CHRONIQUE 6 – François et la migration Seine et Marnaise

PARVIS DUN

PARVIS SAINTE AMELIE
DUN LES PLACES

DUN LES PLACES

François fit une dernière fois le tour de sa chaumière,il avait le cœur gros de la quitter.
La demeure familiale faisait partie du hameau du Parc sur la route de Montsauche, le plus reculé de la paroisse de Dun les Places, cinq bâtisses assez semblables se nichaient frileusement dans le pli d’un terrain.
Les demeures Morvandiote étaient construites en granite, de rares ouvertures à travers des mur épais assuraient une lumière pâlotte.
Les toits étaient faits de chaume, François avait refait le sien avec l’aide de quelques paysans de son hameau.
La maison d’une seule pièce comportait peu de meuble, le lit des parents, celui des enfants, une table avec un banc et un coffre où tenait l’ensemble des biens de la famille.
Dans l’âtre un fourneau, dans la bassie une écuelle en bois.
Nul confort, la terre battue au sol laissait passer l’humidité, la présence constante des animaux dans la pièce n’assurait pas une hygiène irréprochable. Les poules, les chèvres et les moutons circulaient sans gène dans la pièce.
Accolé à la maison un appentis où s’entassaient les cochons et les volailles. Devant la porte un tas de fumier se transformait en mare dès les premières pluies et s’écoulait souvent à l’intérieur de la maison.
François Trameau était manouvrier ou journalier, il louait ses bras pour les travaux agricoles, il possédait en propre sa maison, quelques ares de terrain, un potager, cinq cochons, deux chèvres et des volailles.
La petitesse de son terroir ne lui permettait pas de faire vivre sa famille.
Malheureusement ,l’augmentation de la population et la pauvreté du sol faisaient que le travail manquait en Bourgogne, et une grande partie de la population masculine devait migrer vers des contrées plus fertiles.
L’heure de départ approchait, notre homme rassemblait ses hardes nouées sur un bâton.
Quelques provisions étaient rassemblées, du cochon salé, des oignons, et du pain noir. Les repas seraient frugaux, mais François ancien soldat de l’an deux savait ce qu’étaient les marches forcées le ventre vide.
Un œuf prélevé dans le poulailler et qu’il goberait tout à l’heure après quelques heures de marche, serait son seul luxe.
Mais il fallait partir les hommes du hameau se regroupaient, François attrapa sa fille Marie la souleva et l’embrassa sur le front, la petite avait neuf ans et ressemblait à sa mère, des larmes coulèrent sur ses joues, elle n’aimait pas voir partir au loin son père et pressentait chaque fois quelques malheurs.
Dans un coin de l’âtre, l’unique fils survivant du couple regardait avec colère son père, il avait douze ans, il voulait partir avec les hommes, trop jeune décréta son père, il restera avec sa mère et sa sœur.
Jean Louis était la fierté de son père? il était vigoureux, intelligent et très travailleur, le laisser avec sa mère pour travailler les quelques terres de la famille le rassurait un peu.
François en bon époux s’inquiétait pour sa femme, âgée de quarante cinq ans, elle commençait à vieillir.
Françoise Loriot solide paysanne aux cheveux autrefois d’un noir de jais avait maintenant sa belle crinière constellée d’argent, son visage s’était creusé de sillons et son corps se tassait.
Les rudes travaux, les grossesses difficiles, la mort de 6 de ses enfants l’avait vieillie prématurément.
Cette hiver elle avait été malade, une toux rauque dont elle n’était pas remise la tenaillait en permanence.
François l’embrassa dans le cou, il passa sa main rugueuse dans la tignasse blonde de son fils et il s’éloigna.
Le regroupement des hommes du canton se faisait au pied de l’église Saint Marc de Dun les Places
C’est dans cet édifice qu’il avait été baptisé il y quarante cinq ans de cela, ses parents étaient morts depuis longtemps et les trois laissés en haut hormis un vieille oncle étaient sa seule famille .
Depuis des temps reculés les Trameau avaient pris l’habitude de se louer dans la Brie ,cette province à la terre grasse offrait à la belle saison du travail à nos Morvandiaux.
Depuis 1789, la Brie se trouvait être le département de la Seine et Marne, nos anciennes Provinces ayant été découpées en quatre vingt trois départements par décision de l ‘assemblée constituante.
Dun se trouvait ainsi dans le département nouvellement créé de la Nièvre
Mais nos paysans étaient des Bourguignons cherchant du travail dans la Brie et peu leur importait ce nouveau découpage.
François avait deux cent trente kilomètres à parcourir pour arriver dans le petit village de Montereau sur Jard à proximité de Melun siège de préfecture de Seine et Marne.
Six jours de marche par des chemins défoncés, six nuits à la belle étoile en espérant la clémence des cieux. Voyager par ces temps là n’était pas une sinécure
La situation politique était trouble en cette année 1814, un roi de la famille des Bourbon s’était assis sur le trône de France, beaucoup ne savaient d’où il venait tant le souvenir des derniers Bourbons s’était envolé.
Le roi podagre arrivé en même temps que les troupes Autrichiennes, Russes et Prussienne se nommait Louis le dix huitième, frère du gros Capet raccourci par les maîtres de la France en 1793.
Entre les 2 il y avait eu divers gouvernements, la Convention Nationale et ses comités, le Directoire et ses 5 presque rois et puis l’empire avec l’ogre corse.
Bien sur, la nouvelle royauté n’était plus absolue et le pouvoir royal était tempéré par 2 chambres de députés, mais les paysans étaient inquiets pour les quelques miettes de terre qu’ils avaient achetées lors de la vente des biens du clergé.
Les soldats de la grande Armée mis en demi solde propageaient les germes du mécontentement et la peur d’une radicalisation des ultras qui préconisaient un retour à l’ordre ancien, renforçait encore l’inquiétude.
Les routes n’étaient donc pas très sures, nos paysans n’avaient que leurs bâtons pour se défendre contre les bandes de soldats licenciés qui maraudaient pour se nourrir , contre les troupes étrangères qui envahissaient le pays et les Royalistes qui pourchassaient les Bonapartistes.
François n’était ni royaliste ni bonapartiste et encore moins républicain.
Les régimes successifs n’avaient apporté à son niveau de vie aucun changement. Tous les ans il était obligé de quitter sa terre et sa famille et ça aucun gouvernement ni avait apporté changement. Alors peu lui apportait, Bourbon, Bonaparte, Orléans ou Robespierre il marchait, la faim au ventre ( et qu’ils se débrouillassent entre eux.)

MONTEREAU SUR LE JARD.

La route s’était très bien passée, aucune mauvaise rencontre et le temps avait été clément, arrivé à Montereau il se dirigea à la ferme du père Blé  au hameau de Courceau.

C’était une belle ferme, avec une maison de maitre encadrée par des communs, la cour pavée était fermée par l’ensemble des bâtiments.
L’aspect compact faisait penser à un château fort.
Marie Blé fils du maitre des lieux se trouvait sur le perron de la demeure, il vit le groupe de Morvandiaux et reconnu François.
Il ne connaissait pas les journaliers qui accompagnaient le père Trameau mais sa présence était un gage de sérieux et il embaucha le groupe
Nos travailleur n’auraient pas à se vendre à la foire comme beaucoup étaient obligés de la faire.
Le père Blé n’était pas là, mais son fils fit servir au groupe une assiette de soupe et un canon de vin.
Il y aurait du travail pour tous, la récolte serait bonne.
Rien que pour l’exploitation de la famille Blé, ils étaient une dizaine de migrants saisonniers, outre les 3  Morvandiaux, 7 travailleurs du département de l’Yonne avaient réussi à se faire embaucher.
Comme la plupart des paysans, François employait la faucille, 20 ares à la journée était le rendement moyen.
La faux était déjà connue depuis longtemps, mais la multitude de bras et la faiblesse des salaires n’encourageaient pas son emploi.
Sous l’ancien régime l’emploi de cette dernière était même interdit, cette disposition ayant été abolie en 1791.
Bien sur les rendement étaient supérieurs avec la faux, 50 ares à la journée mais les bleds étaient coupés plus court et les pauvres ne pouvaient utiliser la chaume.
La faucille avait aussi comme avantage de ne pas demander une force considérable, les femmes et les enfants pouvaient aussi être employés, diminuant ainsi les coûts de la main-d’œuvre.
Le fils du maitre était partisan de l’emploi de la faux et François savait que quand il prendrait la succession, les moissonneurs devraient se louer ailleurs.
Quelques heures après, l’embauche était confirmée par une poignée de mains entre les contractants, rien d’écrit ni de signé.
François ne savait d’ailleurs ni lire ni écrire.
Les blés étaient murs, le travail commença le lendemain.
Il faisait une chaleur torride, le travail était très dur et François peinait à se relever, ses 45 ans lui pesaient ,il était déjà un ancien et il savait qu’on le prenait parce qu’il était un habitué et qu’il ne rechignait à aucun labeur.
Les moissons se terminèrent, muni de son maigre pécule, François reparti en Bourgogne, il prit le même itinéraire, Melun, Montereau, Saint aubin sur Yonne, Migenne, Auxerre, Avallon , puis sa maison.
Avant d’arriver il fut assailli par un mauvais pressentiment , rapidement confirmé, car en chemin il croisa le curé de la paroisse qui revenait de chez lui.
Il l’avisa que la Françoise était couchée depuis dix jours et que ses prières ne la remettaient pas sur pieds.
François en agnostique qu’il était , se doutait bien que les incantations de son curé ne guériraient pas une femme usée par une vie de labeur.
François courut au chevet de sa femme, ce qu’il vit le consterna, Françoise avait maigri de façon spectaculaire, ses cheveux étaient tous blancs et une toux persistante secouait son pauvre corps décharné.
A coté d’elle un mouchoir teinté de sang ne pouvait que faire craindre une issue défavorable.
Elle était seule, la petite était partie faire paître les bêtes et Jean Louis aidé des hommes du hameau faisait ce qu’il pouvait pour travailler la terre familiale.
François prit la main de sa femme et resta un long moment avec elle.
Ils avaient compris tous deux que la mort était dans la maison, pas besoin de paroles superflues , François et Françoise étaient des taiseux.
Il restait environ 15  jours de vie à Françoise, son homme ne les passa pas à son chevet, les travaux de la terre n’attendaient pas. Il l’ a retrouva morte un soir du mercredi 21 décembre 1814.
Il envoya son fils faire prévenir le maire et le curé et la petite Marie fut chargée d’aller quérir 2 voisines pour la toilette des morts.
L’enterrement se fit le lendemain, une messe et Françoise fut déposée au petit cimetière jouxtant l’église Saint Marc. François offrit un repas aux quelques membres de la famille et aux paysans qui avaient aidé et  veillé avec lui. Il dût également donner quelques pièces pour le curé et pour le fossoyeur.
François se retrouva donc seul avec 2 enfants.
Les mois passèrent, François ne savait que faire il ne pouvait laisser ses 2 enfants pendant qu’il partirait moissonner en Seine et Marne.
La plus simple résolution était d’immigrer dans la Brie. Ses enfants trouveraient plus facilement du travail, la petite se ferait placer comme domestique et Jean Marie se ferait embaucher comme garçon de ferme.
Sa décision était prise, il vendit les quelques biens qu’il possédait , fit ses adieux à Dun, en sachant qu’il n’y reviendrait jamais, les préoccupations qui l’assaillaient , l’empêchaient de penser aux bons moments qu’il avait passé avec sa femme. Ils se mirent en route en juin 1815 à destination de Montereau sur le Jard seul endroit en dehors de Dun qu’il connaissait réellement. François avait entreposé l’ensemble de ses biens sur une carriole trainée par un bœuf. Au rythme de l’animal, le voyage fut long.
Avec l’aide des fermiers de Courceaux la famille s’installa, une petite maison d’une seule pièce, avec un petite dépendance pour le bœuf et la voiture. François travailla aussitôt chez les Le Blé où Jean Louis se fit rapidement apprécié comme garçon de cour. Marie souvent seule tenait le ménage de la petite maison et gagnait quelques pièces en aidant par ici ou par là.

La politique de la France avait été un tantinet agitée en cette année de 1815, Bony s’était échappé de son île et avait mis le désordre dans cette France qui commençait à peine à se remettre des années agitées de la révolution de l’empire. Notre gros roi s’était enfui en abandonnant ses tabatières et avait pris le chemin de Gand, ce qui le ferait appeler plus tard par les libellistes notre père de Gand. Mais nos amis les monarques européens avaient remis de l’ordre chez ces incorrigibles français en battant notre cher Empereur. Ce dernier signa tout ce que l’on voulut, fut envoyé dans une ile lointaine et le dix-huitième revint à Paris. Seulement les choses ne se passèrent pas comme à la première restauration.

En 1814 les étrangers libérateurs s’étaient faits acclamer par les populations et étaient repartis chez eux.
En 1815 ils se firent beaucoup moins applaudir et restèrent jusqu’en 1819.
C ‘est pour cela que des Autrichiens étaient cantonnés à Montereau.
François qui autrefois s’était battu contre les culs blancs en Italie avec le succès que l’on connait sous le commandement de l’enfant chéri de la victoire le Niçois MASSENA , passait au large de l’occupant exécré.

Les années passèrent et la santé de François commençait à décliner, son fils travaillait avec lui, c’était un solide gaillard, dur au travail et dur à la bagarre. Marie était maintenant domestique dans la ferme ou travaillait son père.
François s’éteignit le 19 juillet 1820, Marie Germain Blé cultivateur et François Lelievre charron déclarèrent le décès à la mairie devant le maire Monsieur Garnot. L’enterrement eut lieu le lendemain.

CHRONIQUE 5 Jean louis TRÉMEAU 1745 -1803 et TRAMEAU François 1769 -1820

TREMEAU Jean Louis

1745 -1803

Né en 1745 Jean Louis n’avait que onze ans quand sa mère décéda, il en fut très affecté car malgré sa rudesse paysanne Marie choyait son petit dernier.

Il suivit bien entendu son père qui changea de vallée. Bien qu’il regretta son village natal ou vivait sa nombreuse parentelle il se fit à son nouvel environnement très rapidement.

Il assista au remariage de son père en compagnie de ses futurs demi6 frères et sœurs. Il rouspéta un peu quand il dut partager sa couche avec François LAZARDEUX le deuxième fils de sa belle mère. Il grandit comme tous les enfants de son âge, aidant aux tâches agricoles et fréquentant un peu la petite école du village .
Il préférait d’ailleurs garder les bêtes et rêvasser en plein air que de s’enfermer pour apprendre les rudiments du calcul et de l’écriture.
Les années passèrent et Jean Louis était maintenant un homme, il fallait penser à fonder une famille.
François fin connaisseur en la matière, lui trouva une veuve.
Elle avait 32 ans, Jean Louis presque 10 ans de moins, il n’était guère enchanté par l’arrangement mais son père ne lui demanda pas son avis.
La belle aurait pu être attirante mais 6 maternités en 10 ans avaient alourdi son corps. Le père François balaya la répugnance de son fils en lui expliquant que sa bourse était aussi opulente que ses seins et grivois lui dit qu’il aurait bonheur à s’y enfouir.

Jean Louis n’était guère convaincu, Jeanne était veuve depuis à peine un an et sa dernière, née orpheline de père n’avait que six mois. La Dupart comme on la nommait était donc à la tête d’une fratrie de 5 enfants.
Issue d’une famille de laboureurs du hameau Du Parc, elle s’était mariée il y a dix ans de cela avec un laboureur du même hameau.
Mariage où association paysanne afin de préserver les biens le mariage avait été féconds et assez heureux.
Après le décès de son mari, elle n’avait d’autre possibilité que ce remariage rapide, elle possédait quelques terres ,des instruments aratoires et des bêtes. Les terres étaient de petite taille , mais elle ne pouvait en assumer seule la gestion et l’exploitation.
Lorsque François, ancienne connaissance de son mari défunt vint la trouver pour lui proposer un arrangement elle tendit une oreille complaisante aux propositions du rusé.
D’ailleurs peu lui importait l’homme qui se présenterait, seul comptait la préservation du patrimoine et de la force du travail.
Les TREMEAU, considérés comme des étrangers, car n’étant pas originaires de la commune, étaient somme toute du même milieu, petits laboureurs et même souci de conservation de patrimoine.
L’affaire, car c’en était une se conclut rapidement
Le mardi 22 novembre 1768 le curé Coulon bénit les deux paysans, c’était son deuxième mariage de la journée . Bien que du même hameau les paysans ne firent pas bombance commune, les familles n’étaient aucunement liées
La noce au son d’un fifre et d’un violon se déroula à merveille, le vin de Bourgogne coula à flot et les convives repartirent passablement éméchés.
Jean Louis dansa une bonne partie de la journée et s’étourdit de vin et de nourriture s’en trop s’occuper de son épouse.
Puis le soir vint et les invités se retirèrent, les quatre aînés de Jeanne avaient pour cette nuit été placés chez son frère, la petite encore aux seins était restée avec sa mère.
C’est lorsque Jeanne découvrit un sein pour nourrir sa fille ,que Jean Louis admira pour la première fois la poitrine de sa femme, il en fut troublé.
Lorsque la petite fut repue Jeanne accrocha le paquet de lange à une poutre.
A la lueur d’une chandelle, elle défît ses cotillons et se glissa nue sous la couverture, plus experte que Jean Louis elle prit les choses en main et fit entrouvrir les portes du paradis à notre jeune ancêtre qui n’en demandait peut être pas tant
Jeanne au corps gras et aux seins lourds était lascive et s’y entendait en amour. Jean louis fut assidu et jeunesse oblige Jeanne se retrouva enceinte après deux mois d’union.

TRAMEAU François

1769 – 1820

Comme toutes ses grossesses celle -ci se déroula à merveille. Le 5 novembre 1769 Jeanne en rentrant de la messe ressentit les premières contractions. Elle pressa le pas et fit bien car à peine arrivée chez elle la délivrance arriva. Le chemin devait être fait, l’accouchement se passa rapidement et sans problème.
Lorsque Jean louis revint du cabaret ou il avait retrouvé son père et ses demi frères pour boire un coup, il se trouva être père.

A cette date trois génération de TRÉMEAU vivront sur la commune.
François l’ancien , laboureur au Bornoux, Jean Louis laboureur au Parc, et le petit dernier François .

Le lendemain accompagné de son père François, Jean louis emmaillota son fils pour le protéger du froid vif et se dirigea vers la paroisse du village pour le faire baptiser.
Cette promenade d’un enfant d’un jour pour le faire entrer dans la communauté chrétienne était souvent fatale au bébé. Jean louis dû marcher environ deux kilomètres dans le froid de novembre pour présenter son petit au curé LAIZON. Le parrain fut le grand père François et la marraine Françoise ROBIN une tante du coté maternel. Ils lui donnèrent traditionnellement le prénom de François.

Tout semblait donc aller dans notre communauté paysanne lorsque la grande faucheuse se présenta à nouveau.

Jeanne fit une mauvaise chute et s’empala la jambe sur une faux, la plaie était profonde et  l’on y mit des onguents. La guérison se fit attendre mais ne vint pas, début décembre 1771 elle fut prise de fièvre, la blessure s’était infectée, Jeanne agonisa longtemps et rendit grâce à dieu le 17 décembre 1771.
Le 18 décembre elle fut enterrée dans le cimetière de la paroisse, Jean Louis aidé par quelques paysans avait creusé la fosse. Elle n’était pas très profonde pour favoriser le passage de l’âme de la terre aux cieux.
A cette date Jean louis était nommé dans les actes manouvriers au Bornoux, en fait les terres que possédait Jeanne étaient très peu étendues et Jean Louis se louait dans des exploitations plus grandes.

Un conseil de famille  consacra le retour des terres de Jeanne DUPART dans la famille de celle ci et le placement des enfants de son premier lit dans l’ensemble de la fratrie DUPART et RAVISSOT.
Jean louis et son fils François retournèrent au BORNOUX chez son père et confia son petit âgé de 4 ans aux soins de sa belle mère Françoise qui allaitait sa demie sœur Marie.
Redevenir manouvrier chez son père et vivre sous le même toit engendra bien des conflits mais il fallait se plier en attendant de trouver une autre solution.

Comme de coutume la solution vint d’une veuve qui cherchait mari. En février 1773 Jean louis se remaria avec la veuve GALLY.
Marguerite avait 3 enfants et quelques terres.
Le jeudi 11 février 1773 , le père HOUDAILLE bénit en présence de la famille l’union des 2 veufs. Le père TRÉMEAU était toujours présent ainsi que Jean LAZARDEUX beau frère de Jean Louis. René LACOUR frère du premier mari de Margueritte et Adrien GALLY frère de l’épouse validaient par leur présence l’accord des 2 parties.

Jean Louis redevint laboureur au Hameau du Parc.
Le couple eut 3 enfants, la petite Reine en 1774 et des jumeaux Jean et Jeanne en 1778.
Seule Reine survécut.
Au fil des saisons les années s’écoulèrent, immuables.

François après avoir glané dans les champs s’occupa à faire paître les vaches ,puis grandissant alla ramasser les javelles avec son père. Il devint rapidement un bon paysan.

Il ne fréquenta pas la petite école, ce n’était pas dans les traditions familiales, il ne sut donc jamais signer son nom.
Son travail il l’avait apprit avec son grand père et son père, perpétuation des traditions ancestrales.
Souvent il se rendait au Bornoux ,conversait avec son Grand Père qui approchait des 70 ans, ce dernier travaillait encore tel un vieux cep donnant encore du vin.
Il y côtoyait aussi ses oncles et tantes, cela lui faisait bizarre ils étaient plus jeunes que lui.
Il atteint l’age adulte à l’aube d’une déflagration aux pieds des mont d’Auvergne,qu’ on était loin de prévoir.

Au- delà du cercle restreint de notre univers paysan ce n’était que fausse quiétude, l’orage menaçait.

VERSAILLES

1789

La révolution commença par une procession.
Les députés au nombre de 1200 devaient défiler derrière la maison du roi, le clergé de Versailles et les princes de sang, qui tenaient les cordons du Saint sacrement.

La reine dans une robe de soie passementée d’or était à quelques mètres du roi. Tout le monde était un peu perdu, les députés du tiers affublés d’un cierge qui leur a été remis tentèrent de se placer dans le cortège. Seul le duc de Dreux Brézé maître des cérémonies semblait s’y retrouver. La foule était immense et se pressait pour regarder le spectacle, ce fut le premier d’une longue série mais celui ci solennel et recueilli fut une réussite bien qu’émaillé par quelques incidents.
Le premier problème fut posé par le duc d’Orléans qui bien qu’élu député pour la noblesse alla se placer avec son ami Mirabeau, noble élu par le tiers.
Le roi intervint et Orléans reprit une place plus conforme à son rang, bien qu’il fit preuve de constance en refusant de se placer avec les princes du sang. Le roi fit la moue mais céda . Marie Antoinette fut offusquée, mais due elle aussi se faire une raison.
Le cortège s’ébranla enfin, Pierre de sa place ne rata rien du spectacle et fut au première loge
Le roi et la reine passèrent devant un groupe de femmes du peuple et même pourrait du bas peuple car ces dernières  outrageusement maquillées  avec des décolletés faisant paraître leurs charmes  étaient des filles de joie attirées à Versailles par l’afflux des députés.
Elle crièrent vivent Orléans, la reine se sentit insultée, tant sa haine envers son cousin était grande. Elle se tourna fièrement vers la foule attendant un soutien,mais cette dernière repris d’une seule voie » vive Orléans ». Première insulte d’une longue liste, la fière Autrichienne vacilla et fut soutenue par sa dame de compagnie la belle LAMBALLE. » ce n’est rien fit elle ». La cérémonie terminée la foule se dispersa.
Le lendemain 5 mais 1789 les états généraux commencèrent.

Mais comment en étions nous arrivé là.
Pourquoi un monarque absolu héritier d’une monarchie millénaire dut il faire appel à une telle assemblée, qui ne pouvait que  lui devenir hostile.

Dés les années 1770 le roi Louis XV et son conseil avaient chercher des solutions à la crise qui menaçait.
Le bien aimé s’efforça donc en sa fin de règne de trouver une parade à l’immense gouffre financier de l’appareil de l’état.
La banqueroute menaçait, la noblesse et le clergé ne payaient pas l’impôt .
Le tiers état supportait seul le financement de l’état mais il était au maximum de ses possibilités.
Avant que ne s’effondre l’édifice, un triumvirat de ministres tenta des réformes. Le roi les soutint mais le parlement qui se voulait souverain refusa de céder sur ses privilèges. Ce fut l’affrontement, le parlement dut céder par la force.
Ce n’était pourtant pas l’impôt pour tous mais déjà les privilégiés regimbaient

La variole vint au secours des parlementaires, Louis le Bien Aimé détesté sur sa fin ,alla rejoindre ses ancêtres à Saint Denis.
« Le roi est mort, vive le roi. »
Son petit fils Louis le seizième monta sur le trône, nullement préparer à sa charge, mené en bateau par sa plantureuse Autrichienne, il revint sur les réformes de son aïeul renvoya les bons ministres pour en prendre des mauvais et rappela les bons parlements.
Les finances ne furent pas assainies, aucune réforme sérieuse ne fut ordonner, l’état vivait d’expédients et de prêts.
Les parlementaires jubilaient, les courtisans et la famille royale dépensaient des fortunes.

L’aide accordée aux insurgents d’Amérique vint encore plus obérer les finances de l’état, paradoxe de l’histoire d’une monarchie qui aide à la création d’une république et qui en succombera

« Il pleut il pleut bergère, voici l’orage qui gronde rentre tes blancs moutons » .
La première dame de France jouait à la fermière à Trianon et frissonnait avec le beau FERSEN, pendant que son lourdaud de mari convoquait une assemblée de notables pour l’aider à solutionner le problème. Ces riches représentants de la France ne pressentirent pas qu’il fallait des réformes et ne virent pas beaucoup plus loin que leurs intérêts immédiats.
Rien ne sortit de cette première assemblée et une seconde ne fit pas mieux.
Les ministres des finances qui se succédèrent, LOMÉNIE de Brienne, CALONNE puis NECKER proposèrent des réformes, aucune n’aboutire
La convocation des états généraux devenait une évidence . Après maintes reculades le grand jour fut décidé pour le 5 mai 1789.

Nos paysans de Dun avaient- ils la prescience d’un tel mouvement, que savaient- ils de la crise financière ? Probablement rien, le roi était loin et on ne connaissait sa silhouette que grâce au revers des pièces . La libre circulation des farines ne les avait guère affectée et tout se déroulait au village comme les décennie précédentes.

La nouvelle de la convocation des états généraux ne bouscula guère la famille TRÉMEAU, aucun ne savait lire ni écrire et ils ne participèrent donc pas à la rédaction des cahiers de doléance. Ils ne participèrent pas non plus à l’élection des députés

Les états généraux commencèrent donc, les événements se précipitèrent, les choses n’allèrent pas dans le sens de la royauté .
L’assemblée réunie pour trouver une solution à la crise économique, voulut se prévaloir d’une ambition politique. Les députés restaient dans l’immense majorité des royalistes convaincus ,mais avec une dose de contrôle parlementaire, à l’anglaise.

La révolte parlementaire se transforma en émeute les 13 et 14 juillet
L’écroulement de l’édifice social ne les atteint qu’avec du retard, François l’aîné ne comprenait rien à ces histoires de députés frondeurs, Jean Louis plus réceptif s’inquiétait pour les biens . François plus jeune s’enflammait et discutait de longues heures au cabaret.
Un soir de juillet alors qu’il se trouvait au champs avec les siens, il entendit le tocsin. Il se précipita au village et apprit qu’une troupe de brigands se dirigeait vers Dun pour y massacrer la population. C’était absurde mais tout le monde s’enflamma et personne ne mit en doute l’information.
Les ondulations de la grande peur arrivaient dans le Morvan.

François et ses compères prirent les armes pour se défendre et décidèrent d’aller à la rencontre des brigands. Évidement, ils n’en rencontrèrent pas car ici comme ailleurs aucun complot n’existait pour massacrer la population.
Les paysans de Dun ne brûlèrent aucun château mais s’en prirent à un malheureux receveur des tailles qui avait eut la malencontreuse idée de voyager avec son épouse par ces temps troublés. Tout le monde était énervé et fort aviné, l’affaire se présentait mal pour le collecteur d’impôt.
Certains paysans voulurent mettre une tête à leur pique et d’autres trousser la belle bourgeoise. Heureusement pour la vertu de la dame et pour la tête du monsieur, le curé de Dun alerté, arrangea l’affaire. La robe de la dame fut seulement froissée et seul un sein apparut dans la bousculade , le receveur reçut une correction mais repartit vers Vezelay avec son chef sur les épaules.
Ce fut la seule manifestation de la grande peur.
François l’aîné et Jean Louis haussèrent les épaules devant les exploits du petit.

A Paris, la Bastille, symbole d’un pouvoir royal honnis était tombée et la royauté  mise sous tutelle des avocats de l’assemblée nationale constituante.

Au cours d’une nuit de folie les nobles s’étaient départis de leurs privilèges, puis les choses avaient suivi leur cours. On pouvait penser que la situation allait se stabiliser et qu’une monarchie constitutionnelle verrait le jour .C ‘était sans compter sur les forces en présence..
En octobre le peuple parisien, de nouveau insurgé? enleva le roi et sa famille pour les conduire à Paris . Le roi n’était plus libre.

Les députés cherchaient des solutions et se disputaient le pouvoir, les paysans avaient leurs travaux à effectuer et notre François cherchait une femme.

Il la rencontra le 14 juillet 1790, jour ou les jeunes s’étaient rassemblés pour fêter la prise de la Bastille. Journée fédératrice ou les paysans dansèrent et dressèrent un arbre de la liberté sur la place de Dun. Tout le monde était heureux. François courtisa une jeune femme du village de Montsauche et audacieux lui vola même un baiser

Les choses allèrent lentement, François le dimanche après la messe allait compter fleurette à sa conquête.
Ils décidèrent de se marier et eurent le consentement des parents. Alors commencèrent de longues tractations entre laboureurs avides.
Les TRAMEAU et les LORIOT n’arrivaient pas à se mettre d’accord
Les tractations furent mêmes rompues car en cette période troublée, les paysans tentèrent d’acquérir des lots de terre venant des biens du clergé mis en vente pour éponger la dette nationale.
Évidemment les meilleurs lots allèrent aux gros laboureurs, aux fermiers et aux bourgeois des villes. Les petits réussirent néanmoins à récupérer quelques parcelles. Le mariage de François et de Françoise tardait à venir tant leurs parents respectifs voulaient arrondir leurs biens.

C’est aussi à cette époque que François prit l’habitude d’aller se louer dans les grandes fermes céréalières de la Brie.
Ils partaient en groupes, les chemins n’étaient point sûrs, d’autant que la situation politique Française ne s’améliorait guère.
A l’assemblée nationale constituante s’était substituée une assemblée législative, puis une assemblée appelée : convention nationale.
Les luttes d’influence entre monarchistes tenant de l’absolutisme, les monarchistes constitutionnels et les républicains redoublaient de violence.
L’année 1792 vit l’ effondrement de la royauté et les débuts d’une guerre Européenne qui ne s’arrêtera que 23 ans plus tard.

Aux luttes entre les monarchistes se substituèrent les luttes entre républicains.
Girondins et montagnards se combattaient au sein d’une assemblée tremblante.

Les extrémistes arrivèrent au pouvoir et avec eux le règne de la terreur.
Chacun était menacé, tout le monde se méfiait de son voisin.
La famille royale fut décimée.

En novembre 1794 le patriarche remit son âme à dieu, il reçut les saints sacrements des mains d’un prêtre jureur, cela ne fit pas plaisir à son épouse mais un sacrement restait un sacrement. Il s’était éteint en présence de son fils aîné Jean Louis et de Louis son plus jeune. Pierre LEGER, le maire du village était venu au Bornoux pour constater le décès. Il dressa l’acte aussitôt .

C’était la fin d’une époque, c’est lui qui avait déplacé sa famille de Bazoches sur Dun . Jean Louis devint chef de famille, mais il n’avait pas l’aura de son père.
François fit donc comme il l’entendait et se maria avec sa Françoise.
A la tête de l’ état, les choses avaient également évolué, la terreur avait cessé avec la mort de Robespierre. La convention thermidorienne avait prit le pouvoir.

A Dun les choses ne changeaient guère, le vent de la liberté n’avait pas beaucoup soufflé dans la direction des paysans et les fruits de la vente des biens nationaux ne leurs apportèrent que très peu .

Chez Jean Louis petit laboureur au hameau de Parc, la situation était la même qu’avant la révolution, peu de liquidité, la vie au jour le jour. Ce n’était certes pas la misère, mais l’exploitation était petite et son fils François se louait donc et migrait à la belle période. Louis le cadet suffisait à aider son père.

La vie du foyer de François fut donc rythmer par cette migration, il avait bien proposé à sa femme de s’installer en Seine et Marne mais rien n’y fit, jamais elle ne céda. Les départs furent douloureux mais à chaque retrouvaille ils retrouvaient l’ardeur amoureuse des débuts de leur union.

Ils attendirent quand même longtemps avant d’avoir un petit. Ce dernier arriva en février 1802. On le nomma Jean Louis comme son grand père.

La révolution était terminée depuis longtemps, les thermidoriens après avoir gouvernés presque 5 ans s’en étaient retournés à l’anonymat.

La France était exsangue économiquement, mais la gloire d’un petit général avait rejailli sur elle.

L’Italie retentissait du bruit de ses bottes et de sa gloire et L’Autriche marquait le pas. Éloigné en Égypte, il en revint vaincu mais couvert de gloire.

Son sabre balaya les avocaillons, il prit le pouvoir.

Une nouvelle campagne foudroyante et les autrichiens plièrent à nouveau. Les Anglais esseulés , signèrent la paix

Le grand Bonaparte eut quelques années de tranquillité pour construire la France.

Jean -Louis l’aîné, ne côtoya guère le petit Jean Louis, il décéda entouré des siens en 1803.

Les terres qui appartenaient à Jean Louis et à sa femme Marguerite allèrent à Louis TRAMEAU.
François né de la première femme de Jean Louis , fut écarté du partage des terres et n’eut qu’une maigre compensation.
Le droit d’aînesse n’existait plus.
La propriété ne le retenait plus dans la région et ses séjours en Seine et Marne s’allongeaient
Le couple eut une fille en 1805, ils la nommèrent Marie.

Il est à noter que lors de l’arrivée de François TRÉMEAU à Dun les Places l’orthographe de notre nom commença sa mutation vers notre orthographe actuel, le É se transformant en A.

François né à Dun en 1769 se nomma TRAMEAU, mauvaise compréhension du curé, faute d’écriture ou accent différent de Bazoche à Dun ?

Chronique familiale, épisode 4, la vie de François, 1721 1794

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Musicien, milieu  18 ème siècle, registre paroissial Neufontaine

FRANÇOIS

1721 – 1794

Onze ans et déjà orphelin, le cas n’était évidement pas rare en ce siècle encore dur, son oncle Jean accueillit son neveu par devoir, il prit aussi avec lui Marie âgée de trois ans.
La petite Jeanne resta chez une cousine qui venait de mettre au monde un petit garçon, elle fut nourrie aux seins avec son petit cousin.
La famille de son oncle n’était plus très grande car les aînés étaient partis et seule restait Gabrielle, belle femme de 24 ans qui n’avait encore pas trouvé de mari et qui surtout remplaçait la maîtresse de maison disparut depuis plusieurs années.
Elle prit rapidement François en affection et lui prodigua un peu de tendresse entre les bourrades de l’oncle Jean. Elle fut aussi une mère pour la petite Marie.
François devint en grandissant un fort paysan, il était également fort précoce et courait toutes les paysannes du coin, fort assidu à zyeuter sa cousine, la promiscuité dans la petite maison facilitait cela.
François avec une grande malice, aimait à se glisser dans le lit de Gabrielle pendant que son oncle dormait du sommeil du juste. La vierge cousine de presque 30 ans devait se faire violence pour résister à l’impétuosité de François. Elle devait souvent lui céder la vision ou le toucher d’un sein, voir même l’esquisse d’une caresse moins anodine. Mais l’effronté adolescent n’eut pas la fleur de sa cousine et resta puceau jusqu’à son mariage.

Le 9 avril 1743 les cloches de l’église sonnaient le glas pour Jean Chesne, le mort entouré de son seul linceul était brinquebalé sur la charrette tirée par le seul cheval que possédait le défunt.
Au rythme lent de la haquenée suivaient la veuve et les enfants ainsi qu’une nombreuse parentelle.

Marie avait revêtu ses plus beaux habits pour suivre la dépouille de l’homme qui avait partagé sa vie une quinzaine d’années, encore très belle malgré ses 38 ans et ses 3 grossesses .

Deux fils survivants étaient de la procession, les deux enfants âgés de 13 et 8 ans éprouvaient une grande tristesse à voir partir leur père. Marie tout en suivant avec regret son défunt mari avait déjà d’autres préoccupations en tête. Elle écouta le sermon du curé, porta en terre son homme et recueillit tous les vœux de l’assistance avec ferveur et humilité .

Comme Marie elle même, tout le village se demandait qui allait prendre la place dans la couche chaude de Jean Chesne.

En cette époque le veuvage n’était jamais très long, Marie en héritière de son mari avait quelques biens et surtout possédait une charrue et 2 chevaux, instrument aratoire qu’elle avait en biens propres. Sa maison également bien pourvue en bancs, coffres, lits, armoires et tables, attisait les convoitises.

Son mari avait pris en fermage les terres de Jean Madelenet, conseillé du roi et ancien président de l’élection de Vezelay.

En terme clair, il fallait que Marie trouve un homme au plus vite pour assurer le fermage, ses propres enfants étant beaucoup trop jeunes.

L’idéal eut été un laboureur avec son capital qui aurait permis d’étendre les biens et de satisfaire l’ambition de Marie.

Oui mais voilà, de laboureur point de disponible dans la vallée, le temps pressait, Marie fit le tour des hommes  et n’en vit aucun qui puisse faire l’affaire.

Pourtant à Montjoumé il y en avait un homme avisé qui avait une solution pour Marie.
L’oncle Jean se mit en marche pour Champignol le haut, distant de quelques kilomètres de son domicile. Tout en marchant, il réfléchissait et ressassait les propos qu’il allait tenir à Marie Bouriou.

Il trouva cette dernière devant chez elle à talocher une jeune domestique qui lui avait manqué de respect. Cela troubla Jean.
Marie qui connaissait fort bien l’ensemble de la fratrie Trémeau, ces séculaires tuiliers, se douta rapidement que le chef de la famille n’était pas venu pour se promener et effectuer une visite courtoise.

Jean tout de go lui proposa son neveu François comme mari, la veuve eut comme premier réflexe d’éclater de rire, elle connaissait évidement le prétendant.

Orphelin, sans le sou et de surcroît beaucoup trop jeune pour elle François ne correspondait vraiment pas.
Jean s’attendant à une telle réponse lui exposa au contraire les avantages.
François est travailleur, jeune et sans attache, il ne portera pas ombrage à l’héritage des fils de Marie dont il ne pourra prétendre. Jean s’engage également à lui fournir un petit pécule, certes bien léger aux yeux de Marie mais quand même substantiel.
Marie réfléchissait très vite, avec un tel parti, elle resterait chef du ménage et aurait un jeune homme dans son lit.
Elle offrit un coup à boire à Jean, ce qui était bon signe.
Elle réfléchirait et consulterait sa famille.
La proposition serait quand même dure à annoncer à l’entourage, François avait 22 ans et elle en avait 38.

La réponse parvint rapidement à Jean, elle était positive, seulement voila le principal intéressé n’avait pas été consulté.
Quand Jean annonça à son neveu qu’il allait prendre femme, rapidement, les yeux de François brillèrent. Puis vint la douche froide, Marie Bouriou, la veuve qui pourrait être sa mère, la vieille femme de presque 40 ans d’une dureté incroyable avec ses manouvriers, âpre au gain et réputée bigote. Non jamais, fut la première réponse, Jean ordonna à son neveu de l’écouter et énuméra les biens potentiels de la Marie.
Les explications de Jean se firent ordre et François se retrouva rapidement en habits de dimanche devant sa future. Il fut très impressionné et ne balbutia que quelques mots.
Marie était encore très présentable, le visage où seuls quelques départs de rides venaient troublés la beauté, couronnait un buste impérial avec des seins généreux.
Les yeux bleus azur troublaient à coup sur tous les hommes qu’elle croisait et François ne pouvait s’en détacher.

Les choses furent rondement menées, le 1er mai, le 5 mai et le 12 mai 1743 les 3 bans furent publiés

La nouvelle avait surpris, les femmes étaient outrées d’un remariage si rapide, le curé avait tiqué un peu mais une belle offrande l’avait calmé.

Les plus jeunes tout en se moquant étaient un peu jaloux de François, il était jeune et en ces années les hommes restaient chastes jusqu’à leur mariage qui intervenait souvent vers 30 ans.
Les femmes restaient également prudes jusqu’à leur nuit de noce.
La sexualité n’était certes pas absente, les baisers, les caresses genre maraichinage devaient s’échanger.

Le village était donc assez courroucé de ce mariage arrangé contre nature. Les jeunes se réjouissaient par avance du charivari et les mégères se délectaient du futur tour de la Marie sur son âne.

Le mariage eut donc lieu le lundi 10 juin 1743 , soit 2 mois après le décès de son premier mari.
Il y avait du monde à l’église, preuve de l’acceptation familiale.
Du coté de la mariée, Pierre Chesnes laboureur dans la commune d’Empury père de son défunt mari, Léonard Chesnes frère du défunt également laboureur , Edmé Chesnes manouvrier oncle du défunt et bien sur Pierre et Jean les enfants . Le cousinage était également présent , Claude et François Doux laboureurs à Pouques et à Vassy. Mais la fierté de Marie était la présence de Jean Madelenet conseillé du roi et ancien président de l’élection de Vezelay qui demeurant à Auxerre avait dénié se déplacer. Honneur infime pour la Marie et sa parentelle. François lui avait simplement ses frères, Pierre et Jean son grand père maternel le vieux Blandin et ses sœurs . Un ami de la mariée Eustache Bonoran charpentier à Bazoches, Jean Madelenet et le curé de la paroisse François Guignebert signèrent l’acte.

Le repas de noce fut copieux et arrosé et les convives dansèrent au son des fifres et des violons.

L’ensemble de la noce se retira et les mariés s’apprêtaient à se retirer dans leur couche quand ils entendirent un tintamarre d’enfer et qu’ils virent une bande de jeunes paysans s’approcher de la demeure.
Le fameux charivari organisé par la jeunesse du canton pour signaler l’incongruité de cette union. La bande d’énervés tapait sur des chaudrons et des gamelles en vociférant des grossièretés.
L’un d’eux traînait un âne et se promettait d’y faire monter la Marie de force. La tradition voulait que les mariés mal assortis montent sur un âne ,la femme devant dans le sens de la marche et le mari derrière dans le sens contraire et qu’ils soient trimbalés à la risée de tous dans le village. Mais la Marie Bouriou était un personnage et employait un bon nombre des jeunes perturbateurs, ils se laissèrent donc acheter par un bon coup et abandonnèrent la place en reprenant le charivari en sens inverse. L’honneur était sauf, la tradition villageoise respectée et la nuit de noce pouvait commencer.

A vrai dire ce fut Marie qui pris l’initiative, son expérience lui permettait de ne pas être inquiète. François était un empoté mais il fut vigoureux et la nuit très courte.

Dès le lendemain tout le monde était au travail.

François s’aperçût très vite que sa femme Marie n’entendait pas se départir de la gestion de la ferme, elle avait du caractère et lui se trouvait comme une sorte de prince consort.

Sauf pour son orgueil la situation avait du bon, la soupe était bonne, du lard était souvent rajouté et la vieille veuve , comme continuait à l’appeler les villageois retrouvait dans les bras du jeune François une jeunesse que l’on perdait rapidement en ces temps difficiles.
François acquit assez rapidement de l’expérience et son ascendant commença à se faire sentir, les manouvriers et les petits employés de ferme commençaient en s’en méfier. Il devint rapidement un bon laboureur, mais était considéré comme dur. Dans son ménage la situation avait également changée, dans les premier temps, Marie le dominait de son expérience de femme, mais vint le temps ou François devint un homme mur. Les exigences de François se devaient d’être honorées pour éviter coups et hurlements.
Marie malgré sa quarantaine tomba enceinte.
François exultait, le petit naquit le 17 janvier 1745 dans la ferme de Champignol le haut, il fut nommé Jean Louis.
Pour preuve de leur position, l’enfant eut comme parrain Jean Madelenet représenté par Léonard Chesnes laboureur à Empury et beau frère de Marie, la marraine fut Damoiselle Marguerite Renaudot bourgeoise demeurant à Champignol.
La pérennité de sa dynastie le comblait. Mais les problèmes étaient multiples, tout d’abord François s ‘accrochait souvent avec le fils aîné de Marie et les coups qu’il lui assénait, engendraient chez le jeune garçon une solide inimitié envers son beau père. Sa belle famille, posait aussi des problèmes, laboureurs depuis de nombreuses générations, ils n’avaient accepté ce rejeton de tuilier comme un pis allé en attendant que les enfants de Jean Chesnes reprennent les rênes du matériel agricole. Les tensions étaient donc vives. Marie au dessus de la mêlée savait calmer les antagonismes. François dans la couche de sa femme s’apaisait et dans la chaleur du corps de Marie oubliait ses déboires.
L’harmonie semblait enfin régner . François en vieillissant faisait la part des choses et les enfants de Marie acceptaient enfin leur beau père.

Les 3 demi frères s’entendaient à merveille et les 2 ainés avaient pris les 2 petits sous leur coupe.

Par contre Marie avait considérablement vieillie, amaigrie elle avait perdu ses formes avantageuses. Au printemps 1756, une épidémie de typhoïde balaya la région, le 14 avril elle y succomba.

François était atterré, son édifice social s’effondrait, comme prévu tacitement il devait abandonner le fermage au fils aîné de Marie ce qu’il fit sans rechigner, parole de paysan.

Il était tout de même moins pauvre qu’avant son mariage et nanti d’un petit bien il décida de tenter sa chance à une dizaine de kilomètres à l’est dans le village de Dun les Places ou il savait qu’on recherchait des manouvriers.

Il quitta donc sa vallée avec son fils et se fit embaucher au Bornoux un hameau isolé dépendant du village de Dun.

Il ne tarda pas à y rencontrer une femme qui heureux hasard se nommait aussi Marie.
La similitude ne s’arrêta pas au prénom, car elle était aussi veuve, aussi mère de famille et aussi laboureur.
Le besoin d’un mari ne s’était pas fait ressentir de la même façon chez les 2 Maries, car la veuve Lazardeux avait perdu son mari depuis 5 ans et n’avait jamais ressenti le besoin de refaire sa vie.
Mais le rusé François sut lui faire une cour acharnée et vint à bout de la résistance de la dame un beau soir dans l’étable attenante à la maison de Marie.
Troussée comme une servante, notre veuve retrouva une énergie de jeune biche et leva jupons à chaque apparition de son galant.
La fréquence des rapports devenait gênant pour la réputation jusqu’à là sans tache de Marie.
Mais le fait d’être surprise un jour par sa voisine le cul nul lutiné par un de ses manouvriers, lui fit prendre conscience quand plus de la honte qu’elle avait ressentie, il lui fallait régulariser une situation avant une catastrophe encore possible à son âge.
Mais la voisine, pipelette invétérée raconta avec force détails les ébats des 2 amants.
Les paysans goguenards agrémentaient chaque passage de Marie de propos salaces.
Le curé Coulon prêtre de la paroisse insista lourdement à la messe sur les dangers de la fornication hors mariage. Marie proposa donc une union à François, ce dernier y mit des conditions pour ne pas faire son baluchon si un autre veuvage lui arrivait.

Le mariage eut donc lieu le 14 juin 1757, Marie avait 43 ans et lui 36 ans. Il était coutumier des femmes plus vieilles et de surcroît sa nouvelle Marie était mère de 3 enfants. François s’installa donc chez Marie avec son fils. Tout le monde trouva sa place même si les désagréments d’une trop grande promiscuité se firent sentir.

François redevint laboureur, la terre était la même, les habitudes aussi.
Huit mois à peine après le mariage vint au monde des jumelles, elles furent prénommées Agathe et Claude. Les deux petites s’agrippèrent à la vie et chose étonnante réussirent à passer le cap des premiers mois de leur existence.
Il y avait six enfants à la maison et malgré la relative aisance du couple, la vie était difficile.

Les années passèrent, un des fils de Marie se maria et fonda une nouvelle famille, il resta au Bornoux et travaillait de concert avec son beau père François .

Puis ce fut le tour de Jean Louis qui se maria avec une fille de laboureur du hameau du Parc.

Mais il ne fut pas dit que François vieillirait avec la même femme , Marie mourut le 12 juillet 1769, elle n’avait que 55 ans, une forte fièvre la terrassa et la mort survint au bout de quelques jours.

Mais notre François n’était pas homme à rester veuf, quelques mois après le décès de Marie, il remarqua une jeune manouvrière de 34 ans et lui fit une cour assidue.

Il fut persuasif et Françoise Joyot accepta de convoler avec notre veuf.

Cette dernière n’était pas veuve, n’avait pas d’enfant et n’avait jamais eu de galant. Elle, qui jusqu’à présent n’avait pas eu beaucoup de chance, fut transfigurée par le bonheur. D’un physique quelconque il émana d’elle une beauté que son entourage remarqua avec stupéfaction.
François en la regardant, bouillait d’impatience de la posséder.

Les noces arrivèrent très vite et le 20 février 1770 devant une assistance nombreuse le curé LAaproye bénit François et Françoise.

François eut le plaisir de revoir son frère Jean, témoin de son passé à Bazoches en Morvan.

De cette union naquirent 4 enfants, qui firent souche à Dun les places.

Mais rappelons nous que François avait eu de sa première femme un fils nommé Jean louis

 

chateau bazoche

Chateau de Bazoche

Nièvre 58

CHRONIQUE FAMILIALE 2 : Les origines Léonard TRÉMEAU 1604 – 1689 (Lire chronique familiale 1 )

Eglise-bazoches

Plongeant ses mains dans l’argile aussi sûrement que ses racines plongeaient dans la terre de Bazoches, Léonard Trémeau méditait en silence, la labeur était rude, le soleil au zénith rendait la tache difficile. Les femmes et les enfants se relayaient pour garder la terre humide afin que les hommes puissent œuvrer au façonnage. Gestes répétitifs mille fois reproduits, Leonard et les siens penchés sur la  »marche » prenaient de l’argile humide pour la mettre dans un moule sablé afin de former une tuile rectangulaire. Il fallait se hâter de terminer, le four était déjà en chauffe .

Chez les Trémeau tout le monde était tuilier, Léonard avait appris le travail de son père et de ses oncles et il transmettait son savoir à ses fils Pierre et Jean. Le filon d’argile ou était installé la tuilerie se trouvait au hameau de Montjoumé, placé en lisière de la foret de Bazoche, le long de l’antique voie romaine qui menait d’Auxerre à Autun .

Depuis des temps immémoriaux des tuilerie et des poteries étaient installées à Montjoumé. Les habitants lors du pierrage trouvaient encore des morceaux d’amphores, de plat ,d’écuelles ou de tuiles identifiée par une marque d’origine de l’époque Gallo romaine

La basilique de Vezelay a été construite avec de la chaux et des tuiles de Montjoumé ainsi que d’ailleurs la plus grande partie des édifices médiévaux de la région.

Le château de Bazoche et celui de Vauban n’en font d’ailleurs pas exception.

Les gisements d’argile et la proximité de la forêt firent de la commune de Bazoche un petit marché ou se vendaient aussi bien des produits en fer forgé et des poteries que du vin récolté sur les coteaux avoisinants .

Le sanctuaire de Vezelay devint après le transfert des restes de Sainte Madeleine un lieu de pèlerinage fort fréquenté et la région de Bazoches fut parsemée de chapelles dédiées le plus souvent à Saint Léonard.

Les trémeau étaient ils à Bazoches depuis l’époque romaine ou furent ils attirés par la perspective d’un travail assuré lors de la construction de Vezelay ?

Léonard n’en savait absolument rien, la mémoire familiale n’allant pas si loin.

Mais une chose lui était sure, le sang et la sueur des Trémeau baignaient la vallée de Bazoches.

village de bazoches

Le hameau de Montjoumé se trouve en lisière du bois de Bazoches au nord du village

Il s’était marié vers les années 1630 avec Paulette Monin.

Respectant les règles de l’endogamie professionnelle et géographique il avait pris femme dans une famille de tuilier, de Champignol le bas un petit hameau de Bazoches. Il avait 27 ans et Paulette 25.

Il se souvenait même d’avoir aperçu le roi Henri alors qu’il avait accompagné son père à une foire dans la ville d’Autun.

Ils travaillaient tous deux , lui à la tuilerie et aux gros travaux agricoles et elle s’occupait des bêtes.

La majorité des tuiliers possédait un lopin de terre et quelques animaux.

Léonard avait la chance de posséder un bœuf qui lui servait pour le foulage de l’argile et pour les travaux des champs. Ils vivaient en autarcie.

La vie était rude, le cens , le champart, la taille, et la dîme pesaient lourdement sur les ménages. Les tuiliers moins soumis aux aléas sur les cultures arrivaient les bonnes années à améliorer leur ordinaire par quelques piécettes.

Les tuiles que façonnaient Léonard étaient déjà vendues au château pour la réfection de l’une des tours d’angle

En 1653 Paulette se retrouva enceinte, elle avait 50 ans . S’apercevant trop tard de sa grossesse elle ne put avoir recours à une faiseuse d’ange et accoucha d’un magnifique garçon. Ils le nommèrent Pierre, prénom très usité dans la famille.

De léonard et de Paulette il ne restait qu’un fils vivant, appelé Jean le père vit donc arriver cet enfant de la providence avec satisfaction.

Les années passèrent, le règne de Louis le Grand se poursuivait dans les fastes de Versailles et Léonard se courbait chaque jour d’avantage.

Il lui arrivait de croiser le seigneur du lieu, le grand Vauban qui entre deux sièges venait se ressourcer en son château de Bazoches et ou il écrivait ses traités de Poliorcétique. Léonard se découvrait comme il se doit et parfois le maître adressait quelques mots au tuilier. Ce seigneur n’était ni mieux ni pire que les autres et la perception de ses droits se faisait sans barguigner

Dans les campagnes, les fils succédaient au père, la famille Trémeau ne faisait pas exception et Pierre et Jean poursuivaient le labeur ancestral.

Léonard et Paulette eurent le bonheur de voir leurs deux fils se marier avec deux sœurs, Claudine et Pierrette Landonneau et de voir arriver beaucoup de petits enfants.

L’aïeule partit en premier à l’age vénérable de 80 ans, l’existence de Léonard se prolongea 6 ans, il s’écroula au pied d’un four en 1689 à l’age canonique de 85 ans

Mais en cette fin de siècle les affaires périclitaient et Jean avec sa famille dut partir s’installer sur la commune d’Asnières sous Bois ou bien sur il exerça son métier de tuilier.

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Arbre généalogique complet : http://www.geneanet.org/profil/tramchat/Pascal-Tramaux