UN MARIAGE AU CHÂTEAU DE MILESCUS, ÉPISODE 2

 

Il rejoignit la maîtresse de maison qui dans quelques minutes serait sa femme. Le curé d’Aubons ne connaissait pas les méandres familiaux qui avait mené Françoise Émilie Gobert fille de feu Jacques Gobert à venir s’installer au château de Milescus mais il soupçonnait quelques intrigues qui du reste de le regardait pas.

Pour ce qu’il en savait Françoise Gobert n’était pas officiellement la dame du Gué d’Alleré.

Elle n’était que le dernier enfant du défunt Jacques Gobert écuyer et seigneur de Chouppe.

Lui non plus n’avait pas été en possession de la seigneurie de Milesecus, car cette dernière appartenait à son frère Jean décédé en 1670 et par transmission à ses héritiers.

Mais cette l’affaire d’héritage qui en soit se présentait simplement fut grandement compliquée par un édit royal tout droit sorti d’un cerveau vieillissant et de l’influence de la bigote Françoise de Maintenon

L’héritière de Jean Gobert était sa femme Anne Rozemond, où plus précisément cette dernière représentait les intérêts de leur fille mineure Elisabeth .

Comme toute sa famille, Anne était protestante et vivait sous la protection de l’Edit de Nantes.

La tolérance religieuse était donc de mise jusqu’au moment où le roi soleil en eut décidé autrement.

Par le funeste édit de Fontainebleau en 1685 il révoqua le sage texte de son grand père Henri .

C’en était fini des protestants, sous la pression ils abjurèrent en masse ou fuirent le pays.

Anne l’héritière de la seigneurie partit avec les siens à l’étranger, les terres presque en déshérence furent récupérées pour un temps par la branche des Gobert de Chouppe qui eut étaient devenus de bons catholiques.

 Le curé n’avait qu’entre aperçu cette noble dame De Rozemond qui malgré les pressions persistait à rester dans l’erreur de cette religion prétendument réformée. Il n’approuvait pas cet aveuglement et cet égarement mais admirait quand même cette belle opiniâtreté.

Certains paroissiens très âgés se souvenaient par contre de Jean Gobert seigneur de Nieul, de Chouppes et de milescus , ce banquier rochelais avait eu son heure de gloire pendant le grand siège de La Rochelle en servant de messager auprès du roi d’Angleterre. Certes, depuis, ce farouche huguenot avait prêté allégeance au roi et en avait été récompenser par un titre de noblesse en 1651.

Ces seigneurs l’étaient donc depuis peu, l’argent, l’intrigue et les événements avaient donné au sang qui coulait dans leurs veines la couleur bleu.

A vrai dire tout ces fraîchement convertis agaçaient le bon curé, leur condescendance, leur morgue n’auguraient pas d’une franche adhésion à la véritable religion.

D’aubons ne connaissait donc que l’insolence de Françoise Émilie, cette dernière née à Laleu en 1678 était une bien belle jeune fille, vive, effrontée et qui menait son monde à la baguette.

Les parents de Françoise étaient décédés tous les deux et seule des aïeux vivait Marie Margat la mère du marié .

Ce fut la veuve Mignoneau qui introduisit le curé dans la chapelle, il était maintenant attendu et enfin on prêtait une quelconque attention à sa présence.

Du coté des Gobert la présence se faisait féminine, Henriette la sœur aînée mariée à un commissaire d’artillerie nommé Charles de la Croix seigneur de la Mignoterie et Marie Madeleine mariée au seigneur de Champagny , Jacques de Sauzait.

Pour le marié il y avait bien sûr la mère en sa robe de veuve, stricte comme une protestante , Marie Mignoneau la petite sœur et aussi le frère, Jean seigneur de la louche et de Puyvineux.

Mais comme trônant au premier rang Félix Auguste Gobert le frère et héritier de son père seigneur de Chouppes en compagnie de sa femme Jeanne Levacher. Celui-ci chef de famille montrait toute son importance en se parant des attributs de commandeur infatué de sa mission.

Dans un coin sa belle fille Jeanne née de La Grange minaudait en s’éventant sans doute incommodée par les odeurs fétides des latrines qui se déversaient dans les douves.

Les seigneurs des lieux n’avaient pas autorisé les humbles du voisinage à assister à la noce, nous étions entre gens de biens.

Le curé d’Aubons aurait du être intimidé devant tant de puissance supposée, mais ces culottes de soies, Ces robes de satin ne l’impressionnaient guère. Ces gens, au regard des pauvres diables de Milescus étaient sans conteste très riches, mais ils n’étaient que des gens de peu, face à l’opulence du roi soleil. Le bâtis de milescus pourtant loin d’être une chaumière n’était qu’une mansarde face à la splendeur Versaillaise.

La richesse est une notion toute relative et le bon père lui se sentait comme Crésus lorsqu’il buvait un vin de sa vigne ou qu’il croquait à pleine bouche des légumes de sa langue de terre du jardin du roy.

Normalement l’usage voulait que le mariage soit annoncé par trois bans aux portes des églises concernées. Les mariés vivaient en la paroisse Saint Barthélémy à la Rochelle, le mariage aurait du être fait là bas. Mais caprice de Françoise Gobert qui voulait que la noblesse de sa famille qui sentait encore bon la finance se matérialise sur les terres nobles qu’elle possédait, ils obtinrent l’autorisation de venir effectuer la noce en ces lieux. Le curé de Saint Barthélémy leur accorda aussi la dispense des deux premiers bans sans que le curé sache réellement pourquoi.

Ceci dit le curé d’Aubons maria l’escuyer Jacques mignoneau à la fille de l’escuyer Jacques Gobert.

Le repas vint à la suite , mais aucun relief de celui ci ne parvint aux animaux crottés et transis qui attendaient à cet effet dans la cour du château.

Chacun retourna à son labeur, Jacques Mignoneau et sa dame reprirent le chemin de leur hôtel de la Rochelle.

Françoise fit de nombreux séjours dans leur noble demeure du Gué d’Alleré,

Généalogie simplifiée voir arbre tramchat sur généanet.

Jean Gobert , Chevalier, seigneur de Nieul, de Chouppes et de Milescus, banquier à La Rochelle,né en 1603, mort à la Rochelle en 1659 .

Mariage avec Marie Georget le 18/12/1622 peut être à à La Rochelle, dont il a eu

né à la Rochelle le 22/10/1627, inhumé à Laleu (17) le 29/04/1684

Marié à Magdeleine Aigron le 20/03/1661 à la Rochelle dont il eut environ 11 enfants.

De cette union est né Françoise Émilie le 12/10/1678 à La Rochelle (laleu).

De son deuxième mariage avec Jacquette Clément , Jean Gobert l’ainé a eu

Jean Gobert, Écuyer, seigneur de Millescus, Lieutenant du sieur Gilles de La Roche-Saint-André, chef d’Escadre des armées navales

né à la Rochelle le 20 /06/1640 et mort dans cette même ville le 01/02/1670

Marié  en janvier 1661 au temple protestant de Charenton avec Anne de Rozemond.

Il est à noter que ce n’est pas le fils aîné qui devient seigneur de Milescus mais son cadet Jean.

Pour le marié Jacques Mignoneau, Escuyer, seigneur des Vignaux, capitaine au régiment de Périgord, nous savons que son arrière grand père Jacques Mignoneau a été maire de La Rochelle en 1606.

Pour l’instant aucune trace de sa naissance ni de son décès.

UN MARIAGE AU CHÂTEAU DE MILESCUS, PAROISSE DU GUÉ D’ALLERÉ, ÉPISODE 1

 

Mais aujourd’hui était jour extraordinaire, non seulement pour lui mais évidemment et infiniment plus pour la population de la noble demeure.

Sa carrière en temps qu’ecclésiastique commençait maintenant à s’allonger, il avait été vicaire à Surgères et depuis maintenant quatre ans il officiait comme curé en la paroisse du Gué d’ Alleré et annexes.

L’endroit et les habitants lui avaient bien plu, il faut dire que le Gué d’alleré avait la particularité intéressante d’avoir trois paroisses en une seule. Le village n’était pas bien grand, loin de là, mais son histoire dont il ignorait les aboutissements avait fait qu’il s’était formé en trois entités. Il y avait le bourg principal, avec l’église Saint André et son cimetière, puis une église et un cimetière au hameau de Rioux et pour terminer, une église, un château et un cimetière au hameau de Mille écus.

Il enterrait, baptisait et mariait indistinctement en un lieu ou un autre en fonction de l’endroit où habitaient ses ouailles.

Bien que les familles se mélangeaient indistinctement au gré des mariages, quand vous étiez de Rioux, vous n’étiez pas du Gué et quand vous étiez de Mille écus vous n’étiez pas de Rioux.

Le curé s’amusait de la situation mais s’en agaçait aussi parfois. Les querelles qui découlaient de cette particularité pouvait virer au tragique comme au comique. Si ces territoires ne dépendaient pas de la même seigneurie, les habitants qu’ils soient sous la tutelle de celle de Mille écus, de celle du Gué d’Alleré ou bien même sous la dépendance de l’abbaye de Benon, n’en étaient pas moins miséreux et pressés par les impôts les plus divers.

Le village où se trouvait sa cure s’était développé le long d’un petit ruisseau et plus particulièrement d’un endroit où l’on pouvait le passer à gué . Une petite église et son cimetière, une maison noble le long du cours d’eau et quelques maisons blotties frileusement autour. A la sortie du village en allant sur Saint Sauveur de Nuaillé tournaient les ailes du moulin David. Le seigneur du lieu s’appelait Louis Poirel, le curé avait de bons rapports avec lui bien que le maître du village fut parfois distant.

De vastes prairies humides séparaient le bourg principal de son hameau de Rioux, les eaux débordantes du ruisseau de l’abbaye déposaient un fertile limon et assuraient une récolte abondante qui faisait appeler l’endroit » les jardins du Roi » .

Le chemin qui menait à la paroisse de Rioux était souvent impraticable et le curé d’Aubon crottait ses souliers plus que de raison en allant administrer les sacrements à ses paroissiens.

Pour venir à Mille écus le chemin était plus praticable, on montait par le moulin de Mille écus.

Celui ci dominait les prairies humides des ruisseaux du Gigan ( le Curé actuellement ) et de l’abbaye. Une fois au sommet de cette modeste côte, il suffisait de se laisser couler le long des vignes qui poussaient sur le coteau pour arriver au modeste ensemble qui formait Mille écus.

Le château de mille écus avait depuis longtemps perdu la fonction de défense qu’il avait autrefois. Il en restait des douves encore pleine d’eau en cette période mais qui seraient presque à sec au plus fort des chaleurs de l’été et des tours pour moitié écroulées.

La demeure seigneuriale encore grande, avait elle aussi perdu de sa superbe, le curé se demandait pourquoi la fratrie qui possédait cette terre ne se mariait pas en la paroisse saint Barthélémy à la Rochelle où ils possédaient un hôtel. Il est vrai que le bon prêtre ignorant de la situation exacte de la famille ne pouvait leurs présumer des difficultés financières.

Coincé entre deux cours d’eau l’endroit était fort humide en hiver et souvent inaccessible quand les eaux montaient et envahissaient les prairies . D’Aubons se voyait mal vivre ici, même si parfois son presbytère souffrait également d’une inconvenance du ruisseau qui venait de l’abbaye de la Grâce dieu .

Prés du château se trouvait la chapelle elle aussi fort délabrée, c’est là qu’il allait unir les deux promis. Autour ce n’était que misérables baraques, à demi-enfoncées dans la terre, repliées sur elles- mêmes, aux maigres ouvertures . Des toits de jonc émergeaient des cheminées branlantes d’où s’échappaient les fumées odorantes d’un méchant bois vert.

Autour de la petite chapelle qui servait d’église, comme un vilain champs mal labouré. De ce lieu mal défini, surnageaient quelques croix de bois et de faibles monticules de terre encore mal tassés.

Il émanait de ce jardin sacré comme une tristesse indéfinissable qui finalement se mariait assez bien à cette pauvre seigneurie et à cet endroit lugubre.

Au soleil blafard qui  tentait de se faire jour parmi les brumes qui montaient du ruisseau et essayait désespérément de réchauffer quelques êtres blafards .

Mal nourris, pieds nus et vêtus de méchantes hardes, ils formaient toute la population de Mille écus. Presque tous laboureurs à bras, ils attendaient déférents mais transis, l’arrivée des invités de la noce.

Le meunier Jean Aurard s’était mis un peu en retrait, personnage important et moins famélique, il n’en attendait pas moins ses maîtres avec autant d’impatience que les presque serfs qui l’environnaient.

André Poitou parlait à Jean Cholet, les deux hommes faisaient les cents pas pour se réchauffer en agitant leurs bras.

Suzanne Rozeau, la femme au Laurent Merle se lamentait de la dureté des temps auprès de Françoise Guenon la femme au Chabourny.

Barthélémy Guilbeau force de la nature morigénait ses drôles en leur promettant force torgnoles si ils n’arrêtaient pas de gauger dans les flaques d’eau encore prises par la gelée du matin.

Barthélémy n’avait jamais frappé l’un de ses enfants et ils en profitaient jusqu’au moment où Anne Nolet leur mère leur administrait à chacun une calotte afin qu’ils se tiennent enfin tranquilles.

Mais un bruit de cheval hennissant leurs fit tourner les têtes. Enfin le spectacle allait pouvoir commencer. Le cavalier pénétra dans la cour du château et Anthoine Berthomet l’un des serviteurs du lieu se précipita pour récupérer le cheval.

L’homme que tous attendaient, était le marié. Le noble homme se nommait Jacques Mignoneau écuyer, seigneur des vignaux, capitaine au régiment de Périgord. En descendant de sa monture il n’eut aucun regard pour ces gueux qui pourtant l’attendaient avec impatience.

Lui, rejeton d’une vieille famille protestante qui avait comporté un maire de La Rochelle, héritier d’un proche du grand Jean Guiton, lui même officier de sa majesté n’avait évidemment que faire de cette plèbe.

LE COMBAT DU 15 DÉCEMBRE 1944 AU GUÉ D’ ALLERÉ

 

I

 

Après le débarquement du 6 juin 1944 en Normandie les troupes allemandes refluent vers leurs frontières. Mal menées par les groupes de résistants elles commettent les pires atrocités. En retraitant, elles laissent toutefois des poches de résistance pour protéger leurs bases sous marine, Brest, Lorient, La Rochelle, Royan, Pointe de Grave, Saint Nazaire.

Les 18000 allemands de la poche de La Rochelle se retrouvent encerclés par les FFI  (Forces françaises de l’intérieur) et les FTP ( francs-tireurs et partisans) , provenant du sud ouest.

En ce qui concerne notre secteur, il est occupé par le groupe FTPF Demorny fort de 1500 hommes et par le régiment Foch.

Le régiment Demorny devant Forges, Aigrefeuille, Le Thou, Ciré et Chambon. Le régiment Rico devant Bouhet et Virson et le régiment Soleil devant le Gué d’Alleré.

Le régiment Foch progresse sur l’axe Niort La Rochelle et son premier bataillon s’installe à Bouhet, La Roullière, le Gué d’Alleré, la Laigne et Benon, son second bataillon reste en réserve sur Frontenay Rohan Rohan.

Le PC de ce régiment se trouve à la Laigne.

Il convient de préciser que le régiment Foch devient le 01 décembre 1944 le 123ème régiment d’infanterie, transformant ainsi les maquisards en soldats d’une armée régulière. Les hommes seront ainsi protégés par les conventions de la guerre et non plus considérés comme des terroristes.

Le régiment Demorny se transforme en 108ème RI .

Le 78 régiment d’infanterie prend position en arrière du régiment Foch au sud ouest de Bouhet à partir du 13 décembre.

Le régiment Soleil tient quand à lui le secteur des Haies de Virson.

Il convient de préciser que suite à une convention négociée entre le contre amiral Schirlitz et le commandant Meyer, puis ratifiée par le général Adeline qui commande les forces françaises du sud ouest, La Rochelle ne sera pas attaquée les installations portuaires et urbaines ne seront pas détruites.

Une zone de no man’s land est créée entre les lignes allemandes et les lignes françaises. Dans cette zone les deux contractants conservent leur liberté d’action.

Les communes du Gué d’Alleré, de Saint Sauveur et de Ferrière se trouvent dans cette zone.

Celles de Benon et Bouhet se trouvent en limite de la zone française.

La ligne de front se situe au niveau de Rioux et de Mille écus pour ce qui concerne le Gué d’Alleré, et de la ferme du Silop, de Supplancay et de Blameré pour la commune de Bouhet.

Les attaques allemandes seront avant tout des raids d’alimentation. Celle du 15 décembre sur notre commune n’en fait pas exception

Dès le 13 décembre 1944 des mouvements de troupes sont signalés près de Virson, Saint Christophe, Saint Médard, Vérines et les craintes d’une attaque dans le sous secteur 3 et le sous secteur 4 se précisent. On constate la mise en place de pièces d’artilleries.

Les régiments Foch et Demorny sont en état d’alerte et un bataillon du 78 RI est envoyé à Maison Neuve.

Les alertes étaient fondées et le 15 décembre 1944 les Allemands attaquent en force et c’est près de 2500 hommes qui fondent sur les positions françaises.

A 8 h 15 l’artillerie tonne et les premiers obus s’abattent sur le bois de l’Encens, les haies de Virson et Bouhet.

L’aile droite allemande engage son avance depuis Virson sur les Haies de Virson. Le 4ème régiment Soleil qui tient la position devant la supériorité numérique des allemands se retire sur Blameré, le repli se fait en infligeant de grosses pertes à l’ennemi.

A 9 heure, l’attaque allemande se reporte au nord c’est à dire sur Bouhet , la ferme Silop, Supplancay et Blameré.

Ce secteur est tenu par la compagnie Wacherot du 1er bataillon du régiment Foch, le lieutenant Perrot Minot en exerce pour l’heure le commandement.

Une première colonne allemande est bloquée aux Haies et une autre se dirige vers les Petites Rivières. Les tirs de mortier s’abattent sur les positions et malgré une défense farouche, le repli par échelon est commandé sur la gare de Bouhet, puis en lisière de la forêt de Benon.

A 9 h 45 Bouhet est occupé, les derniers habitants qui n’avaient pas répondu aux ordres d’évacuation tentent de fuir ou se terrent dans les maisons mises immédiatement au pillage par les troupes allemandes.

Ce premier bourg en leur possession les allemands dirigent leurs effort sur le Gué d’Alleré qui est tenu par la compagnie Fournier du régiment Foch.

Il est 10 h 45 quand l’attaque commence, Rioux est bombardé ainsi que Saint Sauveur.

L’ennemi laisse une couverture sur Bouhet et attaque en force sur Mille écus et Rioux.

La compagnie Pascal qui couvre le Gué d’Alleré se défend vaillamment. La section Marot et la section Paillé ( de la compagnie Fournier ) résistent désespérément sur les positions de Mille écus.

Mais les abris sommaires et les armes légères ainsi que la modicité du nombre de soldats ne peuvent rien contre la supériorité en nombre des Allemands et sur leur supériorité en armement.

La colonne ennemie est précédée de deux camion blindés.

Malgré l’héroïsme désespéré des hommes, les allemands progressent et le Gué d’Alleré est évacué par la compagnie Fournier. A 13 heures le village est envahi et les allemands commencent leur pillage, là aussi la population qui n’est pas entièrement partie se cache ou s’enfuit.

Les survivants décrivent bien la panique et la peur qui s’empara d’eux, la préoccupation principale étant la préservation des troupeaux, nombre d’entre eux s’enfuirent à travers champs en direction de Benon.

Normalement la population aurait du être entièrement évacuée conformément aux ordres préfectoraux mais certains avaient fait choix de rester.

D’autres que la maladie avaient cloué au lit ne purent partir, et deux décès survinrent ce jour.

Les allemand furent sévèrement accrochés et de nombreux morts et blessés jonchaient les rues du village.

La majorité des morts que les français eurent à déplorer, fut lors de la défense du point de Mille écus et l’adjudant Marot qui commandait fut fait prisonnier et soigné dans un hôpital de La Rochelle.

Mais les français réagirent assez vite et le régiment Demorny prépara une contre offensive.

Un bataillon du 4ème zouave arriva également en renfort avec 4 pièces d’artillerie de 105 mm. A 14 heures, ils commencèrent à tirer sur les allemands qui se trouvaient à Bouhet .

A 15 heures 35, une patrouille pénètra dans Bouhet et constata que les allemand avaient évacué.

Le bombardement aérien prévu par six avions du groupement aérien de Cognac a été décommandé et redirigé sur le Gué d’Alleré. La mission n’a pas été  une réussite et 4 avions seront endommagés par la Flak allemande.

A 17 heures les allemands évacuèrent toutes les positions qu’ils avaient conquises.

Le bilan est terrible :

14 soldats français sont morts sur le terrain.

42 ont été faits prisonniers dont une vingtaine blessés.

11 d’entre eux décéderont dans les hôpitaux de la Rochelle portant le bilan total à 25 tués

Les Allemand eurent approximativement 57 morts et 120 blessés.

Leurs deux véhicules blindés furent détruits.

Mais ils emportèrent un important butin, 50 tonnes de céréale , 100 têtes de bétail et 11 mitrailleuses.

Dans les jours qui suivirent le village finit d’être évacué et la population se dirigea pour une grande part vers les Deux Sèvres. Seules quelques personnes ayant des sauf-conduits purent à nouveau pénétrer dans la zone.

Le régiment Foch durement éprouvé fut relevé et le 78 RI prit sa place.

LE BIGAME DU GUÉ D’ALLERÉ épisode 4

Je trouvais néanmoins qu’il passait beaucoup de temps dans les auberges ou à boire des coups avec ses amis. Souvent il rentrait un peu gris mais bon j’étais conciliante les hommes sont comme cela.

Ce que j’aimais moins c’est quand il me réclamait de l’argent et cela arrivait de plus en plus souvent.

On peut pas dire qu’il était constant en son travail et les journées manquantes ainsi que les journées bues obéraient nos finances.

C’était un motif de fâcherie mais bon amoureuse je lui passais tout.

Puis tout bascula, mon amour, ma vie.

Le 23 octobre1866 par ma fenêtre je vis passer un groupe de gendarmes qui se rendait à la maison commune. Auguste à les voir changea de couleur, visiblement il n’aimait pas la maréchaussée.

Les pandores, accompagnés du maire se dirigèrent vers notre maison, puis toquèrent à notre porte.

Ce fut un joli raffut . les voyant Auguste sauta par la fenêtre et s’enfuit par le jardin. Les soldats partirent à ses trousses et le maire et le gradé rentrèrent chez moi.

Je ne comprenais pas et je me mis à pleurer.

  • Madame nous venons arrêter monsieur Auguste Eugène.
  • Mais pourquoi
  • Vous vous êtes bien mariée en janvier avec lui
  • Oui
  • Eh bien, il n’en n’avait pas le droit, car il était déjà marié
  • Vous devez faire erreur
  • Oh non madame
  • En plus ce n’est pas la première fois qu’il fait le coup.

J’étais atterrée, stupéfaite, le maréchal des logis me révéla que mon mari avait contracté mariage avec la nommée Marie Magdeleine Zy à Rochefort en date du 1er aout 1854.

Il était donc bigame et qui plus est père de famille.

Ils ramenèrent Auguste, trempé, les menottes aux poignets, il avait tenté de fuir par les fossés de la Roulière.

Je ne revis plus mon mari, il fut emmené à la brigade de gendarmerie de Nuaillé d’Aunis, puis à la maison d’arrêt de La Rochelle.

J’appris tout de lui, par les journaux et par le maire, ce n’était guère joli. Mon lascar était en fait un récidiviste des mariages. Après qu’il fut marié à mademoiselle Zy le vaurien fut condamné à deux ans de prison pour vol. Laissant cette malheureuse dans le besoin avec sa fille qui avait vue le jour lorsqu’il était déjà en prison. A sa sortie de prison il resta pourtant en couple avec elle pendant deux ans, puis en fin d’année 1858 il la quitta à jamais pour tenter l’aventure sur La Rochelle où il était moins connu.

Il mit le grappin sur une petite journalière qui avait un peu de bien et la demanda en mariage, elle lui rétorqua qu’elle était déjà enceinte d’un autre. Mon escroc enjôleur décida de prendre la paternité à son compte et le 26 janvier 1859, Marie Chignac pour son malheur devînt madame Eugène.

La supercherie fut rapidement découverte car la première madame Eugène vint accoucher à l’hospice de La Rochelle. Auguste reconnut les faits et à la cour d’assise de Saintes le 29 juin 1859 il fut reconnu coupable et condamné à cinq ans de réclusion.

Le traitre abandonnait donc deux enfants et sa femme légitime ainsi que la malheureuse Rochelaise et son enfant qu’il avait reconnu.

Cela faisait déjà beaucoup pour moi.

Il fit donc ses années de prison et à sa sortie retournant chez lui. Il apprit que sa femme était en prison pour 18 mois et qu’elle avait un amant.

Il s’empara des meubles et des effets de sa femme vendit le tout et alla s’installer au Gué d’Alleré.

Vous connaissez la suite, l’ignoble individu que j’aimais tant n’était qu’un vaste imposteur.

Les choses ne traînèrent pas, de la maison d’arrêt de La Rochelle il fut conduit à celle de Saintes et le 20 novembre 1866 repassa une seconde fois aux assises pour fait de bigamie. Il prétexta qu’il croyait sa femme décédée, son avocat monsieur Guédon concentra sa plaidoirie là dessus. Les jurés ne furent pas dupes et il fut condamné à six ans de prison.

Je ne le revis jamais, j’en avais maintenant soupé des hommes. Sans pouvoir lui pardonner je pense que je l’aimais encore mais bon c’était une autre histoire. C’est assez courant d’aimer quelqu’un qui vous a fait du mal.

Voila l’histoire du Bigame du Gué d’Alleré, jusqu’à présent je n’ai pas retrouvé sa trace, si vous voulez m’aider dans cette enquête ce serait génial et je pourrais poursuivre mon histoire.

Pour l’infortunée Anne Duteau c’est un peu la même chose je perds sa trace en 1871, à cette date elle vit encore au Gué et sa fille Constance Emilie est domestique à La Rochelle. La encore j’aimerais suivre sa trace mais quand à présent mystère.

Je vous mets à tous les renseignements que je possède et je fais appelle à vos talents d’enquêteur.

  •  

Auguste Eugène né le 26 06 1831 à Rochefort de parents inconnus

Marié à Marie Magdeleine Zy le 1 aout 1854 à Rochefort

Marié à Marie Chignac le 29 janvier 1859 à L a Rochelle.

Marié à Anne Duteau le 08 01 1866 au Gué d’Alleré.

Mort à Villeneuve sur Lot le 01 08 1876 ( Présence maison détention de Eysse )?

Anne Duteau née à la Croix 87, le 17 octobre 1814 , décédée le 30 novembre 1894 à Saint Rogatien ( 17 ) chez sa fille Constance Turgnier

de Pierre et de Marie Marcou

Mariée à Pierre Turgnier le 09 02 1839 au Gué d’Alleré

Mariée à Auguste Eugène le 08 01 1866 au Gué d’Alleré

Marie Magdeleine Zy : né à La Rochelle le 17 12 1831, morte à Rochefort le 25 08 1897.

Remariée avec Jean Henry Rosière le 18 01 1879 à Rochefort.

Enfants de Auguste Eugène :

Emile Eugène né, le 16 mai 1855 à Rochefort, mère Marie Magdeleine Zy

Hermine Eugène, née le 8 juin 1859 à La Rochelle, mère Marie Magdeleine Zy

Marie Elisa Eugène, née le 22 mars 1859 à La Rochelle, mère Marie Chignac

Mariée à La Rochelle le 8 juillet 1882 à Pajaud Augustin( dont descendance )

Enfants de Anne Duteau

Constance Emilie Turgnier : née au Gué d’Alleré le 05 mai 1841, mère Marie Duteau, décédée le 29 mars 1925 à La Rochelle (tasdon )

Mariée à Saint Rogatien 17 avec François Guichard le 28 octobre 1872, ( dont descendance )

Firmin Théodore Turgnier : née au Gué d’Alleré le 19 aout 1839

marié à Nantes le 17 novembre 1868 avec Marie Anne Garaud ( dont descendance )

François Duteau : né à Saint Médard d’Aunis, le 18/06/1850 chez catherine Voyer la sage femme. Mort le 25 novembre 1873 à Saint Rogatien ( 17 ) chez son beau frère François Guichard.

LE BIGAME DU GUÉ D’ALLERÉ épisode 3

 

Sans que je puisse le retenir il partit chez Daunis l’aubergiste pour se rincer un peu, il annonça la nouvelle à tout le monde. Une révolution n’aurait pas ému plus la population, la Duteau allait se ficeler avec ce vaurien d’Eugène.

Ma famille leva les bras au ciel et  ma belle famille me tourna carrément le dos. J’étais seule avec mon amour mais peu m’importait, pourvu que je sois avec lui.

Le mariage fut prévu pour le lundi 8 janvier 1866. Ce ne fut pas facile car le maire ne m’aimait pas. Le père Petit ne m’appréciait guère, car voyez vous j’avais eu un enfant hors mariage, alors monsieur fit des difficultés, il me fallait un acte de naissance et il mit quand même un certain temps à arriver du Limousin.

Pour Auguste aucun problème ne se fit jour et on obtint les papiers de Rochefort assez rapidement.

Moi je désirais me marier à l’église, nous en avions droit, car moi veuve et lui garçon. Il fallut convaincre le curé, monsieur Auguste Eugène nous dit-il, je vous veux en communion. Par amour pour moi il ne vît aucun problème dans tout cela, d’autant qu’il était assidu aux offices. Même si certains disaient qu’il venait à l’église pour lorgner les femmes, il n’empêche qu’il était quand même à la messe tous les dimanches alors que d’autres étaient à l’auberge.

Le pauvre fut quand même un peu embarrassé de me dire qu’il était un peu juste pour régler les frais des noces. Qu’à cela ne tienne je paierais avec mon bas de laine.

A l’aide du tailleur Jean Phillion je me confectionnais une jolie robe, il convenait de ne pas la faire trop voyante, trop agressive, pour les yeux prudes des commères, j’étais déjà vieille.

Lorsque je me mirais la première fois dans cette belle tenue, j’en eus les larmes aux yeux, je me trouvais belle, encore jeune et encore désirable. Elle était rose pâle avec par dessus un châle de dentelle façon La Rochelle. Sur ma tête j’avais décidé de me couvrir d’une belle coiffe, j’en rêvais depuis longtemps. Lorsque je me m’étais mariée la première fois la mode de ces longues coiffes avec un voile qui trainait derrière n’était pas encore de mise.

Pour que mon homme soit beau je lui payais aussi un nouvel habit de noce, il pourrait de toutes les façons le remettre le dimanche et sur son lit de mort si il lui arrivait malheur. Quaquignolle le cordonnier lui remit à neuf ses souliers, il fit un peu la moue car il en voulait des neufs. Je sus être ferme malgré ses tentatives de séduction corruptive.

Le choix des témoins ne porta pas à débat, ce fut deux de ses amis de cartes qui furent choisis, Antoine Hillairaud cultivateur et Joseph Mélé le sabotier. Pour moi ce fut Jean Dufourneau mon beau frère et Felix Bouteau mon neveu par alliance. Au début toute la tribu Duteau s’était liguée contre ma nouvelle union, personne ne voulait venir et encore moins me faire l’honneur d’être mon témoin. Puis il y eut revirement sans d’ailleurs que je sache pourquoi et ils acceptèrent.

Sans doute pour qu’il n’y ait pas concours de foule le maire et le curé nous marièrent fort tard et il faisait grand nuit quand on sortit de la mairie par nous convoyer à l’église. On n’y voyait rien car le vent très fort éteignait nos chandelles. Mais par miracle, les curieux du village nous firent une haie d’honneur en ouvrant leur porte pour nous regarder passer. Nous avancions au milieu, apportant une solennité imprévue.

André Morin le maréchal ferrand pointait son sale nez avec sa grosse femme et ses morveux, le boulanger Jouinot teint blafard et calotte blanche les mains sur les hanches réprobateur et goguenard nous toisait du regard. Cet idiot de Joseph Jolivet bourrelier de son état assit sur une chaise le verre à la main trinqua à Auguste. Bien sur la famille du maire derrière les rideaux nous observait sournoisement. Bref sans que je puisse reconnaître tout le monde, les Gué d’ Allérien nous accompagnèrent comme des méchants et des curieux qu’ils étaient.

A la mairie Auguste eut un moment de faiblesse et lui qui avait une si belle écriture ne parvint pas à signer. Le maire rigolard, nota sur l’acte qu’il ne pouvait signer tant il était ému.

Pour le repas on alla chez Pierre et Marie Texier, je n’aimais pas cette auberge mais ils étaient moins chers que chez Daunis. Les hommes burent beaucoup et furent rapidement saouls, nous les femmes les regardions faire avec attendrissement. Vraiment je fus satisfaite et heureuse du bon déroulement de l’ensemble. J’avais tout payé sauf l’ anneau que mon amoureux m’avait passé au doigt.

J’étais maintenant madame Eugène et nous allâmes nous coucher. Pour la nuit de noces Auguste voulut me faire sa spéciale. Je ne vous dirais rien à ce sujet car je rougis rien que d’évoquer cela.

LE BIGAME DU GUÉ D’ALLERÉ épisode 2

J’étais libre comme l’air, comme peu de femmes l’étaient en ces périodes de dépendance masculine.

Un jour que je rentrais de moulin David où j’avais été faire une retouche sur la robe de la fille du meunier, un jeune homme se porta à ma hauteur et me fit la conversation. Je le connaissais de vue, il travaillait chez Jean Chabiron le tisserand.

Très à l’aise et de bel figure il me fit la conversation. En vérité je crois qu’il me fit parler et comme un fil qu’on déroule je lui racontais ma vie.

Arrivée devant chez moi, je savais juste qu’il se nommait Auguste Eugène.

A la maison devant mon ouvrage mon esprit fut tout à lui, il m’obsédait et chaque fois que je le chassais de ma tête il revenait au galop.

Le soir sur mon prie dieu, Jésus et Marie avaient peine à me voiler le visage du jeune Auguste.

Le lendemain comme par enchantement le gamin réapparut, si j’emploie ce mot c’est à dessein car il avait tout de même trente cinq ans. Seulement voyez vous moi j’en avais cinquante deux.

Par son babille il me charma encore d’avantage, ce jeune ouvrier me fascinait. Il avait une facilité à vous charmer, vous hypnotisant de ses belles paroles. Ce merle chanteur, ce rossignol par son chant me fit redevenir une jeune femme

Pour le physique qui n’était pas pour moi un élément essentiel le bel Auguste portait bien le surnom que lui avaient donné les lavandières du village.

Sans que rien n’y paraisse je l’avais examiné des pieds à la tête, mon dieu qu’il était beau j’en rougis encore. De grande taille il me dépassait facilement d’une demie tête, son corps était musclé et dégageait une force intérieure qui n’engageait pas à la lutte avec lui. Ces cheveux longs à l’ancienne mode était d’un châtain assez clair, et encadraient un visage rond et jovial. Ses yeux d’un marron tirant sur le roux vous scrutaient d’une lueur amoureuse et vous conviaient inévitablement à le rejoindre dans une aventure. Seul son nez qu’il avait un peu long et son teint par trop coloré ternissaient son image et l’éloignaient de la perfection.

Je sus bientôt tout de lui, fils de l’assistance il n’avait connu que foyer et hospice. Il avait appris seul la vie depuis sa naissance en 1831 à Rochefort. Il avait vécu de petits boulots puis avait été embauché à l’arsenal de Rochefort. Une décision inique l’avait contraint à quitter un emploi qu’il aimait. Un ami l’avait recommandé et il exerçait le métier de tisserand dans notre petit bourg.

Depuis qu’il était arrivé dans le village des bruits couraient bien sur son sujet. Mais la jalousie des autres hommes face à ses succès féminins et la jalousie des femmes sur qui il n’avait pas levé les yeux faisaient courir ces mauvais ragots.

Je le vis de plus en plus souvent, j’étais fière qu’à mon âge un homme si jeune et si beau s’intéresse à moi.

Tout le village fut bientôt au courant de nos rencontres, alors pourquoi se gêner. Nous nous tenions bientôt par le bras et nous promenions ensemble. Alors de la Moussaudrie, à Mille écus en passant par Rioux et Moulin David ce ne fut plus qu’un murmure. La Anne Duteau fréquentait le Auguste Eugène que c’en était une honte.

Tout le monde réprouvait et en particulier ma famille, mon frère François ne me cachait pas son désarrois et sa colère.  » tu vas te faire avoir par ce joli cœur, il n’en veux qu’à ta bourse. Tu te rends pas compte qu’il pourrait être ton fils  »

Bien sûr que je le savais mais cela me gonflait d’orgueil de le savoir à moi.

Puis un jour il arriva ce qu’il arriva, nous n’étions plus des enfants. Il prit possession de moi au physique comme il avait pris possession de mon âme.

Quand je dis qu’il m’a pris c’est une litote et il serait plus juste de dire que je me suis donnée.

Jamais je n’avais ressenti une chose pareille, ni avec Pierre mon mari dont pourtant j’étais éperdument amoureuse, ni avec l’amant de passage qui m’avait donné mon second fils.

Je vivais seule chez moi alors simplement il me rejoignait, nous n’avions qu’à fermer l’huis de la porte et le paradis nous appartenait. Mon dieu qu’il me semblait beau, son corps m’aveuglait, m’envoutait , m’ensorcelait, me subjuguait, j’étais comme une folle.

Il aurait pu me demander n’importe quoi, me jeter toute nue dans la Roulière ou bien partir en Chine avec lui. Un jour il me demanda un peu d’argent pour payer une dette pressante, je me fis un plaisir de l’aider, une autre fois je lui donnais quelques pièces pour le sabotier Justin Beaujean.

Mon frère n’était pas seul à me faire la leçon, un jour ma sœur vint me trouver pour me dire qu’Auguste était un séducteur et qu’il avait sûrement une compagne à Saint Sauveur. Elle trouvait bizarre que ce gars de Rochefort vienne échouer au Gué d’Alleré, sans attache, sans famille et surtout sans passé.

Même monseigneur l’évêque, même sa sainteté le pape ne m’auraient fait changer d’avis.

Puis un jour après nos ébats en reboutonnant négligemment sa chemise, alors que je fixais la pilosité de sa poitrine et que mon désir montait à nouveau, tout de go il me demanda en mariage.

LE BIGAME DU GUÉ D’ALLERÉ épisode 1

Il faisait un magnifique soleil en ce dimanche 7 janvier 1866, le froid était très vif depuis quelques jours, mais les vifs rayons du soleil qui dardait ses flèches compensaient la faible montée du mercure.

Il pouvait être huit heures du matin quand par le chemin de Surgères à Marans, j’empruntais le pont qui enjambait la Roulière .

J’aimais cet endroit et à chacun de mes passages, je prenais le temps de m’accouder quelques minutes sur le parapet et de regarder les eaux vives.

Le ruisseau plutôt flemmard en été, nous sortait en ces journées hivernales le grand jeu.

Alimenté par le ruisseau de l’Abbaye de Benon et par le Bief qui lui surgissait depuis Plaisance, gonflé par les pluies d’hiver, il roulait un fort courant. Il allait perdre un peu de sa force dans les marais de Rioux avant de se jeter dans le Curé.

Peuplé de chênes têtards, aux formes parfois presque humaines qui lui faisaient une haie d’honneur, il passait là comme inutile, non navigable, non poissonneux tout juste bon à accueillir les ménagères avec leurs battoirs.

Pour être juste avec lui nous y rouissions notre chanvre et ses eaux claires arrosaient nos jardins.

Plus loin sur Rioux, un hameau de la commune ,on y faisait aussi rouler du bois lors des grandes coupes.

Sur le bord à l’emplacement du vieux lavoir, un jeune saule tentait de grandir, trop petit pour apporter encore une ombre lors des grosses chaleurs . On sentait pourtant que sa vigueur lui assurait un avenir prometteur.

Les prés qui couraient le long des berges étaient blancs. La rosée maladroite avait été surprise par le gel du petit matin. Le spectacle était magnifique, le temps comme les plantes étaient figés en une immobilité statuaire, je me sentais heureuse et sereine.

Marie ma sœur accompagnée de ma fille Constance me rejoignirent sur le pont, nous devions nous rendre bien vite à la cure pour y rencontrer monsieur le curé.

J’avais quelques détails de dernières minutes à régler pour mes noces du lendemain.

Du pont à l’église il n’y avait que quelques encablures, on salua une sœur qui balayait devant le couvent et l’on prit sur la place du château.

L’édifice seigneurial n’existait plus mais ses pierres avaient servi à l’édification de la maison bourgeoise d’un négociant. Je me rappelais bien de sa destruction et bon nombre de paysans étaient venus y prendre quelques jolies pierres de taille.

Je connaissais bien les affres de l’organisation d’un mariage car il y a bien longtemps j’avais eu le plaisir de m’unir à un maçon du village et ma fille Constance en était le joli fruit. Le malheur avait frappé chez nous et au bout de trois ans d’union mon mari Pierre Turgnier était mort d’une vilaine maladie.

J’étais donc veuve et cela faisait presque 25 ans. Mais j’étais tombée sous le charme d’un homme et nous avions décidé de nous marier.

A la mort de mon mari je m’étais bien promise de ne pas m’accoquiner, j’avais comme une répugnance à aimer de nouveau. Je ne me voyais pas dans les bras d’un autre que ceux Pierre.

Alors la vie était passée, à la fois monotone et à la fois riche, je considérais ma fille comme le point central de mon existence. Mais si mon cœur restait sec devant la gente masculine il battait pour notre seigneur. Mes temps libres se passaient en prière, dans la petite église du village, agenouillée jusqu’à ne plus sentir mes jambes je chérissais Jésus.

Toute de noir vêtue, je savais que je passais pour une sorte de duègne enchristée dans ma dévotion.

Lorsque je passais devant les hommes rassemblés devant la forge ou devant l’auberge je savais que les commentaires allaient bon train, graveleux, sales, misogynes.

Ces hommes frustes ne supportaient pas qu’une femme encore physiquement acceptable ne serve pas à la satisfaction des sens d’un honnête paysan. Que ce corps inaccessible leur échappe et que mes mains blanches ne rougissent pas à la lessive de leurs chemises sales.

Je connaissais tout le monde, mais hormis mes sœurs Marie et Thérèse et mon frère François je ne fréquentais personne. Me contentant de ce petit monde et de mon Dieu, je voyais bien sur mes pratiques car j’étais couturière.

J’étais originaire d’un petit village du limousin nommé la Croix-sur-Gartempe, mon père maçon était venu avec ma mère s’installer dans la région, mes sœurs étaient nées dans une commune à coté qui se nommait Les Rivières d’ Anais. Mes parents avaient eu la bonne idée de donner le prénom de Marie à trois de leurs filles et d’Anne à deux autres, seul le garçon François et Thérèse la petite dernière avaient échappé à la loi des séries.

Mon père nous avait quittés depuis de nombreuses années, mais maman était quand à elle morte récemment. A force d’épargne et d’opiniâtreté ils avaient cumulé quelques biens dont nous bénéficions maintenant.

Moi mon mari défunt m’avait légué une maison et quelques arpents de vigne que je faisais cultiver.

Je n’étais donc point pauvre et le fruit de mon travail de couturière complétait largement mes revenus.

J’avais eu trois enfants, deux avec mon défunt, Firmin et Constance puis quelques années plus tard je m’étais fait surprendre par un amour de passage et j’avais eu mon François.

Forcément mon fils, le petit bâtard à la grenouille de bénitier recevait quelques avanies tant les gens sont méchants, il était maintenant domestique chez les Néraudeau. J’essayais de le protéger mais parfois la bêtise paysanne conjuguée avait le dessus et je le savais souffrant de cette situation.