poirel du Gué, la question est de savoir si lui aussi avait des droits sur la seigneurie.

En 1745 apparaît pour la première fois la signature d’Étienne de Gascq fils des châtelains.

En 1749 apparaît pour la première fois la mention que Jean François de La Porte mari de Louise Guy Poirel est seigneur en partie du Gué d’Alleré.

S’agit-il d’un rachat ou bien du règlement d’un contentieux suite à la succession de Louis Poirel ?

On peut toutefois noter que pour le baptême de ce neuvième enfant le parrain et la marraine sont plus prestigieux que pour les enfants nés avant.

En 1755 vraisemblablement suite à une épidémie, Marie Louise Poirel épouse De Gascq et Louise Guy Poirel épouse De la Porte décèdent au château, ainsi que Jean François de la Porte le mari de Louise Guy.

Il est à noter également la présence aux obsèques de Didier Louis Poirel qui signe Poirel du Gué.

Tout porte à penser que Marie Louise , Louise Guy et Didier Louis soient des cohéritiers de la terre du Gué d’Alleré.

Il est aussi à constater que Marie Louise Poirel et sa sœur Louise Guy participent activement avec leurs conjoints à la vie du village et qu’ils sont fréquemment solliciter pour les baptêmes mais aussi qu’ils sont présents à de nombreux mariages.

Le couple Poirel, Du Gascq a eu sept enfants, six sont nés au château du Gué d’Alleré. Marie Louise Poirel repose avec six de ses enfants dans l’église saint André du Gué d’alleré.

Il en va de même pour le couple de sa sœur Louise Guy et son beau frère Jean François de la Porte. Leurs neuf enfants sont tous né au château et Louise Guy est enterrée aussi dans l’église.

Les deux sœurs sont d’ailleurs les deux dernières personnes à être inhumées dans l’église.

Avec la disparition de cette génération les choses changent considérablement , Etienne Alexandre De Gascq devient seigneur du gué.

Il ne semble pas participer à la vie de sa seigneurie, car sa signature n’apparaît que deux fois, en 1763 pour le mariage d’une demoiselle Vacher de la famille noble qui habite le logis de Rioux et en 1789 pour le mariage d’un paysan du village.

C’est très peu et nous ne savons guère de chose sur le personnage.  En 1761 il est en procès avec le curé Dénécheau.

En 1764 il se marie à Marans avec Jeanne Suzanne de Junquières la fille d’un militaire de petite noblesse.

Il;ne semble pas avoir d’enfant ensemble et d’ailleurs ils divorceront en 1799 à la Rochelle.

En 1789  Etienne Alexandre de Gascq est délégué de la noblesse pour la désignation du député de la noblesse de la sénéchaussée de La Rochelle .

Nous ne savons pas si il émigre pendant la révolution ni quelle sera son action. Avec l’abolition des droits féodaux il n’est plus seigneur du Gué mais ne semble pas pour autant dépossédé des terres qui lui appartiennent. Ses droits seigneuriaux ont disparu mais gageons qu’il lui reste quelques terres.

Il décède au Gué d’Alleré le 30 juin 1814 à l’age de 81 ans. A cette époque on inhumait plus dans les églises depuis longtemps il fut donc enseveli au vieux cimetière qui entourait l’église.

Le souvenir des seigneurs s’est estompé depuis longtemps et leur château a été démantelé , les pierres ayant dit- on servi à l’édification de la maison bourgeoise construite à proximité de l’ancien château .

La métairie du château existe toujours, restaurée avec gout elle bruisse encore d’une activité agricole.

La place qui se trouvait devant a gardé l’appellation de place du Château quelque temps, puis là aussi le souvenir s’est effacé.

Bien peu de personnes connaissent l’existence de ce château et de ses seigneurs, puisse ce texte en appeler d’autres et faire ressurgir la vie du village d’autrefois.

Ceux qui sont intéressés peuvent me contacter afin que nous puissions tenter de combler les nombreux manques de cette histoire .

LES SEIGNEURS DU GUÉ D’ALLERÉ, les lieux

 

On ignore à quelle date elles se formèrent.

La seule indication que nous ayons c’est qu’un château existait à Mille Écus dès le 11ème siècle, ce qui par ailleurs ne prouve nullement qu’il existait une seigneurie.

Pour rappel une seigneurie est:

Une souveraineté exercée par le seigneur en matière de justice, de gouvernement sur un territoire dont il est détenteur et sur ses habitants auxquels il assure la protection militaire en échange de services et de perceptions de droits.

Cela peut-être une seigneurie foncière où le seigneur est propriétaire direct ou éminent des biens fonciers de sa seigneurie ou une seigneurie banale ou le seigneur exerce des prérogatives d’ordre publique.

On citera pour exemple l’ost, les droits banaux sur les pressoirs, les moulins, les fours et les droits de passage.

Une seigneurie banale est souvent bien plus rentable qu’une seigneurie foncière.

Pour se faire une idée replongeons en arrière de quelques siècles et visualisons ce que pouvait être la contrée.

L’élément principal en est bien sur le ruisseau de l’abbaye ,que l’on nomme la Roulière maintenant .

L’on passait à Gué ce mince ruisseau qui à une époque lointaine était sûrement plus important. Est-ce la voie Charlemagne ou un antique chemin qui menait à la Vendée qui passait à cet endroit?

Le château du Gué d’ Alleré fut peut-être construit à proximité du passage à Gué en imaginant que ce fameux passage soit situé au niveau de l’actuel pont. Il protégeait et contrôlait l’endroit et l’on peut penser que les seigneurs en percevaient des droits de passages fort lucratifs.

Il n’existe plus aucune trace de ce château, aucune gravure ni dessin. Une maison bourgeoise aurait été édifiée avec ses pierres à proximité de son emplacement initial.

La première mention du Gué d’Alleré remonte à la charte de donation de Liguriaco en 989: il s’appelait alors « Aleria »

On en retrouve encore une mention en 1269 sur un manuscrit de l’abbaye de la Grace Dieu, c’est un acte de donation de biens en latin et le village est nommé  » Vadum de Aleres  »

Vadum se traduisant par peu profond.

Rien n’a été trouvé sur le village du Gué d’Alleré, l’église d’origine dont il ne reste rien aurait été construite au 12ème siècle sous l’inspiration des moines cisterciens de l’abbaye de la Grâce Dieu.

Abbaye, il faut le rappeler fondée en 1135.

Il faut aussi poursuivre en s’imaginant que le Gué d’Alleré était en lisière de la forêt d’Argenson. De ce massif forestier immense qui s’étendait des deux sèvres jusqu’à la Charente il ne reste que bien peu de chose. En ce qui concerne notre histoire nous pouvons citer la forêt de Benon.

Il ne nous reste que la toponymie pour attester de sa présence comme par exemple le lieu dit   » les fonderies » dans notre village et « le chemin des Charbonniers »

Donc un château, une église, un cimetière et un passage à Gué. La toponymie nous révèle également la présence d’un fief Goton, d’un fief du Gué, d’un fief de Bouhet, d’un fief de Mille écus , d’un fief David, d’un fief des noisettes et d’un fief des chaumes.

Rappelons que le fief consistait en général, durant l’époque féodale en une tenure, une terre concédée à un vassal (le feudataire), à la charge de la foi et hommage et éventuellement, de quelques autres devoirs envers son Seigneur.

Mais poursuivons car le Gué d’Alleré n’est pas que le bourg mais aussi le village de Rioux.

Séparé du bourg par une plaine inondable ou serpente le ruisseau de l’abbaye.

Le village de Rioux est sans doute d’origine très ancienne car dès 1190, l’abbaye de la grâce Dieu reçoit des terres en don, le jardin de Riost ( le monachisme en Saintonge ).

Ce nom est confirmé également par un traité passé avec l’abbé de Nouillé et l’abbaye de la Grâce Dieu en 1244.

Ce territoire est nommé Ortus Régis ( les jardins du roi ) sans doute en raison de la fertilité de la terre.

On sait également que l’abbaye de la Grâce Dieu avait installé un prieuré pour gérer les terres qui lui appartenaient. Les ruines étaient autrefois apparentes près de la ferme de Rioux.

Avant de devenir une annexe du Gué, Rioux devait être une paroisse indépendante et elle possédait une église et un cimetière. Les pierres de Notre dame de Rioux servirent à l’agrandissement de l’église du Gué d’Alleré en 1840.

Jusqu’à la révolution de  1789 on enterrait encore au cimetière de Rioux.

Ensuite nous avions le hameau ou village de Mille écus, là aussi une église et un cimetière mais surtout un château.

Ce dernier puisant ses racines dans les profondeurs de l’histoire et dépendant de la seigneurie, distinct de Mille écus.

Mais revenons à notre seigneurie du Gué d’Alleré qui avouons le est restée dans les limbes de l’histoire.

Le château du Gué d’ Alleré a disparu sans laisser de trace, aucune photographie, aucune gravure, aucune peinture et aucune mention.

Nous connaissons bien sûr son emplacement grâce au cadastre Napoléonien , c’est une grande bâtisse en U que jouxtent des bâtiments de ferme en ce qui devait correspondre à la métairie du château et aux communs de ce dernier.

L’ingénieur Claude Masse nous en donne une bien piètre description, un corps de bâtiment flanqué de deux tourelles, rien qui donne une impression de grandeur.

UNE ÉPIDÉMIE DANS LE VILLAGE DU GUÉ D’ALLERÉ, A LA FIN DU GRAND SIÈCLE, ÉPISODE 2

 

D’Aubons s’en va mais il sait qu’il va revenir, car d’un œil, il a vu les autres enfants du couple.

Il a l’habitude d’enterrer les enfants mais à chaque fois il a quand même un petit pincement au cœur.

Le lendemain comme prévu il arrive chez les Juteau mais ce qu’il redoutait, était arrivé, la petite Catherine une espiègle gamine de dix ans avait choisi le silence de la nuit pour fausser compagnie à la vie. Cette fois le curé en était sûr, arrivait une nouvelle épidémie, une nouvelle vague de mort de tristesse et de dévastation. Simon et Catherine étaient entourés des leurs, ils avaient déposé Catherine et Jean sur la même paillasse. Le curé fit une prière on mit les deux enfants dans un linceul de lin blanc et on les porta en terre.

Toute la population du Gué d’Alleré les accompagne sauf les gens du château qui par peur de contagion se terrent dans leur demeure. Aucune compassion, aucune pitié, du moment que Simon paye ses impôts. Les Poirel se moquent bien de leurs serfs.

Trois jours plus tard la mort s’arrête chez d’autres malheureux, Louis Turgnier laboureur à bras voit son fils Elie disparaître, cette fois c’en est sûr le mal circule. Le petit qui vient de mourir était en pleine santé enfin comme peu l’être un enfant famélique. Il a sept ans et comme la fille des Juteau on aurait pu croire que sa destinée oscillait vers les vivants.

Le temps de s’améliore pas, le ruisseau de l’abbaye est chargé d’eau, le gué du ruisseau va bientôt être impraticable. Des paroissiens viennent à la cure mendier, déjà, l’hiver n’est point arrivé.

Le mercredi 13 octobre 1700 c’est le tailleur d’habit Mathurin Guenon qui vient quérir le prêtre, c’est la petite Anne âgée de huit ans qui vient de succomber. D’Aubons suit le père la tête basse il est las de tant de petits morts.

La petite est portée en terre le jour même à quoi bon traîner.

Pour l’instant la mort ne rode que sur le Gué d’Alleré, les hameaux sont épargnés, La Moussaudrie, Mille écus, Rioux.

Mais le lendemain il faut se résigner Mille écus et ses mauvaises maisons laissent passer la maladie.

Marie Anne Chabourny un bébé de quatre mois vient de mourir des mêmes symptômes. C’est peut être moins grave ce n’est qu’un bébé encore aux langes mais Françoise Guenon la mère hurle de douleur, elle est inconsolable Pierre devra immédiatement se remettre à l’ouvrage pour pallier à ce manque.

Au cimetière de Mille écus d’Aubons aperçoit un petit monticule de terre, c’est là que repose Laurent Merle le petit de Jean et de Suzanne Rozeau, peut être que ce décès à déjà un rapport avec la flambée de disparitions.

Mais le malheur continue de s’abattre sur le village, le 15 octobre  c’est Marguerite Rouault, trois ans, que le curé porte en terre, cette fois le seigneur Louis Poirel s’émeut. Mais sans se préoccuper de ses paysans il monte en carrosse et s’en va rejoindre La Rochelle pour fuir cette possible tragédie.

Le même jour, la mort retourne chez Mathurin, après sa fille c’est son fils Pierre qui succombe. Les parents n’ont plus de larmes.

La population devient inquiète, s’énerve, le châtelain est parti. Ce peuple dur et fier se sent démuni .

Le seize octobre arrive à la cure, Pierre Margat, encore,  non pas cette fois, cela sera un baptême, une petite fille prénommée Jeanne comme sa marraine Jeanne Berthonière .

Mais la ronde macabre se poursuit, voilà qu’apparaît de nouveau Simon Juteau, il vient presque en voisin, sa mansarde se trouve sur le chemin qui mène à l’abbaye, cette fois c’est sa petite Magdeleine âgée d’un an et demi. Je leur conseille de fuir, d’aller se réfugier ailleurs, mais pauvres parmi les pauvres ils n’ont personne chez qui aller.

Le village est triste et lugubre, il tombe des cataractes d’eau, le ruisseau gronde , les prairies sont inondées, le chemin principal n’est qu’un vaste bourbier, quand à la place du château elle n’est que flaque.

Comme une immense faux qui fauche d’un coté et de l’autre le curé doit retourner à Mille Écus, héla c’est encore chez Pierre Chabourny, là aussi deuxième mort en une semaine, Jean un an et demi.

Heureusement la terre n’est pas gelée, les fossoyeurs non pas de difficulté à creuser. Au château de Mille Écus, Françoise Émilie Gobert fait appeler d’Aubons, doit-elle s’inquiéter pour sa vie, doit-elle fuir car elle vient d’apprendre que la famille du seigneur du Gué est partie sur la Rochelle. Le curé avec tout le respect qu’il doit à la châtelaine, ne sait pas trop quoi lui dire, pour l’instant aucun adulte n’est mort. Il doit sans doute s’agir d’une poussée de maladie infantile.

Rien ne s’arrête, le mois d’octobre 1700 est pour le curé le pire de sa vie.

Le dix neuf retour chez Louis Turnier la petite Marie, cinq ans gît sur son humide grabat. Il ne peut qu’apporter un secours spirituel, la médecine des hommes est impuissante à juguler les fléaux de la mort des enfants. De toutes manières il n’y a pas de médecin ni de chirurgien dans la région et de toute façon, une saignée ou un lavement n’ont jamais guéri un enfant.

Le vingt et un octobre Jacques Fournat, dix ans, puis Barthélémy Guilbaut, cinq ans. Le Gué d’Alleré, Mille écus, bizarrement aucun mort à Rioux, la contagion s’arrête t’ elle au bord du ruisseau ?

Jusqu’ à présent la mort avait frappé chez les miséreux, la voilà qui maintenant s’attaque à l’aisance, Magdeleine huit ans fille de Pierre Margat et de Jeanne Berthouet le grenotier s’écroule elle aussi en pleine enfance.

La méchante, comme semblant avoir oublié quelqu’un s’en retourne chez les Juteau et leur vole le petit Jacques Moulin un an et demi qui est en nourrisse chez eux.

Puis enfin sans que l’on sache pourquoi l’épidémie semble s’essouffler, moins de morts, c’est certain mais quand même, ultime poussée, elle frappe encore chez notre grenotier Pierre Margat et leur dérobe le petit Jacques dix ans et fierté de la maison.

A la fin de novembre décède Pierre Barreau, il a les mêmes signes que chez les enfants, à quarante cinq ans il abandonne sa femme Jeanne Boucherie. Il est vrai que beau frère de Magdeleine Boucherie? il a assisté les Juteau dans toutes leurs épreuves, s’exposant énormément.

Le froid revient sur la contrée chassant peut-être les mauvaises miasmes. Le curé d’Aubons n’a plus à déplorer de mort jusqu’en avril de l’année suivante.

BILAN ANNÉE 1699

10 naissances

13 décès

BILAN ANNÉE 1700

11 naissances

23 décès dont 15 pour le mois d’octobre

BILAN ANNÉE 1701

11 naissances

8 décès

UN MARIAGE AU CHÂTEAU DE MILESCUS, ÉPISODE 2

 

Il rejoignit la maîtresse de maison qui dans quelques minutes serait sa femme. Le curé d’Aubons ne connaissait pas les méandres familiaux qui avait mené Françoise Émilie Gobert fille de feu Jacques Gobert à venir s’installer au château de Milescus mais il soupçonnait quelques intrigues qui du reste de le regardait pas.

Pour ce qu’il en savait Françoise Gobert n’était pas officiellement la dame du Gué d’Alleré.

Elle n’était que le dernier enfant du défunt Jacques Gobert écuyer et seigneur de Chouppe.

Lui non plus n’avait pas été en possession de la seigneurie de Milesecus, car cette dernière appartenait à son frère Jean décédé en 1670 et par transmission à ses héritiers.

Mais cette l’affaire d’héritage qui en soit se présentait simplement fut grandement compliquée par un édit royal tout droit sorti d’un cerveau vieillissant et de l’influence de la bigote Françoise de Maintenon

L’héritière de Jean Gobert était sa femme Anne Rozemond, où plus précisément cette dernière représentait les intérêts de leur fille mineure Elisabeth .

Comme toute sa famille, Anne était protestante et vivait sous la protection de l’Edit de Nantes.

La tolérance religieuse était donc de mise jusqu’au moment où le roi soleil en eut décidé autrement.

Par le funeste édit de Fontainebleau en 1685 il révoqua le sage texte de son grand père Henri .

C’en était fini des protestants, sous la pression ils abjurèrent en masse ou fuirent le pays.

Anne l’héritière de la seigneurie partit avec les siens à l’étranger, les terres presque en déshérence furent récupérées pour un temps par la branche des Gobert de Chouppe qui eut étaient devenus de bons catholiques.

 Le curé n’avait qu’entre aperçu cette noble dame De Rozemond qui malgré les pressions persistait à rester dans l’erreur de cette religion prétendument réformée. Il n’approuvait pas cet aveuglement et cet égarement mais admirait quand même cette belle opiniâtreté.

Certains paroissiens très âgés se souvenaient par contre de Jean Gobert seigneur de Nieul, de Chouppes et de milescus , ce banquier rochelais avait eu son heure de gloire pendant le grand siège de La Rochelle en servant de messager auprès du roi d’Angleterre. Certes, depuis, ce farouche huguenot avait prêté allégeance au roi et en avait été récompenser par un titre de noblesse en 1651.

Ces seigneurs l’étaient donc depuis peu, l’argent, l’intrigue et les événements avaient donné au sang qui coulait dans leurs veines la couleur bleu.

A vrai dire tout ces fraîchement convertis agaçaient le bon curé, leur condescendance, leur morgue n’auguraient pas d’une franche adhésion à la véritable religion.

D’aubons ne connaissait donc que l’insolence de Françoise Émilie, cette dernière née à Laleu en 1678 était une bien belle jeune fille, vive, effrontée et qui menait son monde à la baguette.

Les parents de Françoise étaient décédés tous les deux et seule des aïeux vivait Marie Margat la mère du marié .

Ce fut la veuve Mignoneau qui introduisit le curé dans la chapelle, il était maintenant attendu et enfin on prêtait une quelconque attention à sa présence.

Du coté des Gobert la présence se faisait féminine, Henriette la sœur aînée mariée à un commissaire d’artillerie nommé Charles de la Croix seigneur de la Mignoterie et Marie Madeleine mariée au seigneur de Champagny , Jacques de Sauzait.

Pour le marié il y avait bien sûr la mère en sa robe de veuve, stricte comme une protestante , Marie Mignoneau la petite sœur et aussi le frère, Jean seigneur de la louche et de Puyvineux.

Mais comme trônant au premier rang Félix Auguste Gobert le frère et héritier de son père seigneur de Chouppes en compagnie de sa femme Jeanne Levacher. Celui-ci chef de famille montrait toute son importance en se parant des attributs de commandeur infatué de sa mission.

Dans un coin sa belle fille Jeanne née de La Grange minaudait en s’éventant sans doute incommodée par les odeurs fétides des latrines qui se déversaient dans les douves.

Les seigneurs des lieux n’avaient pas autorisé les humbles du voisinage à assister à la noce, nous étions entre gens de biens.

Le curé d’Aubons aurait du être intimidé devant tant de puissance supposée, mais ces culottes de soies, Ces robes de satin ne l’impressionnaient guère. Ces gens, au regard des pauvres diables de Milescus étaient sans conteste très riches, mais ils n’étaient que des gens de peu, face à l’opulence du roi soleil. Le bâtis de milescus pourtant loin d’être une chaumière n’était qu’une mansarde face à la splendeur Versaillaise.

La richesse est une notion toute relative et le bon père lui se sentait comme Crésus lorsqu’il buvait un vin de sa vigne ou qu’il croquait à pleine bouche des légumes de sa langue de terre du jardin du roy.

Normalement l’usage voulait que le mariage soit annoncé par trois bans aux portes des églises concernées. Les mariés vivaient en la paroisse Saint Barthélémy à la Rochelle, le mariage aurait du être fait là bas. Mais caprice de Françoise Gobert qui voulait que la noblesse de sa famille qui sentait encore bon la finance se matérialise sur les terres nobles qu’elle possédait, ils obtinrent l’autorisation de venir effectuer la noce en ces lieux. Le curé de Saint Barthélémy leur accorda aussi la dispense des deux premiers bans sans que le curé sache réellement pourquoi.

Ceci dit le curé d’Aubons maria l’escuyer Jacques mignoneau à la fille de l’escuyer Jacques Gobert.

Le repas vint à la suite , mais aucun relief de celui ci ne parvint aux animaux crottés et transis qui attendaient à cet effet dans la cour du château.

Chacun retourna à son labeur, Jacques Mignoneau et sa dame reprirent le chemin de leur hôtel de la Rochelle.

Françoise fit de nombreux séjours dans leur noble demeure du Gué d’Alleré,

Généalogie simplifiée voir arbre tramchat sur généanet.

Jean Gobert , Chevalier, seigneur de Nieul, de Chouppes et de Milescus, banquier à La Rochelle,né en 1603, mort à la Rochelle en 1659 .

Mariage avec Marie Georget le 18/12/1622 peut être à à La Rochelle, dont il a eu

né à la Rochelle le 22/10/1627, inhumé à Laleu (17) le 29/04/1684

Marié à Magdeleine Aigron le 20/03/1661 à la Rochelle dont il eut environ 11 enfants.

De cette union est né Françoise Émilie le 12/10/1678 à La Rochelle (laleu).

De son deuxième mariage avec Jacquette Clément , Jean Gobert l’ainé a eu

Jean Gobert, Écuyer, seigneur de Millescus, Lieutenant du sieur Gilles de La Roche-Saint-André, chef d’Escadre des armées navales

né à la Rochelle le 20 /06/1640 et mort dans cette même ville le 01/02/1670

Marié  en janvier 1661 au temple protestant de Charenton avec Anne de Rozemond.

Il est à noter que ce n’est pas le fils aîné qui devient seigneur de Milescus mais son cadet Jean.

Pour le marié Jacques Mignoneau, Escuyer, seigneur des Vignaux, capitaine au régiment de Périgord, nous savons que son arrière grand père Jacques Mignoneau a été maire de La Rochelle en 1606.

Pour l’instant aucune trace de sa naissance ni de son décès.

UN MARIAGE AU CHÂTEAU DE MILESCUS, PAROISSE DU GUÉ D’ALLERÉ, ÉPISODE 1

 

Mais aujourd’hui était jour extraordinaire, non seulement pour lui mais évidemment et infiniment plus pour la population de la noble demeure.

Sa carrière en temps qu’ecclésiastique commençait maintenant à s’allonger, il avait été vicaire à Surgères et depuis maintenant quatre ans il officiait comme curé en la paroisse du Gué d’ Alleré et annexes.

L’endroit et les habitants lui avaient bien plu, il faut dire que le Gué d’alleré avait la particularité intéressante d’avoir trois paroisses en une seule. Le village n’était pas bien grand, loin de là, mais son histoire dont il ignorait les aboutissements avait fait qu’il s’était formé en trois entités. Il y avait le bourg principal, avec l’église Saint André et son cimetière, puis une église et un cimetière au hameau de Rioux et pour terminer, une église, un château et un cimetière au hameau de Mille écus.

Il enterrait, baptisait et mariait indistinctement en un lieu ou un autre en fonction de l’endroit où habitaient ses ouailles.

Bien que les familles se mélangeaient indistinctement au gré des mariages, quand vous étiez de Rioux, vous n’étiez pas du Gué et quand vous étiez de Mille écus vous n’étiez pas de Rioux.

Le curé s’amusait de la situation mais s’en agaçait aussi parfois. Les querelles qui découlaient de cette particularité pouvait virer au tragique comme au comique. Si ces territoires ne dépendaient pas de la même seigneurie, les habitants qu’ils soient sous la tutelle de celle de Mille écus, de celle du Gué d’Alleré ou bien même sous la dépendance de l’abbaye de Benon, n’en étaient pas moins miséreux et pressés par les impôts les plus divers.

Le village où se trouvait sa cure s’était développé le long d’un petit ruisseau et plus particulièrement d’un endroit où l’on pouvait le passer à gué . Une petite église et son cimetière, une maison noble le long du cours d’eau et quelques maisons blotties frileusement autour. A la sortie du village en allant sur Saint Sauveur de Nuaillé tournaient les ailes du moulin David. Le seigneur du lieu s’appelait Louis Poirel, le curé avait de bons rapports avec lui bien que le maître du village fut parfois distant.

De vastes prairies humides séparaient le bourg principal de son hameau de Rioux, les eaux débordantes du ruisseau de l’abbaye déposaient un fertile limon et assuraient une récolte abondante qui faisait appeler l’endroit » les jardins du Roi » .

Le chemin qui menait à la paroisse de Rioux était souvent impraticable et le curé d’Aubon crottait ses souliers plus que de raison en allant administrer les sacrements à ses paroissiens.

Pour venir à Mille écus le chemin était plus praticable, on montait par le moulin de Mille écus.

Celui ci dominait les prairies humides des ruisseaux du Gigan ( le Curé actuellement ) et de l’abbaye. Une fois au sommet de cette modeste côte, il suffisait de se laisser couler le long des vignes qui poussaient sur le coteau pour arriver au modeste ensemble qui formait Mille écus.

Le château de mille écus avait depuis longtemps perdu la fonction de défense qu’il avait autrefois. Il en restait des douves encore pleine d’eau en cette période mais qui seraient presque à sec au plus fort des chaleurs de l’été et des tours pour moitié écroulées.

La demeure seigneuriale encore grande, avait elle aussi perdu de sa superbe, le curé se demandait pourquoi la fratrie qui possédait cette terre ne se mariait pas en la paroisse saint Barthélémy à la Rochelle où ils possédaient un hôtel. Il est vrai que le bon prêtre ignorant de la situation exacte de la famille ne pouvait leurs présumer des difficultés financières.

Coincé entre deux cours d’eau l’endroit était fort humide en hiver et souvent inaccessible quand les eaux montaient et envahissaient les prairies . D’Aubons se voyait mal vivre ici, même si parfois son presbytère souffrait également d’une inconvenance du ruisseau qui venait de l’abbaye de la Grâce dieu .

Prés du château se trouvait la chapelle elle aussi fort délabrée, c’est là qu’il allait unir les deux promis. Autour ce n’était que misérables baraques, à demi-enfoncées dans la terre, repliées sur elles- mêmes, aux maigres ouvertures . Des toits de jonc émergeaient des cheminées branlantes d’où s’échappaient les fumées odorantes d’un méchant bois vert.

Autour de la petite chapelle qui servait d’église, comme un vilain champs mal labouré. De ce lieu mal défini, surnageaient quelques croix de bois et de faibles monticules de terre encore mal tassés.

Il émanait de ce jardin sacré comme une tristesse indéfinissable qui finalement se mariait assez bien à cette pauvre seigneurie et à cet endroit lugubre.

Au soleil blafard qui  tentait de se faire jour parmi les brumes qui montaient du ruisseau et essayait désespérément de réchauffer quelques êtres blafards .

Mal nourris, pieds nus et vêtus de méchantes hardes, ils formaient toute la population de Mille écus. Presque tous laboureurs à bras, ils attendaient déférents mais transis, l’arrivée des invités de la noce.

Le meunier Jean Aurard s’était mis un peu en retrait, personnage important et moins famélique, il n’en attendait pas moins ses maîtres avec autant d’impatience que les presque serfs qui l’environnaient.

André Poitou parlait à Jean Cholet, les deux hommes faisaient les cents pas pour se réchauffer en agitant leurs bras.

Suzanne Rozeau, la femme au Laurent Merle se lamentait de la dureté des temps auprès de Françoise Guenon la femme au Chabourny.

Barthélémy Guilbeau force de la nature morigénait ses drôles en leur promettant force torgnoles si ils n’arrêtaient pas de gauger dans les flaques d’eau encore prises par la gelée du matin.

Barthélémy n’avait jamais frappé l’un de ses enfants et ils en profitaient jusqu’au moment où Anne Nolet leur mère leur administrait à chacun une calotte afin qu’ils se tiennent enfin tranquilles.

Mais un bruit de cheval hennissant leurs fit tourner les têtes. Enfin le spectacle allait pouvoir commencer. Le cavalier pénétra dans la cour du château et Anthoine Berthomet l’un des serviteurs du lieu se précipita pour récupérer le cheval.

L’homme que tous attendaient, était le marié. Le noble homme se nommait Jacques Mignoneau écuyer, seigneur des vignaux, capitaine au régiment de Périgord. En descendant de sa monture il n’eut aucun regard pour ces gueux qui pourtant l’attendaient avec impatience.

Lui, rejeton d’une vieille famille protestante qui avait comporté un maire de La Rochelle, héritier d’un proche du grand Jean Guiton, lui même officier de sa majesté n’avait évidemment que faire de cette plèbe.

LE COMBAT DU 15 DÉCEMBRE 1944 AU GUÉ D’ ALLERÉ

 

I

 

Après le débarquement du 6 juin 1944 en Normandie les troupes allemandes refluent vers leurs frontières. Mal menées par les groupes de résistants elles commettent les pires atrocités. En retraitant, elles laissent toutefois des poches de résistance pour protéger leurs bases sous marine, Brest, Lorient, La Rochelle, Royan, Pointe de Grave, Saint Nazaire.

Les 18000 allemands de la poche de La Rochelle se retrouvent encerclés par les FFI  (Forces françaises de l’intérieur) et les FTP ( francs-tireurs et partisans) , provenant du sud ouest.

En ce qui concerne notre secteur, il est occupé par le groupe FTPF Demorny fort de 1500 hommes et par le régiment Foch.

Le régiment Demorny devant Forges, Aigrefeuille, Le Thou, Ciré et Chambon. Le régiment Rico devant Bouhet et Virson et le régiment Soleil devant le Gué d’Alleré.

Le régiment Foch progresse sur l’axe Niort La Rochelle et son premier bataillon s’installe à Bouhet, La Roullière, le Gué d’Alleré, la Laigne et Benon, son second bataillon reste en réserve sur Frontenay Rohan Rohan.

Le PC de ce régiment se trouve à la Laigne.

Il convient de préciser que le régiment Foch devient le 01 décembre 1944 le 123ème régiment d’infanterie, transformant ainsi les maquisards en soldats d’une armée régulière. Les hommes seront ainsi protégés par les conventions de la guerre et non plus considérés comme des terroristes.

Le régiment Demorny se transforme en 108ème RI .

Le 78 régiment d’infanterie prend position en arrière du régiment Foch au sud ouest de Bouhet à partir du 13 décembre.

Le régiment Soleil tient quand à lui le secteur des Haies de Virson.

Il convient de préciser que suite à une convention négociée entre le contre amiral Schirlitz et le commandant Meyer, puis ratifiée par le général Adeline qui commande les forces françaises du sud ouest, La Rochelle ne sera pas attaquée les installations portuaires et urbaines ne seront pas détruites.

Une zone de no man’s land est créée entre les lignes allemandes et les lignes françaises. Dans cette zone les deux contractants conservent leur liberté d’action.

Les communes du Gué d’Alleré, de Saint Sauveur et de Ferrière se trouvent dans cette zone.

Celles de Benon et Bouhet se trouvent en limite de la zone française.

La ligne de front se situe au niveau de Rioux et de Mille écus pour ce qui concerne le Gué d’Alleré, et de la ferme du Silop, de Supplancay et de Blameré pour la commune de Bouhet.

Les attaques allemandes seront avant tout des raids d’alimentation. Celle du 15 décembre sur notre commune n’en fait pas exception

Dès le 13 décembre 1944 des mouvements de troupes sont signalés près de Virson, Saint Christophe, Saint Médard, Vérines et les craintes d’une attaque dans le sous secteur 3 et le sous secteur 4 se précisent. On constate la mise en place de pièces d’artilleries.

Les régiments Foch et Demorny sont en état d’alerte et un bataillon du 78 RI est envoyé à Maison Neuve.

Les alertes étaient fondées et le 15 décembre 1944 les Allemands attaquent en force et c’est près de 2500 hommes qui fondent sur les positions françaises.

A 8 h 15 l’artillerie tonne et les premiers obus s’abattent sur le bois de l’Encens, les haies de Virson et Bouhet.

L’aile droite allemande engage son avance depuis Virson sur les Haies de Virson. Le 4ème régiment Soleil qui tient la position devant la supériorité numérique des allemands se retire sur Blameré, le repli se fait en infligeant de grosses pertes à l’ennemi.

A 9 heure, l’attaque allemande se reporte au nord c’est à dire sur Bouhet , la ferme Silop, Supplancay et Blameré.

Ce secteur est tenu par la compagnie Wacherot du 1er bataillon du régiment Foch, le lieutenant Perrot Minot en exerce pour l’heure le commandement.

Une première colonne allemande est bloquée aux Haies et une autre se dirige vers les Petites Rivières. Les tirs de mortier s’abattent sur les positions et malgré une défense farouche, le repli par échelon est commandé sur la gare de Bouhet, puis en lisière de la forêt de Benon.

A 9 h 45 Bouhet est occupé, les derniers habitants qui n’avaient pas répondu aux ordres d’évacuation tentent de fuir ou se terrent dans les maisons mises immédiatement au pillage par les troupes allemandes.

Ce premier bourg en leur possession les allemands dirigent leurs effort sur le Gué d’Alleré qui est tenu par la compagnie Fournier du régiment Foch.

Il est 10 h 45 quand l’attaque commence, Rioux est bombardé ainsi que Saint Sauveur.

L’ennemi laisse une couverture sur Bouhet et attaque en force sur Mille écus et Rioux.

La compagnie Pascal qui couvre le Gué d’Alleré se défend vaillamment. La section Marot et la section Paillé ( de la compagnie Fournier ) résistent désespérément sur les positions de Mille écus.

Mais les abris sommaires et les armes légères ainsi que la modicité du nombre de soldats ne peuvent rien contre la supériorité en nombre des Allemands et sur leur supériorité en armement.

La colonne ennemie est précédée de deux camion blindés.

Malgré l’héroïsme désespéré des hommes, les allemands progressent et le Gué d’Alleré est évacué par la compagnie Fournier. A 13 heures le village est envahi et les allemands commencent leur pillage, là aussi la population qui n’est pas entièrement partie se cache ou s’enfuit.

Les survivants décrivent bien la panique et la peur qui s’empara d’eux, la préoccupation principale étant la préservation des troupeaux, nombre d’entre eux s’enfuirent à travers champs en direction de Benon.

Normalement la population aurait du être entièrement évacuée conformément aux ordres préfectoraux mais certains avaient fait choix de rester.

D’autres que la maladie avaient cloué au lit ne purent partir, et deux décès survinrent ce jour.

Les allemand furent sévèrement accrochés et de nombreux morts et blessés jonchaient les rues du village.

La majorité des morts que les français eurent à déplorer, fut lors de la défense du point de Mille écus et l’adjudant Marot qui commandait fut fait prisonnier et soigné dans un hôpital de La Rochelle.

Mais les français réagirent assez vite et le régiment Demorny prépara une contre offensive.

Un bataillon du 4ème zouave arriva également en renfort avec 4 pièces d’artillerie de 105 mm. A 14 heures, ils commencèrent à tirer sur les allemands qui se trouvaient à Bouhet .

A 15 heures 35, une patrouille pénètra dans Bouhet et constata que les allemand avaient évacué.

Le bombardement aérien prévu par six avions du groupement aérien de Cognac a été décommandé et redirigé sur le Gué d’Alleré. La mission n’a pas été  une réussite et 4 avions seront endommagés par la Flak allemande.

A 17 heures les allemands évacuèrent toutes les positions qu’ils avaient conquises.

Le bilan est terrible :

14 soldats français sont morts sur le terrain.

42 ont été faits prisonniers dont une vingtaine blessés.

11 d’entre eux décéderont dans les hôpitaux de la Rochelle portant le bilan total à 25 tués

Les Allemand eurent approximativement 57 morts et 120 blessés.

Leurs deux véhicules blindés furent détruits.

Mais ils emportèrent un important butin, 50 tonnes de céréale , 100 têtes de bétail et 11 mitrailleuses.

Dans les jours qui suivirent le village finit d’être évacué et la population se dirigea pour une grande part vers les Deux Sèvres. Seules quelques personnes ayant des sauf-conduits purent à nouveau pénétrer dans la zone.

Le régiment Foch durement éprouvé fut relevé et le 78 RI prit sa place.

LA VIEILLE AU CHAT Épisode 2

 

 

Maintenant elle était libre d’homme et libre tout court, mais telle une meute de loups, les mâles libres ou non libres du village se mirent à tourner autour d’elle. C’était bien misère qu’un beau corps de femme ne contente plus personne, c’était bien misère que ses hanches ne soient plus prises.

Anne en entendait de belle lorsqu’elle se rendait à l’église ou chez une pratique pour ses ouvrages.

La crudité des mots la faisait rougir, elle accélérait le pas tête basse. Le curé la sommait presque de reprendre un époux, ses frères et sœurs lui organisaient des rencontres. Mais elle n’avait besoin de personne, refusait tous les partis. Sa vie était concentrée sur l’éducation de sa fille Constance et de son fils Pierre.

La vieille Anne comme statufiée dut bouger, elle dérangea le chat qui pourtant n’avait aucune intention de se mouvoir. Trottant d’un menu pas elle gagna le fond du jardin, le froid la saisissait, elle écarta négligemment ses frêles jambes et pissa debout. La bise qui fouettait son visage lui rappela soudainement un événement heureux de sa vie. Heureux et malheureux serait-il plus juste de dire.

Nous étions en octobre 1849, Anne se rendait chez une cliente pour effectuer une retouche sur une robe qu’elle avait cousue. Bizarrement ce jour là elle ne trouva pas celle qu’elle venait voir mais son mari. Bêtement elle s’était trompée de jour, l’homme la pria de rentrer afin de se réchauffer un peu.

Il faisait bon, l’homme était disert, elle fut bientôt sous son charme. Depuis sept ans que son mari était mort elle n’avait plus ressenti l’impression diffuse qui tétanise les muscles et brouille l’esprit.

Il ne se passa rien ce jour là mais Anne sentit qu’une mâchoire s’était refermée sur elle.

Elle était, en cette période, d’une irrésistible beauté, du moins le ressentait-elle ainsi. La vie lui souriait à nouveau, chaque matin était jour de fête, les enfants étaient contents et rayonnaient.

Évidemment il arriva ce qu’il devait arriver, l’homme, le mari de sa cliente devint un amant. Pourvoyeur de plaisir au départ il se fit bientôt plus présent. Cela devenait dangereux, mais leur irrépressible attirance faisait fi des risques encourus.

Mais la chance les couvrit et leur secret point découvert . Seulement dame nature traitresse aux âmes amoureuses rappela Anne à plus de tenue. Elle n’eut bientôt plus ses menstrues, le divin hiver se transforma en un printemps de chagrin.

Dans les premiers temps Anne de ses mains expertes de couturière cacha par d’amples vêtements son ventre qui grossissait.

Mais bientôt la chose se révéla, la grenouille de bénitier s’était faite crapaud, les femmes du village offusquées commencèrent leur travail de médisance. Les spéculations sur le père allèrent bon train, on croyait savoir qu’untel était le fautif, puis non c’était un autre, en bref personne ne savait et cela énervait . Où avait-elle été troussée et par qui, le maire tenta de lui extorquer le nom, le curé se mêla évidemment de l’affaire?

Anne qui était vilipendée, huée et chahutée ne sortait plus de chez elle. Au lavoir elle avait été bousculée, on lui avait jeté du crottin de cheval à la figure en la traitant de catin. Une troupe de poissardes eut bien voulu la déshabiller et la jeter dans la Roulière. Elle était la salope du Gué, la voleuse d’homme, chacune croyait son mari responsable de la forfaiture.

Puis le terme arriva il fallait bien recracher le vilain fruit.

Anne avait froid, elle rentra chez sa fille et n’eut que le temps de se caler dans son fauteuil en reprenant son chat que François et Constance rentrèrent d’une pièce de terre où ils effectuaient des travaux d’hiver.

Le gendre était peu amène et de fort méchante humeur, il s’en pris à sa femme qu’il trouvait souillon. Comme si une femme qui avait pataugé dans la fange toute la journée pouvait être aussi propre qu’une bourgeoise des villes. Mais la fille d’Anne avait du répondant et François qui menaçait en permanence de lui foutre une volée n’oserait certes pas la toucher.

Il s’en prit donc à l’inutilité qu’était   sa vieille belle mère, c’était un rituel. Anne sans se préoccuper outre mesure de la méchanceté de son gendre replongea dans ses pensées.

Il n’était pas question pour elle de mettre son enfant au monde au Gué d’Alleré, trop de méchanceté, elle portait le poids du déshonneur. La sage femme lui avait d’ailleurs fait savoir qu’elle se refusait à l’accoucher.

On lui parla alors d’une accoucheuse dans un village à quelques kilomètres qui à n’en pas douter serait moins regarde si la rémunération était bonne.

Elle approcha donc par l’intermédiaire d’une connaissance la dame  Voyer Catherine, née Crouton, du village de Saint Médard d’Aunis

On se mit d’accord sur le prix, pratique et logement.

Lorsque le moment fut venu ce fut Louis Turgné son beau frère qui accepta de l’emmener, avec son gros ventre il n’était guère possible de faire les dix kilomètres qui séparaient les deux bourgs.

Curieusement les membres de la famille de son défunt mari ne lui étaient pas hostiles et là protégeaient même de la vindicte populaire.

Sur place elle fut prise en charge par la Catherine, femme replète à la poitrine abondante approchant la soixantaine. Dire qu’elle fut bien accueillie serait mentir, là aussi on lui fit comprendre qu’ouvrir les cuisses sans être mariée était une iniquité innommable.

On la coucha sur une mauvaise paillasse et sans plus de cérémonie la vieille aux ongles douteux examina l’ouverture du col.

Le tour en charrette avait accéléré la dilatation et l’enfant ne tarderait pas. Visiblement la matrone connaissait son affaire mais les réflexions osées et graveleuses accompagnèrent Anne pendant son travail.

Anne avait déjà eu deux enfants, alors la sage femme pronostiqua que l’ouverture était faite et que cela irait très vite.

La bonne femme vaqua à ses occupations et fit la soupe pour ses enfants. Lorsque Anne vit rentrer toute la maisonnée, Alexis, Louis, Pierre,Magdeleine et Françoise elle crut qu’elle devrait mettre bas devant tous ces jeunes hommes. Elle fut prise de panique et couverte de honte.

Mais Catherine ne garda que sa plus jeune fille et fit sortir tout le monde, même pour une femme de rien une certaine pudeur s’imposait quand même.

Anne mit plusieurs heures à faire sortir son gros garçon, il n’était pas bien placé et la sage femme d’une main experte l’extirpa du ventre de sa mère.

Anne était épuisée, exsangue, une légère hémorragie se déclara et la Catherine à l’aide d’étoupe confectionna un pansement.

La petite Françoise s’occupa du bébé, malgré son jeune âge on voyait bien que sa mère lui avait transmis ses connaissances.

Il fallut bien nommer l’enfant, pas de père alors pas de nom. Mais le prénom demanda la famille Voyer, Anne qui n’avait guère réfléchit lâcha le doux vocable de Mathurin.

Louis Voyer le fils de l’accoucheuse et Etienne Crouton cordier de profession et frère de la docte femme allèrent en Mairie déclarer l’enfant.

On revint chercher Anne et elle fit son grand retour au Gué d’Alleré.

Curieusement le fait d’avoir accouché fit que le village s’apaisa un peu. Sa mère la vieille Marcou qui lui avait tourné le dos vint même voir son bâtard de petit fils. Même ce foutu curé de Joseph Mestre lui rendit une visite, croyait-il que je n’allais pas baptiser le petit?

Eh bien si, François Mathurin entra dans la communauté chrétienne et finalement se fera une place dans le village du Gué d’Alleré.

L’histoire aurait pu s’arrêter là si Anne n’avait eu la malencontreuse idée d’épouser Auguste Eugène le bigame.

Anne était maintenant couchée sur sa paillasse, au loin on entendait une vache qui beuglait et au près une charrette dont les roues étaient cerclées de fer et qui s’avançait en chantant une mélopée.

Dans la maison le couple avait fini sa joute, François ronflait et Constance qui n’arrivait pas à trouver le sommeil se retournait en pestant. Les deux enfants épuisés par le travail avaient eu aussi rejoint les bras de Morphé.

La vieille au faible sommeil pensait et se refaisait l’histoire de sa vie, elle savait que bientôt elle allait rejoindre son mari Pierre et surtout son fils François Mathurin. Elle souriait aussi car les hasards de la vie allait faire qu’elle mourait dans le même lit que son fils. C’était une façon de revivre un peu avec lui. Quand elle pensait à ce gamin qui lui avait apporté de la joie malgré les problèmes occasionnés par sa venue elle était heureuse.

Le lendemain de ce jour elle ne se réveilla pas.

Anne Duteau, la petite limousine, la femme au Pierre Turgnié, la veuve Turgné, la salope voleuse d’homme, la mère du bâtard, la femme du bigame s’éteignit le 30 octobre 1894 dans la commune de Saint Rogatien. Elle y repose non loin de son fils Mathurin mort dans la fleur de l’âge le 25 novembre 1873.

 

LA VIEILLE AU CHAT, Épisode 1, une fin de vie

 

Oh pas grand chose un petit rien, serait-ce une main qui se lève, qui se soulève comme pour demander un peu d’attention.

Le regard s’habituant à la faible clarté on la distingue enfin. C’est Anne, enfin la vieille Anne, la mère à la Constance, sans âge, comme statufiée par le temps. Elle est là sur son fauteuil de paille. Comme elle semble bien fragile, dans sa robe de laine noire, sèche comme une poire tapée, les yeux à peine ouverts, déjà fermés sur la vie. D’une maigreur de spectre, la peau parcheminée d’une momie égyptienne, la bouche fermée en un rictus, édentée elle caresse machinalement une chatte lovée comme une couverture sur ses genoux cagneux.

Comme elle, la bête ne semble pas avoir d’âge, vieille féline au cul pelé ayant reçu plus de coup de pieds que de caresses. Elle ronronne de satisfaction et profite d’être seule avec sa maitresse ou du moins avec celle à qui elle s’est donnée. On ne sait plus si elle est rousse mais son pelage jaune pisseux attire plus les pierres des gamins du village que les grattouilles que pourtant elle affectionne.

Anne n’est pas centenaire, loin de là mais les vicissitudes de la vie et les hasards de santé ont fait qu’elle n’est plus qu’une ombre alors que d’autres à son âges sont encore penchées sur leur planche à laver ou bien binent les rangs de betteraves. C’est ainsi, elle aimerait pouvoir courir la campagne, être autonome, rire des enfants, se brûler au soleil ou écouter le chant des oiseaux, alors que son seul trajet est celui du jardin où péniblement elle s’accroupit pour rendre à la nature le surplus dont son corps n’a pas besoin.

Elle vit depuis quelques temps chez sa fille Constance ou plutôt chez son beau fils François Guichard. Il aime à répéter qu’il est chez lui et que sa maison est celle de ses ancêtres, comme si le fait pour Constance, de lui donner des enfants, de s’échiner à en perdre la santé sur les terres de monsieur ou bien de laver ses fonds de culottes ne lui accordaient aucun droit de propriété.

Anne n’est que tolérée et n’a comme espace vital que son fauteuil et un vieux lit, sorte de grabat qu’un bagnard ne voudrait pas, calé dans une pièce sombre et humide, endroit précurseur de son futur tombeau.

Cet antre, elle le partage avec Marie sa petite fille, une garce au sang chaud qui pour l’heure n’a d’autres projets que de se faire voler sa fleur du milieu par un cultivateur du Thou répondant au joli prénom de Constant. Constant, il le sera, car il troussa la belle en chaleur et l’épousa pour compenser le don qu’elle lui avait fait. En attendant d’être repue des caresses d’un homme elle était d’une méchanceté à l’égard de tous et particulièrement de sa grand mère qui n’avait pas de défense.

Heureusement Anne avait son petit fils François, il la dorlotait, lui donnait le peu de friandises qu’il trouvait, lui racontait les histoires du village et les siennes propres. Elle était sa confidente et seule sa présence lui apportait joie et réconfort. Il la protégeait aussi des avanies de Marie.

Non pas que Constance sa fille fut méchante, non cela serait mentir, mais cette froide paysanne qui avait déjà fort à faire avec son diable de mari ne la considérait que comme un objet, une buche, une chaise ou une simple cruche.

On la nourrissait, la soupe était bonne et grasse, mais sa fille rêche comme une toile de chanvre n’avait pas d’amour à donner.

Des fois elle s’emportait même, disant qu’ Anne puait comme une vieille chèvre, c’était peut être vrai, la vieille ne se lavait guère. Mais le cul de la Constance ne voyait guère l’eau non plus, certainement que la sueur de son travail la lavait.

Non c’est sûrement la vieillesse qui puait, bien que certaines fois pressée par le besoin elle s’oublie quelques peu.

Ce qu’elle redoutait le plus était le retour des champs ou du cabaret de son gendre, il la rudoyait, n’était pas gentil, lui faisait sentir que sa présence dérangeait, qu’il serait bien qu’elle crève au plus vite pour récupérer le fauteuil et la place au chaud qui allait avec.

Le soir il n’avait qu’une hâte qu’elle se couche, qu’elle débarrasse la pièce principale afin qu’eux puisse vivre leur intimité derrière la protection des coutils entourant le lit du couple.

N’allez pas croire qu’elle ne participait pas à la dépense, Constance lui prenait tous ses sous, elle était un complément aux finances du couple .  La vente des biens, qu’elle avait au Gué d’Alleré avait permis l’agrandissement des biens de François Guichard. Mais que voulez vous l’ingratitude allait de paire avec la convoitise. Elle avait bien hâte de partir rejoindre son mari Pierre et son fils François dans les flammes d’un enfer certain ou dans la quiétude d’un paradis plus qu’incertain.

En attendant que l’indifférente et le tourmenteur rentrent du travail, que la peste ne revienne de quelques tribulations et que le gentil mignon lui dépose un sonore baiser elle n’avait que sa mémoire à faire travailler.

Cela au moins était intact et sa vie revenait en boucle enfin surtout les mauvais moments.

Il y avait un couple d’années que sa vie comme celle des femmes en ce genre de cas, avait basculé.

D’une normalité à toutes épreuves son quotidien de femme mariée avait changé lorsque son mari Pierre Turgnier avait commis l’idiotie irréparable de mourir en la fleur de l’âge. Ce rude maçon aux mains calleuses, capable de boire plusieurs litres de rouge par jour, pouvant soulever des charges qu’un âne bâté aurait refusé, l’avait laissée comme une andouille en partant prématurément. Oui, elle avait gagné en liberté, plus de père, ni d’homme pour lui dire quoi faire. Mais en contre partie une solitude affreuse dans une société paysanne qui refusait d’admettre qu’un bas ventre de cet âge là ne fusse possédé par un mâle membre de la communauté villageoise.

Se refusant à tous les partis elle avait souffert, souvent mise à l’écart par les autres femmes qui la suspectaient d’être une potentielle voleuse d’homme. Elle était la veuve, pourquoi ne se remariait-elle pas?

Oui elle avait maudit son homme de l’avoir abandonnée, elle regrettait ses mains rudes qui la rudoyaient pendant l’amour, elle se mettait aussi à rêver des coups de reins sans douceur de cet ours mal léché. Elle regrettait aussi l’odeur de sa bouche sentant le vin et l’eau de vie, elle regrettait son odeur de fauve faite de senteur de terre, de pierre, de cheval.

Il était mort à trente cinq ans, une drôle d’idée qu’il avait eu là le Pierre. Ses compagnons de travail l’avaient un jour ramené à la maison sur une charrette, le teint livide, les yeux enfoncés dans les orbites, cela en était effrayant. Il souffrait le martyr, le maladroit. Une pierre de grosse taille qu’il devait tailler lui avait roulé sur la poitrine. Sa respiration était faible, le médecin de Saint Sauveur qui était venu ne nous avait donné aucun espoir. Je priais soir et matin et lui râlait de même.

Un matin, ses lamentations cessèrent, mes demandes auprès du Seigneur avaient-elles été exaucé. Non pas le Pierre était mort et bien mort. Mes belles-sœurs m’aidèrent à la toilette, une dernière fois je voyais le corps nu de celui que j’avais aimé. On le veilla et on l’enterra autour de l’église, des gens commençaient d’ailleurs à dire qu’il serait mieux d’éloigner les sépultures car les eaux se gâtaient, moi je préférais que nos morts soient sous l’ombre protectrice du saint lieu, cela faisait plusieurs siècles que nos défunts dormaient ici et que je sache personne n’avait été malade, à part peut-être quelques bonnes chiasses.

LE BIGAME DU GUÉ D’ALLERÉ épisode 4

Je trouvais néanmoins qu’il passait beaucoup de temps dans les auberges ou à boire des coups avec ses amis. Souvent il rentrait un peu gris mais bon j’étais conciliante les hommes sont comme cela.

Ce que j’aimais moins c’est quand il me réclamait de l’argent et cela arrivait de plus en plus souvent.

On peut pas dire qu’il était constant en son travail et les journées manquantes ainsi que les journées bues obéraient nos finances.

C’était un motif de fâcherie mais bon amoureuse je lui passais tout.

Puis tout bascula, mon amour, ma vie.

Le 23 octobre1866 par ma fenêtre je vis passer un groupe de gendarmes qui se rendait à la maison commune. Auguste à les voir changea de couleur, visiblement il n’aimait pas la maréchaussée.

Les pandores, accompagnés du maire se dirigèrent vers notre maison, puis toquèrent à notre porte.

Ce fut un joli raffut . les voyant Auguste sauta par la fenêtre et s’enfuit par le jardin. Les soldats partirent à ses trousses et le maire et le gradé rentrèrent chez moi.

Je ne comprenais pas et je me mis à pleurer.

  • Madame nous venons arrêter monsieur Auguste Eugène.
  • Mais pourquoi
  • Vous vous êtes bien mariée en janvier avec lui
  • Oui
  • Eh bien, il n’en n’avait pas le droit, car il était déjà marié
  • Vous devez faire erreur
  • Oh non madame
  • En plus ce n’est pas la première fois qu’il fait le coup.

J’étais atterrée, stupéfaite, le maréchal des logis me révéla que mon mari avait contracté mariage avec la nommée Marie Magdeleine Zy à Rochefort en date du 1er aout 1854.

Il était donc bigame et qui plus est père de famille.

Ils ramenèrent Auguste, trempé, les menottes aux poignets, il avait tenté de fuir par les fossés de la Roulière.

Je ne revis plus mon mari, il fut emmené à la brigade de gendarmerie de Nuaillé d’Aunis, puis à la maison d’arrêt de La Rochelle.

J’appris tout de lui, par les journaux et par le maire, ce n’était guère joli. Mon lascar était en fait un récidiviste des mariages. Après qu’il fut marié à mademoiselle Zy le vaurien fut condamné à deux ans de prison pour vol. Laissant cette malheureuse dans le besoin avec sa fille qui avait vue le jour lorsqu’il était déjà en prison. A sa sortie de prison il resta pourtant en couple avec elle pendant deux ans, puis en fin d’année 1858 il la quitta à jamais pour tenter l’aventure sur La Rochelle où il était moins connu.

Il mit le grappin sur une petite journalière qui avait un peu de bien et la demanda en mariage, elle lui rétorqua qu’elle était déjà enceinte d’un autre. Mon escroc enjôleur décida de prendre la paternité à son compte et le 26 janvier 1859, Marie Chignac pour son malheur devînt madame Eugène.

La supercherie fut rapidement découverte car la première madame Eugène vint accoucher à l’hospice de La Rochelle. Auguste reconnut les faits et à la cour d’assise de Saintes le 29 juin 1859 il fut reconnu coupable et condamné à cinq ans de réclusion.

Le traitre abandonnait donc deux enfants et sa femme légitime ainsi que la malheureuse Rochelaise et son enfant qu’il avait reconnu.

Cela faisait déjà beaucoup pour moi.

Il fit donc ses années de prison et à sa sortie retournant chez lui. Il apprit que sa femme était en prison pour 18 mois et qu’elle avait un amant.

Il s’empara des meubles et des effets de sa femme vendit le tout et alla s’installer au Gué d’Alleré.

Vous connaissez la suite, l’ignoble individu que j’aimais tant n’était qu’un vaste imposteur.

Les choses ne traînèrent pas, de la maison d’arrêt de La Rochelle il fut conduit à celle de Saintes et le 20 novembre 1866 repassa une seconde fois aux assises pour fait de bigamie. Il prétexta qu’il croyait sa femme décédée, son avocat monsieur Guédon concentra sa plaidoirie là dessus. Les jurés ne furent pas dupes et il fut condamné à six ans de prison.

Je ne le revis jamais, j’en avais maintenant soupé des hommes. Sans pouvoir lui pardonner je pense que je l’aimais encore mais bon c’était une autre histoire. C’est assez courant d’aimer quelqu’un qui vous a fait du mal.

Voila l’histoire du Bigame du Gué d’Alleré, jusqu’à présent je n’ai pas retrouvé sa trace, si vous voulez m’aider dans cette enquête ce serait génial et je pourrais poursuivre mon histoire.

Pour l’infortunée Anne Duteau c’est un peu la même chose je perds sa trace en 1871, à cette date elle vit encore au Gué et sa fille Constance Emilie est domestique à La Rochelle. La encore j’aimerais suivre sa trace mais quand à présent mystère.

Je vous mets à tous les renseignements que je possède et je fais appelle à vos talents d’enquêteur.

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Auguste Eugène né le 26 06 1831 à Rochefort de parents inconnus

Marié à Marie Magdeleine Zy le 1 aout 1854 à Rochefort

Marié à Marie Chignac le 29 janvier 1859 à L a Rochelle.

Marié à Anne Duteau le 08 01 1866 au Gué d’Alleré.

Mort à Villeneuve sur Lot le 01 08 1876 ( Présence maison détention de Eysse )?

Anne Duteau née à la Croix 87, le 17 octobre 1814 , décédée le 30 novembre 1894 à Saint Rogatien ( 17 ) chez sa fille Constance Turgnier

de Pierre et de Marie Marcou

Mariée à Pierre Turgnier le 09 02 1839 au Gué d’Alleré

Mariée à Auguste Eugène le 08 01 1866 au Gué d’Alleré

Marie Magdeleine Zy : né à La Rochelle le 17 12 1831, morte à Rochefort le 25 08 1897.

Remariée avec Jean Henry Rosière le 18 01 1879 à Rochefort.

Enfants de Auguste Eugène :

Emile Eugène né, le 16 mai 1855 à Rochefort, mère Marie Magdeleine Zy

Hermine Eugène, née le 8 juin 1859 à La Rochelle, mère Marie Magdeleine Zy

Marie Elisa Eugène, née le 22 mars 1859 à La Rochelle, mère Marie Chignac

Mariée à La Rochelle le 8 juillet 1882 à Pajaud Augustin( dont descendance )

Enfants de Anne Duteau

Constance Emilie Turgnier : née au Gué d’Alleré le 05 mai 1841, mère Marie Duteau, décédée le 29 mars 1925 à La Rochelle (tasdon )

Mariée à Saint Rogatien 17 avec François Guichard le 28 octobre 1872, ( dont descendance )

Firmin Théodore Turgnier : née au Gué d’Alleré le 19 aout 1839

marié à Nantes le 17 novembre 1868 avec Marie Anne Garaud ( dont descendance )

François Duteau : né à Saint Médard d’Aunis, le 18/06/1850 chez catherine Voyer la sage femme. Mort le 25 novembre 1873 à Saint Rogatien ( 17 ) chez son beau frère François Guichard.

LE BIGAME DU GUÉ D’ALLERÉ épisode 3

 

Sans que je puisse le retenir il partit chez Daunis l’aubergiste pour se rincer un peu, il annonça la nouvelle à tout le monde. Une révolution n’aurait pas ému plus la population, la Duteau allait se ficeler avec ce vaurien d’Eugène.

Ma famille leva les bras au ciel et  ma belle famille me tourna carrément le dos. J’étais seule avec mon amour mais peu m’importait, pourvu que je sois avec lui.

Le mariage fut prévu pour le lundi 8 janvier 1866. Ce ne fut pas facile car le maire ne m’aimait pas. Le père Petit ne m’appréciait guère, car voyez vous j’avais eu un enfant hors mariage, alors monsieur fit des difficultés, il me fallait un acte de naissance et il mit quand même un certain temps à arriver du Limousin.

Pour Auguste aucun problème ne se fit jour et on obtint les papiers de Rochefort assez rapidement.

Moi je désirais me marier à l’église, nous en avions droit, car moi veuve et lui garçon. Il fallut convaincre le curé, monsieur Auguste Eugène nous dit-il, je vous veux en communion. Par amour pour moi il ne vît aucun problème dans tout cela, d’autant qu’il était assidu aux offices. Même si certains disaient qu’il venait à l’église pour lorgner les femmes, il n’empêche qu’il était quand même à la messe tous les dimanches alors que d’autres étaient à l’auberge.

Le pauvre fut quand même un peu embarrassé de me dire qu’il était un peu juste pour régler les frais des noces. Qu’à cela ne tienne je paierais avec mon bas de laine.

A l’aide du tailleur Jean Phillion je me confectionnais une jolie robe, il convenait de ne pas la faire trop voyante, trop agressive, pour les yeux prudes des commères, j’étais déjà vieille.

Lorsque je me mirais la première fois dans cette belle tenue, j’en eus les larmes aux yeux, je me trouvais belle, encore jeune et encore désirable. Elle était rose pâle avec par dessus un châle de dentelle façon La Rochelle. Sur ma tête j’avais décidé de me couvrir d’une belle coiffe, j’en rêvais depuis longtemps. Lorsque je me m’étais mariée la première fois la mode de ces longues coiffes avec un voile qui trainait derrière n’était pas encore de mise.

Pour que mon homme soit beau je lui payais aussi un nouvel habit de noce, il pourrait de toutes les façons le remettre le dimanche et sur son lit de mort si il lui arrivait malheur. Quaquignolle le cordonnier lui remit à neuf ses souliers, il fit un peu la moue car il en voulait des neufs. Je sus être ferme malgré ses tentatives de séduction corruptive.

Le choix des témoins ne porta pas à débat, ce fut deux de ses amis de cartes qui furent choisis, Antoine Hillairaud cultivateur et Joseph Mélé le sabotier. Pour moi ce fut Jean Dufourneau mon beau frère et Felix Bouteau mon neveu par alliance. Au début toute la tribu Duteau s’était liguée contre ma nouvelle union, personne ne voulait venir et encore moins me faire l’honneur d’être mon témoin. Puis il y eut revirement sans d’ailleurs que je sache pourquoi et ils acceptèrent.

Sans doute pour qu’il n’y ait pas concours de foule le maire et le curé nous marièrent fort tard et il faisait grand nuit quand on sortit de la mairie par nous convoyer à l’église. On n’y voyait rien car le vent très fort éteignait nos chandelles. Mais par miracle, les curieux du village nous firent une haie d’honneur en ouvrant leur porte pour nous regarder passer. Nous avancions au milieu, apportant une solennité imprévue.

André Morin le maréchal ferrand pointait son sale nez avec sa grosse femme et ses morveux, le boulanger Jouinot teint blafard et calotte blanche les mains sur les hanches réprobateur et goguenard nous toisait du regard. Cet idiot de Joseph Jolivet bourrelier de son état assit sur une chaise le verre à la main trinqua à Auguste. Bien sur la famille du maire derrière les rideaux nous observait sournoisement. Bref sans que je puisse reconnaître tout le monde, les Gué d’ Allérien nous accompagnèrent comme des méchants et des curieux qu’ils étaient.

A la mairie Auguste eut un moment de faiblesse et lui qui avait une si belle écriture ne parvint pas à signer. Le maire rigolard, nota sur l’acte qu’il ne pouvait signer tant il était ému.

Pour le repas on alla chez Pierre et Marie Texier, je n’aimais pas cette auberge mais ils étaient moins chers que chez Daunis. Les hommes burent beaucoup et furent rapidement saouls, nous les femmes les regardions faire avec attendrissement. Vraiment je fus satisfaite et heureuse du bon déroulement de l’ensemble. J’avais tout payé sauf l’ anneau que mon amoureux m’avait passé au doigt.

J’étais maintenant madame Eugène et nous allâmes nous coucher. Pour la nuit de noces Auguste voulut me faire sa spéciale. Je ne vous dirais rien à ce sujet car je rougis rien que d’évoquer cela.