LA VIE TUMULTUEUSE DE VICTORINE TONDU, Épisode 8, le Morvandiau

Puisqu’il faut en venir là, autant que je vous raconte, un jour où il y avait marché sur la place je passais avec ma panière des chevaux. Vincent Couillard le maréchal Ferrant était un ami et disons le m’avait serrée de bien près, il s’échinait sur la patte d’un canasson sous l’œil expert de deux hommes.

L’un se nommait Fernand et il me semble qu’il habitait depuis peu à Mormant, l’autre se nommait Jean Charles. Moi qui ne faisait guère comme les autres je posais mon fardeau pour bavarder un peu , cela ne se faisait pas une jeune fille ne devait pas être aussi entreprenante. J’en avais fait d’autres, alors vous pensez que ce simple babillage avec des hommes dans ce haut lieu de discussions viriles ne me gênais nullement.

Le Jean Charles se proposa pour porter mon fardeau, il était mignon et moi j’adorais se genre de prévenance. Mon prince charmant n’était qu’un journalier fils d’un morvandiaux exilé en terre de Brie, ce n’est pas le genre d’homme que je recherchais alors quand il me demanda de l’accompagner à une fête sur Argentières j’hésitais un peu.

J’étais partagée, ce gars ne correspondait guère à ma soif d’évasion, mais d’un autre coté il était d’un physique avantageux, un peu plus grand que la moyenne, blond, les yeux bleus, la bouche bien dessinée, des dents présentes et encore bien blanches, un visage rond avec toutefois un nez un peu épaté. Musclé par les travaux de la terre, il était à n’en point douter un appât affriolant pour les filles à marier de la région de Mormant. Il n’en restait pas moins qu’il était pauvre comme job, qu’il ne connaissait de la vie que les champs et qu’il bredouillait chaque fois que je lui parlais ou que je le regardais, son teint plutôt pâle se paraît aussitôt des couleurs de la pivoine.

Je n’eus pas à regretter son invitation, il dansait très bien et toute l’après midi il me fit virevolter, je me suis amusée comme une petite folle et il faut aussi que je l’avoue à chaque fois que Jean Charles me frôlait je devenais bizarre, alanguie, une bouffée de chaleur me montait. Je ne sais si il ressentait la même chose, mais moi à ce moment je me sentais seule au monde avec lui, il aurait pu me déshabiller, me mettre nue devant tout le monde et me prendre je ne m’en serais pas défendue.

Le soir épuisé il fit la route avec moi pour me raccompagner, cela valait bien un baiser, le premier arriva au niveau du château de Beauvoir, puis nous fîmes une nouvelle station vers la ferme de Courgossons. Le rapprochement se fit plus intime, c’est à ce moment que je me suis aperçue qui si moi j’avais des picotements au ventre, mon nouvel amoureux montrait aussi une joie démonstrative.

Ce fut tout ce que j’accordais à mon danseur, il fit demi tour et rentra je ne tenais pas à ce que tout Mormant sache que la lingère de Provins fréquentait un fils Trameau.

Les semaines passèrent, nous nous fréquentions et tout le monde le savait, Jean Charles avait son frère Ferdinand qui habitait sur la commune, alors lui et Isabelle sa femme nous fournissaient parfois un abri commode pour cacher notre amour.

Car figurez vous que les lieux où nous pouvions nous guignoter à loisir n’étaient pas légion, les bois autour de Mormant étaient faméliques et la plaine dévorante d’espace ne nous offrait rien pour cacher nos futures effusions.

C’est encore moi qui un jour pris les choses en mains, maman et mon frère étaient partis sur Verneuil pour rencontrer un tonnelier qui peut être embaucherait mon frère. J’entraînais donc le Jean vers mon humble logis et plus particulièrement vers ma couche. Mon dieu quel grand niais, paralysé, immobile comme une vieille souche, assit à m’observer béatement. Il fallut que je me mette à l’ouvrage et j’offris à sa vue mes deux seins blancs en envoyant en l’air mon caraco et ma chemise.

Ronds, fermes,durs, dressés, le téton pointant fièrement, mes appâts le sortirent de sa torpeur. Avant que de lui dévoiler le reste je l’aidais à se mettre à nu, dans la pénombre de la pièce mon dieu ce qu’il était beau et qu’il donnait envie. Enfin doucement pour l’agacer je fis tomber ma robe, ma cambrure de dos lui apparut. Je pense que son expérience des femmes était nulle, lorsque je me retournais la vision de ma belle toison de soie noire faillit lui faire jaillir sa joie un peu précipitamment.

Fini ces longs préliminaires, je chevauchais mon vierge amant et sus irrévocablement que cet homme serait mon mari et que j’en ferais ce que je voudrais. Pour sur en essuyant le produit de sa sollicitude sur mon joli tapis crépu et en le voyant dormir comme repu je ne savais pas que je me trompais lourdement sur le personnage.

LA VIE TUMULTUEUSE DE VICTORINE TONDU, Épisode 7, à la recherche du prince charmant

Brinquebalés sur notre charrette nous arrivâmes, mon dieu quelle déception, Mormant était un gros bourg rural, rien n’y était intéressant , des maisons briardes en pierres meulières, des toits faits de petites tuiles carrées rouges. Subsistaient mêmes quelques maisons à toit de chaume qui appartenant à un passé révolu. Les tas de fumiers se trouvaient encore sur le pas des portes, les cochons et les volailles y vagabondaient sans vergogne. L’église était toutefois très belle mais sans commune mesure avec Saint Ayoul. J’avais aperçu en arrivant un château qui s’avéra se nommer les Bisseaux, peut être y verrais je de beaux cavaliers.

En attendant nous logeâmes rue de Paris, toujours pas trace de l’amant pour qui nous déménagions. Ma mère ne s’attarda pas sur ce sujet scabreux, son amoureux était marié et à part quelques joutes, ne lui avait d’ailleurs rien promis.

Je passerais sur notre habitat qui n’était pas mieux ni plus mal que celui de notre vétuste appartement Provinois. Seul l’environnement changeait, la route qui menait à la capitale passait devant nos fenêtres. Des charrettes passaient sans cesse pour ravitailler la grande ville, des diligences amenaient des voyageurs et au relais changeaient de chevaux. La malle poste en un éclair toujours pressée filait le long de la voie royale et des convois de militaires transitaient par le village.

Moi attirée par l’aventure je baillais d’aise en voyant toute cette transhumance, je me voyais emmener en croupe par un cavalier et oui je n’étais pas guérie et je serais bien montée au hasard sur une voiture qui m’aurait mener dans les méandres de Paris.

Je trouvais bientôt à travailler comme lingère, mais le ru d’Avon n’était pas la Voulzie et l’ambiance chatoyante des gouailleuses Provinoises me manqua rapidement.

Maman se loua dans les fermes et se donna à son amant marié, elle prenait des risques conséquents car la société n’était point tendre avec les voleuses de mari, lui ma fois si il ne fautait pas au domicile conjugal ne risquait qu’une dispute avec sa légitime. Ma mère risquait l’opprobre et la prison d’autant que Mormant n’avait pas le caractère intime de la grande ville. Tout se savait et tout se voyait.

Mon frère se fit donc tonnelier, il aimait cela et devint rapidement très doué il se promettait de devenir patron pour que nous les femmes nous n’ayons plus à travailler, quelle belle attention mais en attendant il nous fallait trimer.

Moi je ne voulais pas devenir paysanne, l’odeur des animaux me répugnait et le travail de la terre ne me fascinait pas plus. Le métier de lingère me convenait parfaitement, mais il me fallut déchanter à Mormant les paysannes lavaient leur linge et les clients ne se bousculaient pas. Je fus donc obligée de devenir comme les autres une domestique de ferme.

J’espérais simplement qu’une opportunité se ferait un jour et que je partirais à la ville, que je fusse accompagnée ou pas.

Je rêvais donc au prince charmant mais je n’étais guère entourée que de frustres paysans ou de voyageur pressés qui remontaient sur Paris. Il fallait pourtant que je me trouve un galant pour effacer le souvenir de ma défloration par trop décevante. Les fêtes ne manquaient guère et nous n ‘hésitions pas à marcher de longues heures pour aller danser, Guignes, Courpalay, Grandpuits étaient nos annexes dans la recherche du plaisir.

Maman qui avait fort à faire avec ses amours cachés me fichait une paix royale, j’avais dix sept ans et j’étais plus libre que l’air.

Imprudemment je butinais, j’embrassais les garçons à bouche que veux tu, je les aguichais et les provoquais. Un jour en revenant du hameau de Lady un garçon que j’avais chauffé au cours d’une danse me rattrapa, lui aussi ne fit guère preuve de tendresse mais visiblement il manquait d’expérience et sa précipitation juvénile lui fit manquer son objectif et tacher mon jupon. Contrit il me donna rendez vous pour le dimanche suivant en me jurant une meilleure contenance. La semaine suivante c’est un autre qui me fit tournoyer. N’allez pas croire que je me donnais facilement, contrairement à la réputation que je commençais à avoir. Non ce fut un valet du château qui m’initia aux joies et aux subtilités amoureuses. Confiante je me donnais à lui et je devins sa chose. Il me promettait monts et merveilles et surtout de me sortir de ma condition.

Vous parlez à force d’abuser des bonnes choses je me retrouvais avec un diablotin dans le ventre. Orpheline de père, fille d’une journalière adultère, âgée de dix sept ans enceinte d’un valet de ferme sans le sou vous parlez d’un changement de conditions. Je fus obligée de le dire à ma mère, et nous ne sûmes quoi faire, heureusement dame nature fit bien les choses, la graine mal accrochée tomba je fis une fausse couche. Cela me calma un peu et je me dis que le prochain devrait être mon mari.

LA VIE TUMULTUEUSE DE VICTORINE TONDU, Épisode 6, la fin d’une certaine jeunesse

Au risque de passer pour une fille de mauvaise vie, une catin des rues, une fille à soldats je me mis à chercher qui pourrait me délivrer de cette obsession. Ma tournure et mes manières firent que j’avais beaucoup de prétendants. Rien que dans mon immeuble, les deux Charles, ces jeunes puceaux prêts à jeter leur gourme se seraient bien dévoués. Le vieux Baudin aurait aussi bien pû aussi se proposer, toujours qu’il était à m’épier et à m’zyeuter. Mais je ne voulais pas d’un homme inexpérimenté ni d’un vieux pas très ragoutant. En fait je aperçus, que chaque homme avait la concupiscence nécessaire pour me donner ce que je recherchais.

J’avais pris l’habitude de traîner près du quartier de cavalerie rue de Changis, de vastes murs des grands bâtiments, deux guérites en bois peint et surtout de magnifiques montures, des bêtes superbes qui contrastaient avec les haridelles paysannes. Mais si j’appréciais de voir les chevaux, je n’avais que d’yeux pour leurs cavaliers, immenses, corsetés dans leur cuirasse, un casque empanaché d’un superbe plumet, fier de leur moustache cirée et mus par un sentiment de supériorité que leur donnait l’inclinaison guerrière que prenait le deuxième empire. Ces braves enfants qui servaient Napoléon le neveu pensaient en leur fort intérieur servir l’oncle. Des plaines de la Brie ils se voyaient bien dans les plaines d’Eylau, à fouler les betteraves sous les lazzis des fermiers ils leur semblaient avancer dans les blés de Wagram. A force d’user mes sabots sur les vieux pavés un jour un fringant officier m’adressa un simple sourire. Je n’étais sûrement pas de son monde mais peu m’importait je fus transportée bien au delà de ce que l’on imagine.

Mon cavalier flairant l’aubaine, un jour me proposa la promenade vers les prés du couvent des cordelières. Je n’étais pas peu fière, moi la pauvrette revêtue dans la fameuse robe, l’indigente, la lingère aux mains rougies de me promener avec ce militaire de haute taille. Connaissant l’âme humaine il me serra rapidement de près, j’étais à la fois consentante et à la fois prudente, mais jeunesse et envie se lièrent et j’acceptais de monter dans la chambre qu’il louait dans la grande rue dès notre troisième rendez vous.

Le brave soldat se révéla soudard, le cuirassier se fit hussard, sur de son fait de sa force et de ma niaise volonté. Il enleva la place sans coup férir, sans baiser, sans caresse, il me souleva ma robe me fit pencher sur une table branlante, une main froide et dure m’écarta les cuisses il se déculotta et sans plus de manière prit ma virginité, quelques allez et retours et il fut comblé d’aise,. Il décida pour moi et me congédia comme une ribaude. La différence était mon entière gratuité et le don que je lui avais fait de ma virginité. La chose était acquise cette fleur ne m’encombrerait plus et les fois prochaines je me jurais bien de diriger la danse. Ce fut encore une illusion mais dans la candeur de ses seize ans que ne pense t’ on…..

A quelques temps de là ma mère nous fit solennellement asseoir et nous avertit que nous allions quitter Provins. Je faillis tomber de ma chaise, ma vie me semblait t il, était ici et Victor le pensait également.

Les nouvelles s’enchaînaient, nous irions à Mormant.

Nous ne savions pas où ce village se trouvait mais nous avons compris que ma mère suivait un homme et que cet homme n’était autre que celui avec qui elle avait commerce.

On lui dit tout de go qu’il n’en était pas question et qu’on resterait ici, je me pris une gifle et on en resta là.

Le mois suivant je quittais une vie, mon lavoir de la Voulzie, ma ville haute couverte de vigne, mes beaux militaires en goguette et cette atmosphère indéfinissable qui émanait de cette antique cité.

Nous fîmes la route et au moment ou disparaissait les doubles silhouettes de l’église Saint Quiriace et de la tour César, je laissais couler des larmes. Je pleurais sur ma virginité laissée dans une sous pente de la grande rue, je pleurais sur mon enfance et sur ma jeunesse qui à jamais disparurent dans les brumes montantes des marais de la Voulzie et du Durtein.

LA VIE TUMULTUEUSE DE VICTORINE TONDU, Épisode 5, la blanchisseuse de la Voulzie

J’avais quoi quinze, seize ans, pas plus, lorsque je commençais mais je ne me plaignais pas d’autres travaillaient bien plus jeunes.

Avant de rincer dans la rivière il nous fallait bien le laver ce linge. Le travail était rude, le linge mouillé pesait lourd et la chaleur des cuviers l’été était  presque insupportable.

Nous allions chercher le linge chez les clients, dans des paniers ou des brouettes, j’aimais faire cela, nous étions au contact de différentes personnes, des bourgeois, des gros artisans et beaucoup de militaires. Moi avec ma jeunesse et mon jeune corps j’affolais les beaux messieurs et les tas de vêtements que je ramenais, étaient sans doute proportionnels à la rondeur de ma poitrine.

Le groupe de femme avec qui je travaillais,formait comme une communauté, une forte solidarité mais aussi une jalousie larvée entre certaines. Les engueulades étaient fréquentes et les crêpages de chignon aussi, une forte femme aux hanches démesurées, au cul proéminent et aux seins énormes faisait régner une sorte de terreur, elle voulait le meilleur emplacement et le linge le moins sale. Son langage imagé faisait rougir un charretier et chaque bonhomme qui passait dans la rue de l’autre coté de la rivière en prenait pour son grade. Nous savions nous que cette forte femelle qui tenait le pavé dans nos lavoirs se prenait des volées mémorables par son mari, un petit colporteur qui heureusement pour elle partait souvent pour vendre sa marchandise. Ses retours d’ailleurs outre les horions sur la face rougeaude de la mégère se marquaient d’une nouvelle grossesse.

Ce fut face à cette furie que je forgeais mon caractère, la première fois que je m’opposais à elle j’avais bien failli me retrouver le cul à l’air au milieu de toutes pour une fessée au battoir mais devant mon air résolu elle avait reculé en ricanant. Une autre fois elle avait tenté de me foutre à l’eau,mais une coalition de nouvelles l’en avait empêchée.

Peu à peu je pris ma place et elle me laissa enfin tranquille reportant sa haine sur une plus jeune et plus fragile que moi.

J’étais donc parfaitement heureuse dans ma jolie ville de Provins, ce que je gagnais en temps que lingère je le donnais à maman, ainsi le spectre de la misère s’éloignait un peu. Certes nous étions encore de pauvres hères car ma mère n’était pas forcément employée tous les jours surtout à la mauvaise saison. Mais un beau jour un événement modifia le cours des choses.

Il faisait beau ce jour là et avec mon panier je ramenais le linge chez une riche propriétaire du clos Notre Dame. Elle me fit entrer, tout respirait l’aisance, de beaux meubles, des miroirs, de doux tapis mais surtout de la lumière qui pénétrait par de vastes ouvertures, contraste évident entre mon taudis et ce beau palais. La brave dame pour faire œuvre de charité me donna une de ses vieilles robes. Pour elle rebut mais pour moi nippe de reine je reçus ce présent avec un bonheur non dissimulé.

Je repartais donc chez moi presque en courant pour montrer ma merveille à maman.

Ce n’était pas très loin, je montais les escaliers quatre à quatre et je pénétrais chez moi.

Mes yeux ne mirent que quelques minutes à visualiser la scène et mon cerveau mit je crois encore moins de temps pour comprendre.

Sur une chaise pendait négligemment un pantalon qui n’était pas celui de Victor, au sol une robe et un jupon froissé.

Sur le lit ma mère entièrement nue les jambes relevées muette de surprise. Un homme d’un age certain en chemise mais les fesses libres de tous oripeaux la besognait sans se rendre compte de ma présence. Elle le repoussa et le pauvre me vit enfin, mes yeux furent témoin de sa piteuse débandade. Il attrapa son pantalon pour couvrir sa nudité, mais moi j’avais déjà filé abandonnant ma belle robe que je me faisais plaisir à montrer.

De rage je montais à la ville haute pour y ruminer ma haine, la montée du trou au chat me calma un peu et à la porte de Jouy je m’asseyais et réfléchissais.

Ma mère recevait chez nous un homme, la question que me taraudait l’esprit, était ce une relation tarifée pour nous nourrir et nous vêtir où bien une relation normale avec un homme. Maman n’ayant d’ailleurs que trente neuf ans il était peut être normal qu’elle pratique ce genre d’activité.

Mais pourquoi ne s’était elle jamais remariée, la pratique était courante et elle était toute jeune lors de la mort de papa. Cela nous aurait épargné sans doute la honte de l’indigence et l’ignominie de se laisser prendre par quelques soudards en sabot qui toutes hontes bues laissaient qu’une maigre obole sur le ventre souillé de la jeune veuve.

Il faudrait bien qu’un jour elle m’explique ces choix mais bon je n’étais pas sensée savoir ces choses et une fille ne discutait pas de cela avec sa mère.

Le soir elle nous expliqua qu’elle voyait un homme depuis quelques temps, cela je le savais mais mon frère tomba des nues, qu’allait il se passer.

En fait rien, jamais plus je ne revis le bonhomme et de toutes façons je n’aurais pu le reconnaître car il faut le dire je n’avais eu d’yeux que pour son postérieur blanc et ses affûtiaux.

En fait il s’avéra que ma mère continua à le fréquenter, ils se firent simplement plus discrets ce qui vous vous doutez bien affectera ma vie.

Nous n’en n’étions pas là et moi je me disais naïvement que puisque ma mère le faisait il serait plaisant que moi aussi je me livre à ce genre d’activité.

Voila seulement nous étions sous le règne d’une société dominée par les mâles et une jeune fille ne devait pas se livrer à un quelconque début de rapprochement avec un homme.

LA VIE TUMULTUEUSE DE VICTORINE TONDU, Épisode 4, l’éducation chez les sœurs de Nevers

Nous primes nos aises dans cette magnifique bourgade, tout était sujet à contemplation, la vieille ville nous attirait particulièrement et on jouait avec d’autres dans les ruines des remparts, c’était un peu dangereux et formellement interdit mais nous étions turbulents, insouciants et aucune autorité ne pouvait nous en imposer.

Pour sur lorsque je rentrais égratignée ou même pire les habits déchirés je me prenais une rossée.

Moi ce qui m’intéressait le plus c’était le spectacle des lingères, la plus part grandes gueules, parler châtié, gros mots, chants et invectives. Les mains dans l’eau, le battoir à proximité, le cul tourné au ciel elles formaient une ligne colorée, joyeuse chenille bruyante et ondulante.

J’allais traîner aussi au bord des casernes, ma mère quand elle le sut me mit une belle tripotée disant que tous ces hommes en chaleur n’était point bon pour une gamine. Cela devait être vraiment un tabou ces militaires car plusieurs fois elle me menaça de me rougir les fesses si je me transformais en fille à soldat. J’en rigolais bien un peu en me demandant comment ma mère pourrait me coincer car je faisais la même taille qu’elle. Mais la sainte femme avait sûrement raison comme nous le verrons plus tard.

Ma mère se rendait donc chaque jour sur la ville haute où se trouvaient de nombreuses fermes et où elle s’employait pour des vignerons. Ces derniers sur les collines de l’ermitage, les Sablons et Bellevue produisaient un petit vin clairet assez réputé. C’était une sorte de contraste, la ville basse ouvrière et la ville haute agricole ouverte par les portes de Jouy et de Saint Jean sur les plaines céréalières et fourragères. J’aimais accompagner ma mère là haut, les vieilles pierres écroulées qui servaient de carrière aux Provinois et les maisons à encorbellements de la place du Chatel me comblaient de bonheur.

Avec mon frère Victor on se baladait pas mal, la variété de l’artisanat d’une petite ville dépassait largement ce que nous avions connu à Vanvillé, lui il était fasciné par la confection des tonneaux, il restait des heures à les regarder œuvrer, moi je regardais plutôt les jeunes tonneliers.

Mes yeux étaient neufs de tout et depuis certaines choses c’est les garçons qui m’intéressaient.

Il faut que je m’explique j’avais déjà remarqué que mes seins poussaient et un jour en revenant de cette foutue fontaine il m’est arrivé ce qui arrive à toutes les femmes, heureusement que mon curieux de frère n’était pas là et que je n’ai croisé personne, sinon quelle honte et quel embarras.

Bref j’étais une femme avec ce léger inconvénient mensuel.

Maman la brave femme s’échinait à nous nourrir et elle mit un point d’honneur malgré notre pauvreté que nous soyons mon frère et moi éduqués et que l’écriture et la lecture nous soient familières.

Comme nous étions considérés comme indigents j’eus droit à l’école diligentée par les sœurs de la charité de Nevers. Elles donnaient les cours rue des marais, pratique car j’avais quelques centaines de mètres seulement à faire pour m’y rendre. La soeur supérieure Nathalie était une vraie maîtresse femme, dure, revêche et prompte à gifler les récalcitrantes. J’étais rebelle, je répondais et je me faisais punir fréquemment . Cette brave femme me menaçait de me dénuder le derrière et de me donner les verges. Je l’en croyais capable et je fis montre d’une légère contrition. Quoiqu’il en soit je leurs dois ma belle écriture et ma capacité à compter.

Si nous allions à l’école nous devions en échange nous acquitter de nombreuses charges, moi je devais aller chaque jour vider le pot de chambre dans la cabane de la cour, il n’y avait pas de tour, Maman estimait qu’un garçon ne devait pas s’acquitter de ces choses. Je vous demande un peu lui aussi faisait ses besoins, autant vous dire qu’à chaque fois c’était un chapelet de gros mots, une fois j’ai même failli lui renverser sur la tête. Bref c’était la sortie et tous les matins chacune notre pot à la main, bien le bonjour madame Baudin, bien le bon jour madame Raby, j’avais cela en horreur.

Mais le pire était qu’à chaque fois que je me rendais aux cabinets j’avais l’impression qu’un homme attendait son tour, le Charles Baudin et le Charles Raby qu’étaient toujours à roder, c’était comme qui dirait les affres de la promiscuité urbaine.

LA VIE TUMULTUEUSE DE VICTORINE TONDU, Épisode 3, Les affres de l’indigence

Provins dominé par la tour César ceinte de vieux murs croulants sous les effets du temps, ses rues qui semblaient moyenâgeuse, baignée de la voulzie et du Durteint, nous reçus en son sein. La vie y sera t ‘elle meilleure.

Ce fut donc un vrai changement, d’un petit village balayé par les vents de la plaine, nous nous retrouvions comme enfermés dans cette ville entourée de murs lézardés et ployants sous le poids d’un passé glorieux à tout jamais révolu.

Maman pensait qu’à la grande ville elle pourrait trouver de l’ouvrage plus facilement. Moi dans ma tête de petite fille j’espérais qu’elle échapperait à la main mise de certains qui s’imaginaient que la misère était un terreau fertile à une conception tarifée de l’amour.

Mais je n’avais malheureusement pas tout vu des misères de la vie. En attendant nous échouâmes dans une vieille maison qui à n’en pas douter datait de plusieurs siècles. Une structure de bois, du torchis, on pénétrait par un petit couloir qui menait à un escalier séculaire, vermoulu, sale dont les marches de guingois se révélaient traîtresses aux étourdis. L’immeuble était divisé en cinq appartements. Tous insalubres, mais cela était bien assez pour nous autres, il y avait monsieur Baudin un vieux sabotier qui gîtait avec sa femme et son fils le très intéressant Charles, pauvre mais fier le vieux travaillait prés de l’église Saint Ayoul. Il y avait le père Pays Adrien et sa femme tous deux journaliers, la veuve Raby et ses deux enfants qui vivaient de l’assistance publique et la femme Baudin Aglaé une quarantaine d’années, journalière à la limite de l’indigence avec sa petite fille Marie une petite poupée souffreteuse et tuberculeuse.

Nous aussi nous fumes considérés comme indigents, on ne mendiait pas mais les dons de la paroisse, la distribution de hardes et la gratuité scolaire faisaient que l’on entrait dans cette catégorie.

L’appartement donnait sur une petite cour nauséabonde et pour cause c’est là que se trouvaient les lieux d’aisance. C’est d’ailleurs cet endroit qui me faisait regretter le plus ma campagne, j’étais habituée à me soulager là où m’en prenait l’envie, ici rien que de savoir qu’un des occupants de l’immeuble avait posé son cul sur cette vieille planche de bois me répugnait. De plus, l’endroit était assez large pour qu’il y ait deux trous qui vous permettaient de chier de concert et en bonne compagnie. Pour moi se satisfaire passait pour un acte personnel et il ne me serait pas venue à l’esprit de le faire avec quelqu’un. Mais bon je reviendrai sur le sujet. Notre chez nous, avait deux pièces, une principale avec un grand lit que je partagerai avec ma mère, une cheminée, un potager, une table des chaises et un bahut branlant, la pièce de mon frère était en fait un noir débarras où l’on entassa notre bardas et bien sur sa paillasse.

Le plafond était fait de grosses poutres noircies, on eut dit que le charpentier avait mis des arbres entiers. Les murs jusqu’au milieu étaient peints en noir, le haut était d’une couleur indéfinissable, vieux gris, sale de suie et de graisse. Le sol fait d’un parquet de chêne craquait et vermoulu et certains endroits vous invitaient à passer à travers.

Le tout n’était guère joyeux mais maman avait coutume de dire, vous avez un toit, des habits sur les fesses et de la soupe chaque jour.

Nous habitions rue aux bouchers, petite artère donnant sur la grande rue vieille et sur la rue des marais, à notre gauche se trouvait l’église branlante de sainte Croix qui batie sur pilotis s’enfonçait inexorablement dans les eaux stagnantes des anciens marais sur lesquels elle se trouvait construite. Sur notre droite la magnifique Sainte Ayoul avec son porche de bois sculpté. Bien sur quelque soit l’endroit ou l’on se trouvait on pouvait voir la silhouette majestueuse de l’immense saint Quiriace qui sur son éminence dominait la ville et la région. Gardienne des hauteurs, elle partageait ce rôle avec la fière tour César, donjon moyenâgeux aux formes octogonales.

A coté de chez nous se dressait la sombre prison dont les hauts murs m’impressionnaient, nous passions devant chaque jour et j’avais le sentiment que toutes ces méchantes personnes allaient se jeter sur moi. Mais bon elle était partie prenante de mon environnement et chaque fois que j’allais chercher de l’eau à la fontaine sur la place du marché neuf je la contemplais en tremblant.

De fait ma mère avait eu raison, elle trouva à s’employer, Provins était encore tourné vers la terre, les champs et les vignes n’étaient pas loin. Ils y avaient aussi beaucoup de lingères et blanchisseuses , car bons nombres de bourgeois et de militaires en garnison donnaient leur linge à laver. Des tisserands encore nombreux teignaient les tissus et employaient aussi journaliers et journalières.

Maman qui avait toujours travaillé la terre s’en tint à ce qu’elle savait faire le mieux. La vigne n’avait pas de secret pour elle car ses parents étaient vignerons elle se retrouva donc à tâcher sur les coteaux environnants. De toutes façons elle considérait que laver la merde des autres était indigne, ce qui me semblait un comble quand on avait levé jupon pour mettre du gras dans la soupe. Cette brave femme ne sera pas à une contradiction prés lorsqu’elle me poussera dans cette voie et que je me retrouverai les mains dans l’eau glacée de la Voulzie.

LA VIE TUMULTUEUSE DE VICTORINE TONDU, Épisode 2, les salissures de la pauvreté

Lorsque Papa eut la mauvaise idée de mourir, la situation bascula . Jusque là nous avions vécu sur ses gains, augmentés par les journées de Maman et de la vente des quelques produits qu’elle produisait. Après ce fut la misère, aucun revenu et l’obligation de quitter la maison que nous habitions car le loyer en était trop élevé.

Maman dut se louer dans les fermes mais fut peu employée, trop délicate disaient certains, trop feignante disaient d’autres. Elle vendit quelques outils et surtout la vache qui nous fournissait notre lait.

La situation empira, nous ne mangions point tous les jours, ma mère qui coquette jusqu’à la mort de papa était devenue un peu souillon. Bonnet de coton sale, figure maculée , robe déchirée, ongles noirs, sabots crottés, elle faisait peine à voir et me faisait honte.

Moi mes frères et sœur nous étions livrés à nous même, nous ressemblions à des enfants sauvages. Je n’étais plus la fière petite fille qui apprenait bien à l’école mais une mauvaise graine qui poussait seule en dehors du champs.

Le curé du village prit les choses en mains et s’en alla trouver le maire, ils devaient faire quelque chose.

Joseph Bru notre maire et aussi cultivateur à Grand maison décida que nous serions secourus par la commune et le bon père en chaire tonna pour plus de compassion.

Après cela nous eûmes à peu prés de quoi manger mais la communauté était pauvre alors comment demander plus.

Un jour que je rentrais je fus témoin d’un triste spectacle, un charretier, ancienne connaissance de papa se tenait devant maman et la prenait par la taille. Elle ne semblait pas vouloir mais pourtant ne se débattait pas. Il l’embrassa dans le cou puis força sa bouche. Je les observais curieuse de la suite.

L’homme fourragea sous les robes de Maman et finit par lui relever ses jupons, je revois ses maigres jambes blanches et sa toison intime. Mes yeux ne pouvaient se soustraire à ce spectacle et je restais muette. Le rustre souleva Maman et la posa sur la grande table, jambes écartées, jupons relevés, le cul nu exposé aux convoitises. Le bonhomme baissa son pantalon et laissa apparaître un vit énorme redressé comme une bougie de la chandeleur. La scène était ridicule et dramatique à la fois, ce paysan au cul blanc la culotte sur les sabots s’introduisit en Maman et la besogna, ma mère restait muette, lui couinait sous l’effort. La délivrance pour elle, la jouissance pour lui son affaire faite il remonta son pantalon . Maman souillée ne bougeait pas, il fouilla dans sa poche extirpa quelques menues monnaies et lui déposa sur son ventre.

Il passa devant moi sans me voir. Je fis demi tour et allait vaincre ma peine et ma haine en me cachant dans un petit bois.

La nuit tombant je rentrais enfin, ma mère avait fait de la soupe et miraculeusement y baignait un morceau de lard.

Je bus ma honte toute ma jeunesse et jamais au grand jamais je n’oublierais la vision de cette toison souillée pour un morceau de lard.

Le frère de ma mère vint s’installer avec nous, il eut mieux fallu que maman se trouve un homme à marier. Mais forcément une veuve sans le sou, avec trois enfants et une réputation qui commençait à faire tache les prétendants ne se pressaient pas au portillon.

Mon oncle était un royal bon à rien et il fut plus une bouche inutile qu’une réel secours. Pourtant le travail ne manquait pas, seul le courage lui faisait défaut.

Un autre drame encore plus fort que la misère qui nous environnait vint nous frapper, ma petite sœur Angélique une merveille de fraîcheur et de spontanéité vint en cette fin de juillet 1850 à tomber malade. Ce fut rapide, le soir elle se plaignait de douleurs au ventre que ma mère était bien en peine de soulager et le lendemain blanche et raide sur sa paillasse elle avait rejoint mon père.

Ce fut comme un coup de tonnerre, ma mère sembla accuser le coup mais intérieurement un chemin s’était fait en elle. Il fallait fuir cette méchante terre qui prenait les êtres aimés, fuir les coup de rein de salopards profiteurs et fuir cette mauvaise réputation de femme qui ouvrait son ventre pour nourrir sa couvée.

La grande ville tentatrice, la reine de la brie champenoise, la cité de Thibaut nous accueillit en son sein.

LA VIE TUMULTUEUSE DE VICTORINE TONDU, épisode 1, la mort du père

La vie tumultueuse de Victorine

Curieusement lorsque je me remémore mon enfance ce n’est pas un visage qui me revient mais une odeur. Flagrance à jamais disparue que celle qui flottait autour de mon père, forte, acre, piquante.

Ce parfum était un doux mélange de senteurs de tabac, de vieux cuir, de sueur, d’humus mais aussi et surtout odeur animale.

Jamais je n’ai retrouvé quelque chose d’approchant, même celle de mon mari qui pourtant est aussi paysan ne me flatte autant les narines.

J’aimais lorsqu’il rentrait à la maison me frotter à lui, le câliner. Il était un peu bourru et pas toujours disposé mais souvent il me prenait sur ses genoux et gentiment me grattait le visage avec sa barbe non faite. Il me racontait des histoires et ma mère devait souvent intervenir pour filtrer les propos de son charretier de bonhomme.

Parfois lorsqu’il avait un peu trinqué avec des compagnons de route, des disputes éclataient avec ma mère, d’autres fois au contraire mes parents étaient amoureux et nous devions mon frère , ma sœur et moi nous coucher plus tôt.

Son souvenir physique maintenant s’estompe, devient flou, sa voix à aussi disparue et je me raccroche pour ne pas le perdre à cette effluve fugace.

Il faut dire que je n’avais que cinq ans et lui trente deux quand il vint à partir. Les circonstances de sa mort précoce sont teintées d’une épaisse noirceur, écrasé par une charrette à foin qu’il conduisait, imprudence, négligence.

Ce ne fut que cris de douleur dans la maison lorsque l’on vint annoncer à ma mère le trépas de son Victor.

C’est mon oncle Alexandre Tondu celui qui habitait au hameau du Queureux à Lizines qui se chargea de porter la terrible nouvelle.

Maman fut saisie d’un crise et devint comme folle. Je me revois encore tenant de ma petite main la frêle menotte de ma sœur Angélique contemplant le tertre mortuaire de la tombe de papa.

A cette époque nous vivions dans un petit village qui se nommait Vanvillé, plat comme la main, au milieu de la plaine céréalière Briarde, à quelques encablures du gros bourg de Nangis et de la ville médiévale de Provins. Je me souviens avec maman nous allions au marché rue de la poterie à Nangis pour y vendre un peu de beurre du fromage et quelques légumes que papa faisait venir en plus de son travail de charretier.

Il travaillait pour de nombreuse fermes, la grande maison, Beaurepaire et Belleville, toujours sur les chemins avec ses bœufs et sa charrette.

Je suis allée à l’école très tôt, mon père ayant le secret espoir de me voir quitter la condition paysanne, le pauvre si il avait su.

Nous avions classe à la ferme du Verger, imaginez une soixantaine de gamins de tous ages entassés presque sans mobilier dans une pièce de taille modeste n’ayant qu’une fenêtre. Le pauvre maître d’école pour pouvoir nous enseigner quelques choses devait tenir son auditoire d’une main de fer.

Même si l’école ne m’a pas permis de m’extirper du cul des vaches, elle m’a octroyé le privilège d’une belle écriture et la satisfaction de savoir lire. Celui qui m’a le plus marquée est monsieur Hordehart, sous un air bourru il était gentil du moins avec ceux qui désiraient apprendre.

 

MA VIE DE MARÉCHAL FERRANT, Épisode 17, ma Mort

Pour nous les pas très riches il y avait la plage à coté de l’éperon dont je vous ai déjà parlée.

Autrefois il n’y avait pas grand monde mais maintenant chacun voulait faire son bourgeois. Il fallut réglementer, car certains olibrius attentaient aux bonnes mœurs en montrant les parties de leur corps que la décence n’approuvait pas. Comme la plage de l’éperon était gratuite et les bains payants on appela l’endroit la concurrence.

De toute façon nous on s’asseyait et on regardait le spectacle, l’océan, le vent, les beaux messieurs et les belles dames avec leurs drôles endimanchés. Parfois je levais mon chapeau en reconnaissant un client et Marie baissait la tête en voyant les bourgeoises qui autrefois lui donnaient de l’ouvrage.

Les enfants grandirent, Jean Claude était maintenant un ouvrier qualifié, sûr de son métier, au jugement reconnu. Comme il maîtrisait bien la lecture, il consulta des ouvrages qui parlaient de chirurgie équine. J’étais admiratif de tant de savoir.

Il fit également les mêmes sottises que moi, je crois qu’il s’encanailla avec des filles à marin et eut même une liaison avec la fille d’un pilotin.

Ma fille était aussi devenue un beau brin de fille qu’il fallait surveiller des convoitises malsaines de la gente masculine. Il fallait quand même pas qu’elle nous ramène un polichinelle. Elle aussi apprit à lire, à écrire et à compter. Ma femme lui enseigna également la couture. Doucement elle devint une presque femme.

Marie lui fit part de façon prude des choses de la vie, oh sans s’étendre sur les détails évidement. De tout façon la princesse vivait à la forge et s’initiait aux rudesses linguistiques des ouvriers et des militaires de passage. Elle se mit bientôt à parler comme nous, ma femme en était malade.

Comme pour son fils, elle rêvait pour sa fille d’un monde meilleur, qu’un petit employé en col empesé viendrait demander la main de Marie Magdeleine, qu’un fils de négociant à la main gantée lui ferait la cour où qu’un officier botté et moustache cirée lui proposerait une destinée autre qu’une forge.

Moi j’en rigolais car je savais qu’au plus profond de moi elle serait femme de maréchal, c’était une question de sang.

A ce propos Marie n’avait plus ses menstrues, au début on crut à une nouvelle catastrophe, mais non ils ne réapparurent plus. Apparemment et d’après expérience de femelle, il ne pouvait plus y avoir procréation.

Hors depuis que Marie était en age de comprendre, on lui avait expliqué que l’amour devait avoir pour objectif la procréation. Quel dilemme voyez vous, car on l’avait aussi élevée dans le cadre de la stricte observation du devoir conjugal. Elle dut s’en ouvrir au curé de la cathédrale, car elle continua à s’ouvrir à moi.

De toute façon je me serais servi tout seul, j’étais quand même le chef.

J’appris que ma veuve, celle de la rue Gargoulleau, avait cassé sa pipe, joli temps que ce temps là .

A la Rochelle nous étions loin des soubresauts de la capitale, nous avions changé de Roi, la branche aînée avait été renversée et un cousin à eux s’était emparé de la couronne.

Moi je m’en foutais , les chevaux arrivaient et repartaient, mon voisin le préfet changeait, mais les valets d’écurie étaient les mêmes.

Puis tout bascula, j’étais depuis quelques temps assez fatigué, je me traînais, à la forge mon travail qui avait toujours été impeccable devint moins bon.

Tout le monde s’en apercevait mais n’osait rien dire. A la maison le soir je m’endormais comme une souche, même le corps chaud de ma femme ne m’attirait plus.

Un matin alors que je besognais sur un cheval que j’avais attaché sur le travail avec un harnais, je m’écroulais soudain, une partie de moi même ne répondait plus . Je me retrouvais par terre sans pouvoir bouger, je m’étais pissé dessus et je bavais sans pouvoir proférer un mot.

Mon fils et les ouvriers me montèrent à la maison pour me coucher, on fit quérir ma femme et on chercha un médecin.

Il ne fut guère optimiste et il avait raison.

Après de long mois, je restais bancal et paralysé du bras droit, de plus ma bouche de travers me faisait marmonner un langage que seule Marie comprenait.

Je ne pouvais plus travailler ni en vérité faire grand chose, je descendais péniblement à l’atelier et je m’asseyais regardant les autres effectuer le travail. Un vrai calvaire j’aurai préféré mourir tout de suite.

Les années passèrent doucement, on s’habitua à ma condition de fardeau mais moi je m’en allais doucement. Même le corps de ma Marie ne suffisait pas à me redonner vigueur car de ce coté là j’avais quelques faiblesses aussi.

Puis le 30 décembre 1840 je m’en fus à mon tour en un dernier voyage au cimetière de Saint Éloi.

Mon fils continua la maréchalerie dans l’ile de ré car il prit épouse dans le village de la Couarde.

Sa femme était la fille du maréchal ferrant du village.

Ma fille se maria à la Rochelle avec un maréchal ferrant, j’avais raison contre ma femme sur ce sujet, bon sang ne saurait mentir.

MA VIE DE MARÉCHAL FERRANT, Épisode 16, les dernières naissances

Les bains Marie Thérèse  à La Rochelle

Je pris sa place en tout.

Je récupérais sa forge, son appartement, ses outils et aussi un peu de son âme qui restait en ces lieux

Sa clientèle resta fidèle à un Sazerat et beaucoup me reconnurent. Cela me fit bizarre de me réinstaller dans l’appartement où j’étais né, de dormir dans le lit où mes parents avaient fait l’amour et où il étaient morts.

Chaque centimètre m’était familier, mais Marie exigea que quelques travaux soient effectués, plâtre, peinture et changement du lit.

Nous avions déjà des meubles, ceux de mon père furent vendus pour une poignée de pain à une famille de famélique.

C’est donc dans cette maison respirant le neuf que Joseph notre gros garçon potelé arriva. Marie ne souffrit pas trop et à 9 heures du soir de ce 5 janvier 1824 fut délivrée.

Le lendemain tout heureux je me rendais déclarer l’enfant à la maison commune, l’Etienne Casseigne, portier et l’ami Joseph Souffaché préposé aux douanes m’accompagnaient. En rentrant c’est bien normal on fit un peu les noceurs. Au vrai je rentrais complètement éméché avec mes compères. Nous chantions à pleine voix, heureusement que nous étions connus par les soldats de garde à la porte sinon nous aurions terminé à la prison de la rue du palais.

Nous sommes vite passés du rire aux larmes, Joseph ne tenait pas à la vie et fut rappelé par notre dieu créateur. Marie qui vouait un amour immodéré aux choses de l’église trouvait quand même que son dieu exagérait un peu. Il nous avait pris 6 enfants sur 7.

Marie n’était plus qu’une ombre, âgée seulement de 33 ans, elle semblait une vieille femme. En douze années de mariage elle avait enfanté 7 fois, quatre ans et demi de grossesse. Cela marque une femme et ma belle était marquée, cheveux se teintant de gris, toison d’amour parsemée de fils blanc, seins alourdis par les montées de lait et les voraces tétées, ventre grassouillet et un visage qui imperceptiblement se ridait. N’allez pas croire que je ne l’aimais plus et qu’elle ne me faisait plus envie, non pas que chaque soir je lui aurais bien montré mon amour, mais voilà le ressort était cassé, elle ne voulait plus enfanter. Trop de peine que tous ses petits ensevelis en ce maudit lieu de Saint Éloi.

Comme maintenant j’étais mon propre patron, Marie ne travaillait plus, elle s’occupait des tâches ménagères et ne se tuait plus les yeux aux ouvrages de couture.

Le seul changement notable dans le quartier avait été la démolition de l’église Saint Barthélémy à la place se trouvaient des bains publics. Cela devenait une mode de se tremper le derrière, le monde foutait vraiment le camps. Marie évidemment, toujours à la pointe de la propreté aurait bien testé, mais rien que de savoir qu’il y aurait du monde autour cela la bloquait.

Comme les affaires marchaient bien on prit une petite bonniche de la campagne, je crois qu’elle venait de Saint Sauveur de Nuaillé sur la route de Paris. Elle n’était point trop douée mais pour ce qu’on lui demandait c’était bien assez. Elle aidait ma femme à sa toilette, du moins pour monter l’eau à l’étage.

Un jour que je revenais de la forge j’eus droit à une scène de ménage phénoménale. Je se savais pas ce que j’avais pu faire, je ne voyais plus ma veuve et ce n’est pas une main aux fesses à la bonne qui aurait pu la mettre dans cet état. Non figurez vous que Marie n’avait plus ses menstrues. Que pouvais je y faire, j’avais quand même quelques droits sur le corps de ma femme. Le 12 février 1825, naquit Marie Magdeleine, nous lui avons donné les prénoms de ma femme pour conjurer le sort.

Mon ouvrier Joseph et un ami commissionnaire me servirent de témoins.

Par chance la petite passa le cap des premier mois et Marie retrouva le sourire.

Moi à la maréchalerie j’avais donc Joseph comme ouvrier et comme apprenti mon fils Jean claude. Il a été suffisamment à l’école, bien sur encore une fois Marie aurait voulu en faire un fonctionnaire ou un curé. Pour sur à la forge il n’aura pas les mains lisses, sentira le cuir, la graisse, le crottin et le cheval. Il a eu un peu de mal au début, un marteau à la longue ça use, puis lui aussi à son tour il s’est pris de passion pour les chevaux et comme moi il dut attendre pour ferrer son premier cheval.

Chez les Sazerat la vie se répète.

Puis encore et toujours Marie devint grosse, c’était le lot de toutes les femmes, nobles, bourgeoises, paysannes ou ouvrières. Avec la mort c’était bien le seul élément d’égalité.

Certaines femmes étaient plus malines et connaissaient des méthodes, je crois même que certaines se mettaient un petit sac en peau sur le sexe enfin c’est ce que disaient certains militaires à la forge. Moi je ne voyais qu’une façon sortir avant, Marie elle, trouvait que c’était une atteinte aux bonnes mœurs et une sorte de meurtre, l’acte d’amour ne devant être que pour la procréation.

Elle fut donc servie et le 1er février 1827 arriva un petit monstre sans signe de vie, il ne fut pas baptisé et ne reçut pas de prénom. Autant vous dire que l’enterrement fut vite expédié.

De fait ce fut le dernier de la liste, Marie était abîmée au plus profond de son être et la sage femme lui dit qu’à son avis elle n’aurait plus d’enfant.

Cela nous réjouissait, pas pour les mêmes raisons mais nous n’aurions plus à nous soucier de l’avenir en faisant notre devoir conjugal.

Marie se consacra à la petite et la choya, le dimanche nous allions maintenant voir les belles dames et les beaux messieurs aux bains Marie Thérèse. L’établissement payant fut construit sur la falaise, un bâtiment central avec des colonnes et deux pavillons l’encadrant sur les cotés. Il y avait des salles de réunion et bien sur on accédait à une plage en descendant un escalier.

Les femmes étaient protégées des regards masculins par un rideau tendu au milieu et formant séparation. Les baigneuses étaient pourtant habillées d’une espèce de combinaison assez ridicule.

Marie se moquait, mais elle aurait éprouvé une immense joie si elle avait pu se mêler à ce gotha Rochelais. Nous les pas très riches il y avait la plage à coté de l’éperon dont je vous ai déjà parlée.