NICOLAS PERRIN, un enfant de la Brie dans la tourmente révolutionnaire et impériale.

enterrement

Enterrement paysan

NICOLAS ANDRÉ

1772 – 1832

Lorsque son père décède prématurément à l’age de 48 ans, Nicolas n’a que 9 ans.
En cet hiver glacial de 1782, une épidémie de grippe frappe la France d’est en ouest, elle balaye Jean Baptiste en quelques jours et c’est par miracle qu’aucun autre membre de la famille ne fut touché.

La disparition de son père affecte plus durement Nicolas que celle de ces frères et sœurs disparus aux maillots et qui avaient à peine vécus

Lundi 25 février 1782

Le vent glacé venu du nord balaye la Brie depuis plusieurs jours, il gèle à pierre fendre et une épaisse couche de neige a enveloppé le village.

Nicolas couché sur sa paillasse au côté de son frère Louis, fait semblant de dormir. De ses yeux semi clos des larmes coulent, il a 9 ans et son père vient de mourir. Bien que malgré son jeune age, il soit habitué à la mort, la disparition brutale de son père l’affecte douloureusement.

Cet homme qui pour lui semblait indestructible, dur au travail, toujours en activité est couché là, déjà froid dans l’alcôve sombre de leur petite demeure.
Hiératique dans son immobilité éclairé par deux bougies tremblantes, il repose paisible.
Assise la tête penchée, les mains jointes Marie Louise sa femme prie en silence, ses deux belles filles Marie Catherine 15 ans et Marie Magdeleine 17 ans l’assistent dans sa peine, tout à l’heure des voisines, des cousines viendront les relayer.

Nicolas trop jeune n’est pas autorisé à veiller, son aîné Louis dort profondément comme indifférent à la peine qui l’entoure. Jean baptiste le dernier né, vient lui aussi de s’endormir dans son berceau d’osier après avoir hurlé une partie de la nuit. Marie Victoire 3ans est quand à elle , chez une voisine.
Il aurait préféré se coucher dans la grange où dans la bergerie, être loin de cette maison marquée par la mort. Son demi frère Jean Pierre âgé de 17 ans avait d’ailleurs pris la clef des champs pour échapper à cette corvée funeste.

Après une nuit sans sommeil, Nicolas participera à la levé du corps de son père puis l’accompagnera avec les siens dans son dernier voyage.

Notre jeune Nicolas au sortir du cimetière où désormais repose son père est complètement désemparé . Il a conscience malgré son jeune âge que sa vie va changer. Matériellement, sa mère manouvrière va avoir beaucoup de mal à subvenir au besoin de la famille, la gène voir l’indigence est à leur porte. Bien sûr la solidarité paysanne jouera, mais personne n’est bien riche.

La fratrie déménage rapidement du hameau du Rousset pour se rendre non loin de là au village d’Hondevilliers.
Un conseil de famille désigne comme tuteur des 3 aînés du défunt, un cousin nommé Louis Fontaine. La veuve garde la responsabilité des 4 petits.

La vie s’organise sous ce schéma, Nicolas aide sa mère du mieux qu’il le peut et se spécialise dans la garde des moutons nombreux dans la région.

Le travail lui convient parfaitement, la vie au grand air, la contemplation des étoiles, l’affection de son chien et l’autonomie relative qui découle de sa solitude.

La garde des moutons est certes dure, les loups sont légion, et l’hiver le froid est vif sur les collines qui surplombent le petit Morin.
Son salaire est modeste, 5 sous par jour mais il augmentera en fonction de l’importance du troupeau qu’on lui confiera. Il perçoit en outre une redevance mensuelle de 5 sous par tête de bétail.

Mais ce qui lui apporte le plus d’attrait se sont les rencontres qu’il effectue au hasard de ses déplacements, il écoute beaucoup et participe à son niveau à la propagation des idées nouvelles.

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Paysans Briards

 

Les bergers sont considérés par les autorités comme un peu subversifs et un peu sorciers par la population. Nicolas n’échappe pas à cette règle, il fréquente assidûment une famille de berger de Verdelot qui lui est apparenté par sa mère les CRÉ. Hors ces derniers forment un petit groupe qui crie haut et fort leurs désaccords avec la pauvreté des uns et la richesse des autres.

Sa mère dévote et respectueuse des Messieurs est épouvantée de tant d’insolence.

Nicolas est donc à l’écoute de son temps, même si dans son pré il ne perçoit que des échos déformés de ce qui se passe à Paris et à Versailles.

Il sait que la situation va mal, les pauvres ont le ventre vide, les caisses de l’état aussi. Les tentatives timides de réforme du pouvoir royal sont systématiquement rejetées par les privilégiés.

Les assemblée des notables sont des échecs, le roi se résout à la convocation des états généraux pour le mois de mai 1789.

Cette réunion à Versailles de députés sert d’introduction à la révolution qui va bouleverser la France puis l’Europe,

Nous n’en sommes pas au suffrage universel et Nicolas ne peut participer aux élections, il participa tout de même à la compilation des doléances du village d’ Hondevilliers. Ces recueils de plaintes rédigés dans chaque village sont remis aux délégués qui se rendaient aux assemblées de bailliage pour l’élection des députés et donnèrent lieu à des véritables débats. Nicolas y participe avec passion.

Évidement les plaintes des paysans furent singulièrement condensées dans les cahiers rédigés au bailliage et l’on dit même que des modèles de rédaction circulèrent.

Puis c’est l’écroulement d’un monde et la reconstruction d’un nouveau. Les privilèges sont abolis, les curés deviennent presque des fonctionnaires et doivent prêter serment. L’exécutif est désormais aux mains des assemblés successives.
Mais la révolution ne perturbe guère le quotidien, il faut manger et Nicolas continue de garder ses moutons.

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Prise de la Bastille

Il est maintenant délivré de la messe dominicale, monsieur le curé Pierre Blost devient agent de la commune et remplit les nouveaux actes d’états civils comme il remplissait les registres paroissiaux. Un maire est désigné par vote dans chaque village à Hondevilliers cela échut à Pierre Proffit.

La guerre se déclare, la patrie est en danger, comme le disent les avocats des assemblées. Nicolas ne se porte pas volontaire, il répugne à la violence et ne ressent pas le danger pressant d’une invasion étrangère.

Il passe aussi à travers la levée en masse de 1793, il a de la chance et n’est pas désigné. Dans sa vie privée il commence à éprouver une attirance pour la fille de François Cré le berger de Verdelot. Mais elle est trop jeune et il se contente d’observer de loin l’affinement de ses courbes

Il a aperçu cette dernière lors d’une fête républicaine. Pour mieux la voir il s’installe à Pilfroid hameau de Verdelot où habite la famille Cré. Il trouve à se loger dans une petite mansarde avec d’autres manouvriers. Il travaille maintenant pour cumuler un petit pécule qui fera plier son futur beau père.
La révolution bat son plein, les événements se succèdent et les gouvernants aussi. Le seigneur des lieux le comte Armand Jean d’Allonville a émigré, les château de l’ Aulnois Renault et celui de la Roche sont vendus comme biens nationaux ainsi que le Prieuré. C’est un parisien qui achète le château de l’Aulnoy, l’ensemble sera transformé en ferme, les paysans du coin profitent peu de la vente de ces biens car les lots sont trop gros. Seuls quelques gros laboureurs peuvent arrondir leur possessions. Nicolas pauvre comme job et qui tente de mettre quelques sous de coté pour son éventuel mariage ne peut évidement acquérir aucun bien.

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Chateau Launoy Renault

Les années passent, la mouvance révolutionnaire s’achève et un homme à poigne prend le pouvoir.

Pour les paysans la stabilité a du bon, ils vont vite déchanter.

Le maire Louis Bechard tient bien sa commune, il est à la tête du village depuis la création des municipalités en 1790, soit comme agent municipal soit comme adjoint à ce dernier. Jusqu’à l’arrivée de Bonaparte, les habitants élisaient leur maire, l’instauration du consulat change la donne, le préfet nomme désormais les maires à partir d’une liste de confiance ( ou de notabilité ).
Le pouvoir va de nouveau revenir aux plus riches, après la période sans culottide. (Mais les pauvres ont ils eu le pouvoir ? )

Louis Bechard est donc nommé par le préfet Collin de Sussy, comme il avait été élu par les habitants.

C’est donc ce dernier qui le 17 brumaire an 12 (mercredi 9 novembre 1803 ) à 10 heures du matin marie Nicolas André avec Marie Louise Angélique Cré.

Notre mariée est bien plus jeune que Nicolas elle a 23 ans, c’est une adolescente lorsque que notre berger commence à avoir des vues sur elle. Maintenant devenue femme elle a enfin cédé à son prétendant et son père a accepté la demande de Nicolas. Il savait que cette union était inéducable et s’en félicitait . Hormis quelques baisers et quelques prudes étreintes, la belle avait gardé sa fleur. Les deux futurs languissaient maintenant de se découvrir

La cérémonie se passe merveilleusement bien, Nicolas a choisi comme témoin Louis Gabriel Adrien le mari de sa sœur aînée et Jean Baptiste son frère. Sa sœur qui habite Sablonnières est venue avec toute sa nichée et Jean Baptiste garçon célibataire est venu avec sa mère Marie Margueritte Cré.

Le père et le frère de la mariée servent de témoins à cette dernière, ils demeurent tous ensemble au hameau de Pilfroid.

Les deux mariées sont vaguement cousins à la 4 ème génération. Excepté le beau frère de Nicolas personne ne sait signer, les bergers ont une culture plus tôt orale.

Après la cérémonie civile, la noce se dirige vers l’église Saint Crespin, vaste édifice dont les bases sont du 12ème siècle. L’union est donc sacrée par le curé, Marie Louise pieuse aurait considéré vivre en concubinage sans cette cérémonie.

Le couple s’installe en famille au hameau de Pilfroid, la présence familiale est parfois pesante, mais la structure paysanne est faite ainsi.

La pression de l’église est un peu moins pressante et certains préceptes s’assouplissent, les corps peuvent s’unir pendant les périodes de jeûnes et de fêtes religieuses, l’abstinence pendant la grossesse et l’allaitement avait déjà disparu des mentalités paysannes. Par contre Marie Louise ne transige pas sur la position more canino  ( Levrette )mais accepte celle du mulier super virum (La femme sur le dessus ).  Ces deux positions étaient prohibées par l’église ( sauf dans les bordels ).

Quoi qu’il en soit le couple est récompensé par une grossesse 10 mois après leur union.

La situation matérielle de Nicolas s’est notablement améliorée, augmentation de son salaire et augmentation du nombre de mouton qu’on lui donne à garder. Le troupeau appartient au nouveau propriétaire de l’Aulnois Renault Monsieur Chardon, bourgeois parisien acquéreur de biens nationaux. Le couple peut enfin s’installer dans une petite maison et vivre à l’abri des regards souvent inquisiteurs et parfois réprobateurs des parents Cré.

En février 1805, Nicolas André est prévenu par son frère Jean Baptiste que leur mère est au plus mal, cette dernière s’éteint le 25 février 1805 après une courte agonie. Dernier adieu à son passé, ils enterrent leur mère dans le cimetière d’Hondevilliers

Le premier enfant du couple naît le 3 mai 1805. Reçu à la mairie par Mr Bechard, le maire du village qui avait marié le couple l’année précédente, Nicolas André donne son propre prénom à son premier fils comme il en va d’ailleurs très souvent. Son frère Jean Baptiste qui travaille comme manouvrier sur Verdelot et son Beau père François luc Cré sont les témoins.

Le 10 nivose An 14 en application du décret impérial de fructidor An 13, le calendrier républicain est supprimé et le retour au Grégorien est accueilli avec joie par la population qui n’avait au fond jamais accepté cette incongruité révolutionnaire.

 »A noter que les actes d’état civil furent enregistrés An 14 de la république même après le sacre impérial  »

En novembre 1806 la famille Perrin s’agrandit d’une petite fille, prénommée Marie Louise.

L’annonce des victoires françaises de Iena et Auersted sur les prussiens entraîne une liesse populaire et les villageois laissent éclater leur joie. Nicolas devient, lui qui n’a jamais adulé personne, un vrai Bonapartiste. Les victoires rendent encore la conscription raisonnable, les récoltes sont bonnes, le pays est sur.

En mars 1807 le maire Mr Bechard décède en son domicile, fin d’un temps car ce dernier a assumé cette place pratiquement depuis la création de cette fonction.

Il a d’ailleurs parfaitement assuré cette mission en une période troublée, il était apprécié de tous et savait tempérer l’impétuosité des différents comités.

Un autre agent municipal bien connu des villageois Nicolas Crespin Beguin assure l’intérim jusqu ‘au mois de juin 1807, date à laquelle Mr Chardon Daniel 35 ans propriétaire de L’ Aulnoy Renault est nommé par le préfet Collin de Sussy maire de Verdelot.

C’est donc ce dernier qui reçoit déclaration du décès de la fille de Nicolas en septembre 1807.

Sur Pilfroid les naissances et les décès s’enchaînent dans les familles Perrin et Cré. En octobre 1809, Nicolas est père d’une fillette qu’il nomme Denise Florentine.

Napoléon a quand à lui battu les Autrichiens, mais s’enlise en Espagne.

Le 31 mai 1810 jour de l’ascension la population de Verdelot est réunie au centre du village, le père Lelandais curé du village bénit la nouvelle croix du calvaire offerte par le maire Mr Chardon.

Nos bergers de Pilfroid grincent un peu des dents, ce retour ostentatoire à la religion les gênent eux qui ont connu la période de déchristianisation révolutionnaire.

L’année suivante a également lieu la restitution au curé de la statue notre dame de pitié qui avait été cachée pendant la révolution. La bonne dame est replacée dans sa niche, la femme de Nicolas pétrie en dévotion comme les autres femmes du village crie au miracle.

L’année 1811 est d’ailleurs pour le curé une très bonne période, le presbytère est recrépis, le mur du cimetière est refait et la croix replantée. Le 30 juillet 1811 a également lieu l’adjudication des travaux pour la réfection de l’église. Payable en 5 ans les 9080 francs que doit payer la commune est une grosse charge, les paysans regimbent à de telles dépenses, mais Mr Chardon clérical dans l’âme impose ses vues.
La cloche est démontée et stockée à l’entrée du petit cimetière en attendant son remontage sur le grand portique début janvier 1812.

En novembre 1811, Marie Louise met au monde un nouveau garçon, Nicolas et son inséparable beau frère François isidore Cré déclarent l’enfant à la mairie et le nomme Louis Théophile.

L’année 1812 n’est pas une bonne année pour la France, Napoléon court à sa perte en s’enfonçant dans les steppes Russes. Il y perd son armée et sa réputation d’invincibilité en attendant de perdre son trône.

La conscription redouble, mais les réfractaires aussi. L’empereur tente de reconstituer une armée et se bat avec l’énergie du désespoir contre l’Europe liguée et hier encore à ses pieds.

Le maire organise de mauvaise grâce les tirages au sort, mais pusillanime et le temps des trahisons pas encore venu il s’exécute.

Mais même le génie doit succomber à la multitude, les chiens dociles recommencent à aboyer.

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Campagne de France 1814

 

Début 1814 les hordes germaniques et slaves violent le territoire Français. Le chat botté de 1796 renaît de la défaite et en quelques fulgurances avec des soldats imberbes corrige les impudents.

Mais hélas les alliés plus nombreux défont le dieu de la guerre.

La situation des paysans de Verdelot en ce début 1814 est catastrophique, ils subissent le flux et le reflux des troupes françaises et étrangères, réquisition de fourrage, de bestiaux,de bois et de farine.
Les paysans doivent aussi s’atteler aux canons car sur les chemins détrempés et enneigés les chevaux ne suffissent plus.

La violence est partout, on fait la chasse aux indicateurs, les timorés ne prennent pas position ou se terrent, d’ailleurs Monsieur le maire s’est éclipsé, laissant son adjoint Mr Mauclerc se dépêtrer avec les autorités pour fournir aux exigeantes demandes.

Nicolas, son frère et son beau frère sont inquiets et cachent le peu qu’ils possèdent. Ils emmènent leurs bêtes dans les bois en espérant les distraire à la convoitise.

Pour se défendre les paysans s’arment de piques et de fourches et tentent des embuscades aux soldats isolés. La réputation des soldats prussiens et des cosaques russes est terrible ce n’est d’ailleurs pas usurpé. Ivre de vin et de haine, encouragés par leurs chefs, ils violent, pillent et tuent.

Nicolas a peur pour sa femme et sa petite fille, les cosaques violent toutes les femmes sans distinction d’age. Marie Louise sur le point d’accoucher ne serait sûrement pas épargnée.

C’est dans se contexte peu rassurant que vient au monde la petite Joséphine le 3 février 1814.

Il n’est que le temps de partir car les soldats approchent, le 10 février 1814, les Russes, les Autrichiens, les Prussiens, les Saxons, les Bavarois et les Wurtembourgeois pénètrent dans Verdelot.
Les troupes n’occupent pas le village mais passent et repassent en se servant sur l’habitant.
Plusieurs femmes sont sauvagement violées et quelques paysans battus sévèrement.

occupation russe

 Occupation  étrangère à Paris 1814

Elles sont parues 13 fois et le 27 mars les cosaques en se retirant volent les vases sacrés dans l’église. Un ciboire, un calice et un ostensoir en argent massif sont partagés entre les pillards.

Le premier avril 1814 le sénat prononce la déchéance de Napoléon. Revenu en juin le maire Mr Chardon pourra écrire dans le registre d’état civil que Napoléon Buonaparte a été déchu par ce dernier. Il n’aurait pas osé quelques mois plus tôt écrire le nom de l’empereur de cette façon. Mais les édiles dignes girouettes allaient dans le sens du vent.

Heureusement, les envahisseurs repartent rapidement et le 17 avril 1814 passent une dernière fois dans le village. Les paysans sont exsangues, mais reprennent avec courage le chemin de leurs ouvrages.

La vie aurait pu reprendre normalement, le négociateur habile, traître et girouette en chef qu’est le nommé Talleyrand adoucie les conditions drastiques des allies. Évidement la France revient à ses frontières de 1792, mais les paysans se foutent pas mal de la Belgique, de la Hollande et de la rive gauche du Rhin.

En mars 1815, l’aigle vole à nouveau, il se réinstalle dans son palais dès le 20 mars. Au village Nicolas est heureux mais inquiet à la fois. Il a peur d’une nouvelle guerre et d’une nouvelle occupation.

Au village rien ne change à part le maire Chardon qui craint pour sa place, car il a manifesté un royalisme bon teint pendant l’année écoulée. Les lenteurs de l’administration lui permette de rester jusqu’au 15 juin, c’est encore une fois Mauclerc qui le remplace.

Le 18 juin c’est le drame l’aigle est abattu dans une morne plaine Belge. Les étrangers reviennent et sont encore plus vindicatifs que l’année précédente. L’ancien maire revient aussi, Mr Mauclerc lui rétrocède la place. Bien heureux en somme car il va falloir gérer l’occupation des troupes vainqueurs qui risquent de rester un moment. Les réquisitions s’abattent de nouveau sur les villageois et chacun peine à trouver le nécessaire.
Le 8 juillet 1815, 600 bavarois passent par le village en pillant tout ce qu’ils peuvent, ils s’emparent d’un cheptel de 15 vaches. Nicolas exècre particulièrement cette nation qui doit tout à Napoléon et qui l’a trahi comme les autres. Le 14 juillet c’est les troupes Russes qui passent dans le village il n’y a plus rien à voler, les femmes se cachent.
Le 17 juillet un détachement russe fort de 110 hommes et commandé par un capitaine s’installe à demeure dans la commune ils sont forts exigeants, Mr Chardon fait des miracles pour les contenter.

Nicolas surveille ses moutons avec vigilance car les soldats ne dédaignent pas la viande ovine. Le 2 septembre une nuée de cosaques et de tartares envahit le village, heureusement il ne reste qu’une journée. Nicolas et sa famille comme tous les villageois crèvent de faim. Le 15 octobre il a encore fallut nourrir 150 hussards prussiens, ils restent jusqu’au 21 octobre.
Le village n’a plus de réserve et la mauvaise saison commence. Mais les pauvres n’en n’ont pas fini car d’autres passent, encore et encore. L’occupation se prolonge ,l’année 1816 est froide, les moissons se prolongent jusqu’en octobre et l’avoine reste dans les champs. Le roi dans sa grande bonté accorde sur ses fonds propres 1300 francs aux indigents de Verdelot. Le maire fait la distribution, la famille Perrin et la famille Cré n’y ont pas droit. Pourtant Marie Louise est grosse de son 6ème enfant, elle accouche le 27 juin 1817, son beau frère absent n’est pour une fois pas témoin, l’instituteur Mr Berthemet et Mr Gaillard patron de Nicolas signent l’acte de naissance.

L’année n’est bonne pour personne, fin mai les paysans se révoltent et pillent Launoy renault et la Bonneterie, le maire fait appel aux autorités et les cuirassiers de la garde royales rétablissent l’ordre. Nicolas et plusieurs autres sont appréhendés, heureusement le roi magnanime accorde une amnistie. Mr Chartron saura se souvenir du pillage de sa demeure.
Le pain déjà cher est monté jusqu’à 9 sols la livre, le peuple mange de l’avoine . En mesure d’apaisement social 1500 francs de pain est distribués à Verdelot, cette fois Nicolas et sa famille en profitent.

L’année 1818 est une bonne année, il fait un temps magnifique les blés sont beaux et le vin abondant et puis les troupes étrangères d’occupation quittent enfin la France, finit les réquisitions et les vexations. La mort de la petite dernière en septembre vient ternir malgré tout la joie de la maisonnée.

La prospérité revient peu à peu, les occupants enfin sont rentrés chez eux, le climat est clément en cette année 1819, Marie Louise est de nouveau enceinte, elle a 40 ans . L’ accouchement a lieu en février 1820, Nicolas André donne à son petit les prénoms de Joseph Alexandre Napoléon, le maire après avoir noté les trois prénoms se récrie et raye le prénom honnis sur le registre d’état civil. Nicolas qui passe pour un original devient un factieux qu’il faut surveiller.
Il ne fait pas bon en 1820 de manifester un Bonapartisme trop voyant. Une semaine avant la naissance de Joseph, le duc de Berry héritier du trône a été assassiné en héros chrétien comme le dit le très royaliste maire de Verdelot. Mais le 27 décembre 1820 lui naît un fils posthume que l’on nomme le duc de Bordeaux, seul rejeton de la famille chérie des bourbons comme l’écrit le même maire.

Avec un tel flagorneur à l’égard des gens en place, il n’y a aucun risque de voir un enfant de la commune s’appeler Napoléon.

L’année 1821, voit quelques changements à la tête de la cure du village, l’abbé Rollin a quitté le village, un jeune prêtre nommé Lebeau a assuré l’intérim en attendant l’arrivée du titulaire L’abbé Bardin, qualifié par le très clérical Mr Chardon de recommandable.

Nicolas s’en moque il ne va que très rarement à la messe malgré les bouderies de son épouse.
Les paysans sont heureux cette année car le blé est abondant, par contre les vignerons font grise mine car il n’y a pas de récolte. Mr Chardon grand seigneur fait réparer le pont de l’école.

Nicolas qui n’a bénéficié d’aucune instruction envoie ses enfants auprès de l’instituteur Monsieur Berthemet, il lui en coûte un peu mais les mœurs évoluent peu à peu.

Les années se succèdent, en 1822 l’église du village qui avait été pillée par les cosaques retrouve un peu de splendeur avec le don de 6 flambeaux et une croix d’argent, le village sous l’impulsion du curé et du maire célèbre l’événement. Même Nicolas traîné par son épouse va à l’église.
A 44 ans Marie Louise pensait être tranquille mais elle reste fertile et se retrouve encore enceinte, bien que cela soit le lot de toutes les femmes elle aurait préféré ne pas l’être . Nicolas a déjà 5o ans, il n’est plus aussi solide qu’autrefois. La délivrance arrive en avril 1823 ce fut long et douloureux l’enfant de sexe féminin meurt 3 semaines plus tard. D’après la sage femme Marie Louise ne pourra plus enfanter.

Mr le maire se félicite de l’expédition du duc D’Angoulême en Espagne en se gargarisant qu’il a réussi là où Buonaparte a échoué. Belle promenade en vérité qui fait pleurer de rage les anciens grognards. En 1824 le roi podagre décède, lui succède son frère au grand plaisir de Mr le maire, Nicolas craint le retour des bigots.

Les premiers enfants sont maintenant des adultes, le couple pense être tranquille du coté des maternités il y a 5 enfants vivants, les 2 aînés travaillent dans des fermes et le 3ème à 14 ans est déjà pâtre avec son père. La récolte de 1825 est bonne et le vin est excellent, le bon roi renoue avec les fastes de Reims et se fait sacrer .

En 1826, Marie Louise est de nouveau enceinte c’est la catastrophe elle va avoir 47 ans et maudit son bonhomme qui va sur ses 55 ans.

L’accouchement se passe pourtant bien et l’enfant vivra en pleine forme, cette même année notre bon maire à la douleur de perdre sa fille. Sainte femme de 25 ans dévouée aux pauvres, son père la fait rapatrier dans le cimetière de Verdelot où son tombeau est vénéré. Nicolas ne croit pas à ces fadaises et ignore la ferveur des masses autour d’une défunte même si c’est la fille du maire.

Nicolas André n’a pas la chance de vivre assez longtemps pour voir le mariage d’un de ses enfants, par contre il a le plaisir de voir s’effondrer la royauté des ultras et voir monter sur le trône la branche cadette des Orléans, bien sur il aurait préférer un Bonaparte mais cela seul ses enfants le verront.

Le 18 juillet 1833, à 2 heures de l’après midi il meurt en son domicile à l’age de 66 ans passés.

JEAN BAPTISTE PERRIN, ÉPISODE 3 Vannier du petit Morin 1733 – 1782

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JEAN BAPTISTE PERRIN

1733 – 1782

L’an de grâce 1753, lorsque avec ses frères, il ferma les yeux de son père, Jean Baptiste était déjà un homme fait, le rude apprentissage chez un vannier l’avait marqué. Une rude école, levé à l’aube, couché à la nuit tombée, un labeur dans le froid et l’humidité. Une tambouille fruste et insuffisante, et les taloches du patron qui remplaçaient celles de son père. Mais il avait grandit, apprit à travailler et à aimer son métier. L’ouvrage ne manquait pas, les vallées des deux Morin produisaient un osier de qualité et de bon marché. Les débouchés étaient énormes en ce pays viticole et fromagé.

Hottes pour le transport du raisin et éclisses à fromage, mannequins pour le transport des betteraves fourragères, paniers des paysannes et corbeilles divers. Son patron arpentait les fermes des environs et tentait de glaner des commandes. Il s’installait également dans les cours de ferme pour effectuer les réparations. Jean Baptiste accompagnait souvent son patron, le vagabondage d’une ferme à l’autre lui plaisait et parfois il rencontrait ses frères Pierre et Nicolas restés sur Boitron . Il croisait aussi sa nombreuse parentelle, les PERRIN, le long des rives du Morin ne manquait pas. Évidement l’agriculture n’était jamais bien loin et le patron possédant quelques terres il fallait aussi trimer dans les champs.

En 1757 lors d’une tournée, il fit la connaissance d’une fille de ferme nommée Marie Magdeleine SOUARD, quelques sourires et plaisanteries plus tard un baiser fut échangé. Rapidement ils décidèrent de convoler, Jean Baptiste et Marie Magdeleine s’en furent trouver leur mère respective car au niveau matrimonial ils étaient mineurs tous les deux. La majorité était à cette époque de 30 ans pour les hommes et de 25 ans pour les femmes. Ils obtinrent le consentement respectif de leur tutrice sans aucun problème et la date des noces fut fixée pour le 24 janvier 1758 en l’église de Boitron. Les bans furent proclamés 3 dimanche consécutifs, le 8, le 15 et le 22 janvier 1758 aux prônes de la paroisse. Cette formalité obligatoire depuis l’ordonnance de Blois de 1579, ne souleva aucune contestation et le curé put les unir sans aucun problème.

Après les fiançailles célébrées le 23 Janvier dans l’église de la paroisse, le mariage eut lieu le mardi 24 janvier en présence de Marie Anne BAUDIN veuve PERRIN et Marie MAUPOIX veuve SOUARD, étaient présent Nicolas MOUTARDE parrain de l’époux ainsi que Nicolas PERRIN frère de l’époux. Nicolas BAUDIN oncle du marié avait fait le déplacement depuis Meaux, Sulpice HEBERT un ami signa également au bas du registre.

Les deux mariés s’installèrent sur la commune de Boitron, ils vécurent heureux au seul détail près que la première maternité tardait à venir, Jean Baptiste avait il l’aiguillette nouée ou Marie Madeleine était- elle sèche ? Les mauvaises langues allaient bon train et les plaisanteries scabreuses sur la virilité du marié se faisaient piquantes. De fait la première naissance ne vint qu’en 1764 soit 6 ans après, ce fut une fille qu’ils nommèrent Marie Madeleine, à cette date le couple avait quitté Boitron pour s’installer sur la commune limitrophe de Sablonnières. Le couple s’installa au hameau du Rousset en limite de la commune et proche du village d’Hondevilliers.

Il pratiqua son métier de vannier de façon indépendante, semi itinérant, il passait d’une ferme à l’autre pour y demander du travail. Il était évidement payé à l’ouvrage et les journées étaient fort longues. Jean Baptiste savait signer de son nom et comme tous les travailleurs qui se déplaçaient de ferme en ferme, participait à la propagation des informations et des idées.

En décembre 1765, il lui vint son premier fils, il le nomma Jean Pierre, il en était très fier. Le couple eut une autre fille en 1767. Cette dernière eut comme parrain un maître chirurgien de la commune de Nogent l’Artaut. Notre homme roi de la lancette et du rasoir aida la femme de Jean Baptiste à accoucher, l’enfant fut sauvé mais la maman ne s’en remit jamais et prise de fièvre elle décéda 5 mois plus tard à l’âge de 28 ans.

Pas question évidement de rester veuf. Il trouva facilement une nouvelle compagne et 10 mois après son veuvage il se remaria. Orpheline de père et de mère âgée de presque 30 ans, Marie Margueritte CRÉ sut accepter le contrat.

Ils convolèrent en la paroisse d’Hondevilliers le 24 février 1769. Le corps de la nouvelle madame PERRIN se prêtait fort à l’enfantement car 10 mois ne se passèrent pas avant qu’elle ne donne le jour un garçon nommé Louis Joseph.

Marie Marguerite élevait maintenant 4 enfants, avec une belle régularité elle accoucha d’une fille en décembre 1771, se fut le curé d’Hondevilliers qui baptisa l’enfant et non  celui de la paroisse. Il faisait froid, l’enfant était chétif et la cure d’Hondevilliers était plus proche que celle de ,Sablonnières. L’enfant ne survécut que 5 semaines mais son âme était sauvée.

Marie Marguerite n’accompagna pas sa fille au cimetière pour lui rendre un dernier hommage, elle n’avait pas fait ses relevailles et était donc impure.

Une femme qui ne s’était pas acquittée de la cérémonie religieuse  des relevailles ne pouvait en aucun cas se rendre dans un lieu public et à plus forte raison dans une enceinte sacralisée, elle ne devait  également avoir aucun rapport sexuel.

Jean Baptiste dut donc attendre pour toucher de nouveau son épouse que cette dernière effectua cette formalité religieuse . Les relevailles consistaient à se rendre à l’église avec le bébé, la marraine et la sage femme, pour y être bénie par le curé . Cette formalité biblique avait lieu 40 jours après la naissance ce qui correspondait au retour des règles . Notre vannier qui n’avait plus touché sa femme depuis le début de sa grossesse, car une femme enceinte aux yeux de l’église était aussi entachée d’impureté, se serait bien passé de ces fadaises.

Un petit banquet vint clôturer cette période de chasteté et sitôt les derniers convives partis, après que les enfants se fussent endormis, Jean Baptiste impatient ne fit pas de chichi pour posséder sa jeune femme.

Ils firent tant et si bien que 10 mois après mon ancêtre Nicolas André vit le jour.

Les grossesses se succédèrent, 2 filles et 2 garçons augmentèrent encore les bouches à nourrir.

En 1781 qu’en survint le dernier né, la fratrie se composait de 5 enfants, l’aînée de Jean Baptiste avait déjà 16 ans. Le couple avait perdu 3 enfants en bas age, ce qui se situait parfaitement dans la moyenne de l’époque.

Malheureusement le drame survint en février 1782, après une brève maladie Jean Baptiste rendit son âme à dieu après avoir reçu les saints sacrements du père DUPARC et en présence de sa parentelle.

Il laissait sa femme dans l’affliction et dans de graves difficultés matérielles.

article sur la Vannerie : http://posp52500.free.fr/vannerie%20A.htm

Nicolas PERRIN 1688 – 1753 ÉPISODE 2 Un vigneron au cœur de la Brie

NICOLAS

1688 – 1753

Magdeleine observa ses 2 garçons, l’aîné Nicolas avait 11 ans, le puîné à peine 9 ans. Leur père venait d’être mis en terre, le frêle équilibre de leur vie s’effondrait .
Les quelques arpents de terre que le défunt entretenait au prix d’un dur labeur, allaient ils retourner à la friche ou la veuve devrait elle vendre ?
Certes elle préférerait préserver cet héritage pour ses enfants, mais serait-elle capable de cultiver seule cette terre ?
Elle avait 36 ans et pourrait toujours se remarier, elle n’était pas encore une fleur fanée. Il fallait y réfléchir et de toutes façons le délai de viduité * lui donnait le temps d’y penser.
Pour la première fois de sa vie elle devenait civilement majeure, plus de père, plus de mari, elle était responsable de ses actes et devenait la tutrice de ses deux enfants.
Pour l’instant elle prit la décision de placer Nicolas comme domestique de ferme, les gages n’étaient guère élevés mais il serait nourri. Il resterait habiter avec elle et continuerait d’effectuer les tâches qu’il avait déjà l’habitude de faire. Le petit serait évidement mis à contribution, corvées de bois, traite de la vache, nettoyage de la porcherie et entretien du poulailler.
Madeleine demanda aide à la parentèle pour les travaux agricoles de ses maigres terres. Pour elle évidement rien ne changeait, elle continuait à se louer comme journalière et à se tuer les yeux à filer lors des veillées.

Ils s’organisèrent donc sous ce schéma. Les journées commençaient de très bonne heure, Nicolas se levait à la pointe du jour, avalait un restant de soupe, passait son pantalon par dessus sa chemise de nuit, chaussait ses sabots . Il secouait vivement son petit frère qui dormait sur la même paillasse pour qu’il se lève. Madeleine était déjà debout, habillée, elle se devait de montrer l’exemple.

Nicolas à ce régime devint vite un adolescent, endurcit aux durs travaux agricoles, il trouva peu à peu sa place parmi les valets de ferme. Son frère l’avait rejoint et tous deux formaient un tandem inséparable. Leur mère avait décidé qu’elle ne se remarierait pas, mais les garçons avaient remarqué la présence appuyée d’un journalier du village auprès de Madeleine. Il n’appréciait pas du tout, la peur du scandale, le qu’en- dira-t-on, les reproches du curé, il faudrait qu’il aborde le sujet avec sa mère. Il était hors de question qu’un autre s’installe sur les terres héritées de son père.
Il avait de toute façon bientôt 18 ans et les terres dont sa mère avait la tutelle, passaient sous sa responsabilité.
Sa mère avait d’ailleurs agit avec sagesse et circonspection et le capital avait même légèrement fructifié. A terme, le but de Nicolas était de planter des vignes sur l’une de ses parcelles.

Les deux frères, pendant le long apprentissage de leur enfance et de leur adolescence avaient appris une foule de choses, notamment la fabrication de support à fromage en bois. Ils s’en étaient fait une spécialité et allaient vendre leur production hivernale à la foire de Coulommiers. On les nommait les cajotiers * .

Nicolas avait eut une discussion franche avec sa mère, il réussit à éloigner son galant. Madeleine acquiesça à tout mais continua avec précaution à profiter de la fougue de son amant.

Les années passèrent, Nicolas et François avaient planté des vignes et ces dernières commençaient à donner.

Les deux frères unis comme les doigts de la main commencèrent à songer au mariage, mais il convenait de ne pas se précipiter, le morcellement des terres pour que chaque enfant ait une part de l’héritage, était une plaie au niveau de la productivité . Les terres formaient une mosaïque et les parcelles bordées de haies, faisaient ressembler à un damier géant. Les deux frères ne soupçonnaient pas encore qu’ils auraient une nombreuse descendance. Attendre pour se marier certes mais Nicolas comme son frère n’étaient pas insensibles aux courbes des jolies paysannes. Mais ces dernières succombaient peu à la tentation tant le risque de se retrouver fille mère avec les conséquences qui en résultaient dans ce monde paysan. Bien sur la nature garda ses droits et que de nombreuses entorses entachèrent définitivement la réputation de nombreuses belles.

Nicolas connut intimement sa future bien avant de passer devant le curé, la rencontre avait eu lieu lors d’un mariage dans le village. Les deux avaient danser pendant 3 jours favorisant un certain rapprochement. Puis sans attirer l’attention ils avaient continué à se voir. Elle se nommait Jeanne CHERIER, accorte paysanne d’une grande beauté, Nicolas se gaussait intérieurement de pouvoir la posséder. Cela se fit naturellement sans l’avoir prémédité, un baiser, une caresse, et un joli tapis de mousse dans le bois de Boitron, les deux complices étaient devenus amants. Cette relation intime ne les rapprocha guère, Jeanne devint fuyante, elle aimait Nicolas mais la peur de tomber enceinte la terrifiait. Nicolas n’en menait pas large non plus mais brûlait de recommencer l’expérience. Il s’en fut trouver la mère de Jeanne et lui demanda officiellement de fréquenter sa fille. La veuve CHERIER ne vit aucune objection, les PERRIN étaient connus pour leur sérieux.
Après cette demande les deux amoureux purent se voir régulièrement, ils avaient une envie irrépressible de faire l’amour et succombèrent quelques fois. Mais échaudés par la première fois, ils suivirent les recommandations dictées par l’expérience des commères de lavoirs. Jeanne prit donc l’initiative et chevaucha Nicolas, la femme au dessus l’imitait le risque de procréation. Ce moyen contraceptif nullement désagréable empêcha les deux imprudents d’avoir un enfant hors mariage.
Ce genre de chance valait croyance et tout le monde sauf François le frère et Marie la sœur de Jeanne crut que la belle arrivait vierge au mariage.

 

eglise boitron (2)Église Saint Martin

Nicolas et Jeanne furent unis le 10 janvier 1718, l’an 3ème du règne de Louis 15, le couple s’installa dans la maison de Nicolas, bien sur ils devaient cohabiter avec la mère et le frère de Nicolas. Cette promiscuité était de mise et, les rivalités entre Madeleine l’ancienne (60 ans ) et Jeanne devinrent fréquentes. Jeanne devait le respect à la marâtre, mais souvent des mots durs sortaient involontairement de sa bouche. Il y avait aussi la présence de François, jeune homme en quête d’une épouse. Les moment d’intimité étaient très rares et les jeunes époux devaient malgré leur lit coffre tempérer leurs ardeurs où pour le moins s’évertuer à faire l’amour silencieusement.

Au mois d’août 1718 Jeanne n’eut plus ses menstrues *, elle annonça la nouvelle à son mari, mais la cacha à sa belle mère. Cette dernière ne fut d’ailleurs pas dupe très longtemps et en bonne observatrice remarqua quelques changements notables dans la silhouette de Jeanne. Le premier enfant du couple naquit le 6 avril 1719. L’oncle François porta le petit Nicolas sur les fonds baptismaux accompagné de la cousine Jeanne CLOZIER.

Entre temps François avait quitter la maison pour se marier, Jeanne fut soulagée de ce départ.

Jeanne se releva de ses couches rapidement et reprit ses occupations habituelles, elle ne s’occupait de son petit que pour la tétée, les langes étaient changés parfois, mais le plus souvent l’enfant restait dans sa vermine accroché à une poutre. L’enfant n’avait guère de vie propre et seuls les plus costauds survivaient.

Depuis que François avait épousé une lointaine cousine, les terres des 2 frères mises en commun, avaient été morcelées en 2 parts, Nicolas ayant récupéré la plus petite parcelle car il avait gardé la maison.
La vie était donc rude, les travaux des champs se succédaient, la petite vigne de Nicolas donnait très peu, un mauvais vin qu’il vendait tant bien que mal mais qui lui rapportait bon an mal an quelques petites pièces. Évidement il n’en vivait pas, il se louait donc chez les gros laboureurs des environs. En hiver quand les travaux agricoles diminuaient il continuait à confectionner en famille des supports à Fromages qu’il allait vendre à Coulommiers. Pas de richesse, pas de pauvreté, il n’avait guère de besoin et vivait presque en autarcie avec sa famille.

La mère de Nicolas toujours à chercher noise se plaignit au curé que sa belle fille donnait encore le sein à son petit, au bout de 2 ans et que c’était un pécher que de copuler sans vouloir concevoir un  enfant du seigneur. La vieille d’ailleurs ne supportait pas que son fils et sa belle fille est des rapports sexuels pendant l’allaitement. Coutume en perdition que le curé ne préconisait plus en chair mais que les anciens en ratiocinant recommandaient comme une sacro-sainte prescription. Le curé ce dimanche ,monta en chair et tonna contre les mauvaises femmes qui faisaient durer l’allaitement comme moyen contraceptif. Le rouge monta aux joues de Jeanne quand l’assemblée réunit se tourna vers elle, elles n’étaient pas beaucoup en effet à être concernées par la diatribe du bon père.
Jeanne soupçonna sa belle mère mais n’en dit pas un mot, elle sevra son fils rapidement. Par contre elle se vengea en faisant plus de bruit que de coutume lorsqu’elle faisait l’amour à Nicolas . La mégère ne releva pas.

Au mois d’août 1721 une nouvelle maternité se profilait . La solide paysanne supporta sa grossesse sans problème et accoucha de son deuxième fils le 16 mai 1722. Elle fut assistée par la matrone du village et par sa belle mère. Le bébé fut nommé François et eut comme parrain Nicolas CHERIÉ son oncle. Les moissons approchèrent rapidement et la paysanne s’en fut aux champs. La belle mère s’occuperait du petit, car sa santé ne lui permettait plus de se louer. La maison n’était pas grande, Nicolas dormait avec ses parents et le petit  avec sa grand mère. L’année suivante les premiers frimas terminés, les travaux agricoles de printemps commencèrent. Période d’activité intense, nos paysans travaillaient comme des forçats, Jeanne participait aux semailles d’avoine, couverte elle eut très chaud et sua abondement pendant son ouvrage, lors de la pause elle ne se rhabilla pas et fut prise de frissons. Le soir elle eut de la fièvre, le lendemain ne put se lever, Nicolas fit appel à une guérisseuse, mais les décoctions ne firent tomber ni la fièvre ni la forte toux persistante. Jeanne traîna son mal une bonne semaine, le curé vint lui porter le viatique et le 4 mai 1723 au soir entourée des siens elle quitta le monde des vivants. Les proches et les voisines veillèrent le corps, le lendemain Nicolas et François allèrent au cimetière et creusèrent une fosse. Le corps avait été préparé et enveloppé dans un linceul. Une procession menée par Monsieur le curé se constitua et accompagna Jeanne vers sa dernière demeure, le glas sonnait, les paysans se découvraient au passage du sinistre convoi . Elle fut mise en terre sobrement , son mari, son frère, son beau frère, le maître d’école se signèrent puis allèrent boire un coup avant de poursuivre leurs activités.
Nicolas se retrouva veuf avec 2 enfants, heureusement sa mère bien que diminuée pourrait l’aider pour les enfants. Pour les travaux agricoles et l’entretien de ses maigres terres le problème se posait, ses journée étaient déjà longues. Il fit face à l’adversité, mais se fut avec soulagement
qu’il s’accorda avec Jean BAUDIN du village de Bussière pour obtenir la main d’Anne, paysanne de 30 ans qu’il convenait de marier avant que plus personne n’en veule .

Le 29 janvier 1726 ils s’unirent donc devant dieu en l’église de Boitron, Magdeleine la mère de Nicolas était présente, ainsi que le père de la mariée. René BROCHET le fermier chez qui Nicolas se louait leur avait fait l’honneur d’être présent,ainsi que Nicolas CHERIÉ beau frère de Nicolas.
Sulpice HEBERT le maître d’école qui collationnait les actes signa avec le curé et le fermier.

La fête dura 3 jours selon la tradition, un contrat fut passé et la mariée apporta une petite pièce de terre et un lopin de vigne.

Magdeleine qui n’aimait pas plus sa nouvelle bru que l’ancienne alla l’installer chez son fils François.

Avoir une compagne soulagea grandement Nicolas dans l’ensemble de ses tâches .

Anne se trouva grosse rapidement et accoucha de son premier bébé le 22 mars 1727, la petite fille se nomma Marie Magdeleine, le parrain fut Louis de LACOUR vigneron et Magdeleine BROCHET fille du témoin du mariage, malheureusement 5 mois plus tard la petite décéda subitement.

Le couple n’en fut guère affecté et les travaux des champs se poursuivirent, ils eurent d’ailleurs l’occasion de se réjouirent de nouveau car la belle paysanne était de nouveau prête à enfanter et le 22 juillet 1728 un garçon nommé Pierre arriva à la maison, c’était le troisième pour Nicolas mais le premier garçon pour Anne, elle en fut transportée de joie.

Elle fit désormais preuve d’une belle régularité, un an plus tard elle était déjà enceinte, l’allaitement n’avait pas été un contraceptif efficace. Le 1 février 1730, elle mit au monde un petit qu’il nommèrent Jean. Le parrain fut Antoine NITOT laboureur et Anne SERRURIER la femme de François PERRIN fut la marraine.

L’activité de Nicolas qui avait à cette époque pris une place prépondérante, était la vigne, son labeur assidu lui avait permis d’agrandir légèrement son patrimoine. Avec la fabrication des cajots, il arrivait les bonnes années ,à vivre de son travail ,quand les années étaient mauvaises il se louait de nouveau dans les grandes fermes.

Ses vignes se trouvaient sur les versants abruptes qui descendaient vers le Morin, nommé la côte de Boitron. Il produisait essentiellement du vin blanc, le breuvage était mauvais et était bu surtout localement. Nicolas avait maintenant presque un hectare. La vigne était basse, plantée en sillons serrés , 2 au mètre carré, extrêmement dense laissant juste le passage d’un homme ou d’un âne.

Le travail de la vigne nécessitait 3 façons, en automne un premier labourage, Nicolas attelait un crochet à labourer à son âne, le travail ainsi en était grandement facilité . En cette saison il convenait aussi de remplacer par la méthode du provignage * les pieds manquants, 100 à 150 pieds par arpent environ. Cette méthode consistait à coucher un sarment où une vieille souche qui prenait racine en conservant les caractéristiques du pied originel, et enfin pour en terminer avec les travaux d’automne, il fumait les pieds avec du fumier.
La deuxième façon consistait à tailler la vigne et à réaliser l’écollure * des souches . Il changeait si nécessaire quelques échalas * et attachait la vigne.
La troisième façon était le binage destiné à enfouir le fumier et à chausser la vigne en éliminant les herbes.
Nicolas effectuait ces travaux en compagnie de son frère qui possédait aussi des vignes.
Pour les vendanges tout le monde s’y mettait, femmes, enfants, vieillards, Nicolas embauchait juste des hotteurs *.

Les bonnes années compensaient les mauvaises et le fisc ne les déshabillait pas trop. Le couple possédait deux vaches et quelques cochons qui fournissaient les conserves de graisse et les salaisons. Comparativement à d’autres ils n’étaient pas malheureux.

En mai 1730 , ils mirent en terre le petit Jean, fauché par une maladie infantile, mais pas le temps de s’apitoyer car Anne était de nouveau ronde à la fin de l’été et eut du mal cette année là, à effectuer les vendanges. En mai 1731 ils nommèrent Jean Baptiste leur troisième fils, ce dernier ne vivra guère et rejoignit le carré des enfants dans le cimetière.

Mais Marie- Anne décidément très féconde mit au monde une fille en juin 1732. Elle avait beau allaiter, se mettre au dessus de Nicolas pendant l’amour rien ni faisait, régulière elle était , régulière elle resterait.
Elle n’en resta pas là, car en octobre 1733 un nouveau Jean baptiste fut baptisé et en 1735 lui vint des jumeaux, Louis et Claude. Les jumeaux survivaient rarement à cette époque et de fait ils décédèrent dans les jours qui suivirent .

L’accouchement s’était très mal passé et Marie Anne sut qu’elle ne pourrait plus enfanter, un soulagement en quelque sorte.

Au foyer il restait donc 4 garçons et une fille, c’était bien assez. L’ainé Nicolas travaillait déjà comme un homme, François âgé de 13 ans était garçon de ferme, Pierre 7 ans aidait aux bois , à la traite , aux volailles et bien sur aux vendanges, Jean Baptiste n’était qu’un nourrisson inintéressant et la seule fille Marie Magdeleine une petite fille de 3 ans qui ne servait encore à rien.

La vieille Magdeleine s’était éteinte à 75 ans sans laisser de gros regrets.

Les voisins immédiats étaient François et sa famille, 4 garçons et 2 filles, les familles se côtoyaient et faisaient souvent pot commun, les veillées se faisaient ensemble et la lessive aussi.

La vie était rythmée par les actes religieux, le 3 avril 1735 le village se trouva réuni avec le curé LANGLOIS pour bénir la nouvelle croix du cimetière et en cette veillée de Pâque qui tombait cette année le 10 avril, Nicolas et sa femme durent communier, le curé tenait un compte exact des ménages et nul ne devait se soustraire à cette obligation.

Le 19 octobre 1735, Marie Anne la grosse cloche de l’église fut bénite par le curé en présence de tout le village, de son parrain Jérome LEROY échevin de Rebais et de sa marraine Marie Anne VIVIER bourgeoise femme de Jean ROBICHE propriétaire de la plus grosse ferme de Boitron.

Les paysans aimaient ces cérémonies et n’auraient pour rien au monde manquer ces services

Les 2 frères PERRIN faisaient partis de la fabrique, assemblée délibérative qui traitait de l’administration de la paroisse, en octobre 1735 il fut décidé par exemple que la somme allouée aux luminaires de l’église serait de 32 livres et que si il y avait un surplus, il serait gardé pour les bonnes œuvres. Les discussions étaient souvent houleuses et ratifiées par Maître HUVIER notaire à Rebais.

Le 4 février 1737 la fratrie perdait François, à 40 ans il partait dans la force de l’âge, son fils Louis lui succéda comme chef de famille, mais il n’avait que 15 ans et son oncle devint son tuteur.
Le 3 mars la place de François sur le banc paroissial ,fut attribuée à son fils François pour la somme de 20 sols .Une nouvelle génération de PERRIN entrait peu à peu dans la vie de la communauté .
L’attribution des places sur les bancs faisait souvent débat, et nos paysans se prenaient le col quand ils s’estimaient lésés. En fonction de l’emplacement la somme à débourser n’était pas la même. Le rapprochement près de l’autel était un gage de réussite.

En décembre 1739, fut procédé à l’élection d’Hélène CONTI comme nouvelle sage femme du village, les femmes PERRIN votèrent avec l’accord de leur mari, père ou fils.

Début mars 1740, une épidémie de fièvre frappa Boitron et Nicolas perdit 1 neveu de 11 ans et une nièce de 8 ans.

Le 22 mai 1740 une place à 30 sols fut attribuée à Nicolas le jeune qui signa fièrement pour la première fois sur un registre
L’année 1743, Nicolas le jeune se maria avec la fille d’une lignée de vignerons du village, la position des PERRIN était définitivement assise parmi cette corporation.

Bien sur la fabrication de support à fromage continuait et l’apport d’argent n’était pas négligeable quand Nicolas rentrait de la foire de Coulommiers où de celle de Viels Maison.

En 1745 le couple eut le malheur de voir succomber leur fille Marie Magdeleine, belle gamine de 13 ans qui fut balayée en quelques jours par une infection des bronches.
L’année suivante Nicolas laissa partir son 4eme fils avec un vannier de la commune de Sablonnière .L’artisan qui était passé chez Nicolas pour réparer des hottes avait besoin d’un apprenti, Jean Baptiste qui allait sur ses 13 ans quitta donc les siens.

Les années s’écoulèrent dans la quiétude malgré le malheur qui les frappa encore en 1749 lorsque François le 2eme fils mourut à 17 ans , suite à une mauvaise ruade d’un âne dans un rang de vigne.

Le 3 février 1753 Nicolas se rendit dans ses vignes, il n’en revint jamais car il s’écroula entre 2 rangs et c’est son fils Pierre qui le trouva dans la soirée lorsque tout le monde s’inquiétait de ne pas le voir rentrer.

Selon la tradition il fut enterrer le lendemain, accompagné en sa dernière demeure par ses 3 fils, Nicolas, Pierre et Jean Baptiste.

Il avait déjà 3 petits enfants, la lignée était assurée

 

1 – viduité : Délai de viduité. Délai que doit respecter une femme veuve ou divorcée avant de pouvoir se remarier, afin d’éviter toute confusion où incertitude sur la paternité d’un enfant à naître
2 – menstrue : nom féminin pluriel (latin menstrua)
Synonyme vieux de règles
3 – cajotier :  Artisan qui fabriquait des supports à fromage

 4 – provignage : Provignage (viticulture) : voir Marcotage. Technique qui consiste à coucher un sarment (ou une vieille souche) qui va prendre racine dans une fosse en reproduisant fidèlement (par bouturage ou provignage), les caractéristiques du pied originel. Avant le phylloxéra, le provignage était la méthode utilisée pour multiplier la vigne et remplacer les pieds défectueux. C’est en fait une technique comparable au marcottage employée aujourd’hui en jardinage, ce qui était possible autrefois sur la vigne avant l’apparition du parasite. Depuis, le greffage des cépages sur des pieds américains ou franco-américains immunisés est devenu indispensable.

5 – écollure : Écorçage des ceps avec une brosse métallique pour lutter contre la pyrale qui est un papillon. Les chenilles mangent les feuilles au printemps en sortant de leur léthargie

 6 – échalas : Perche à laquelle on attache des plantes dont la tige ou les rameaux sont trop faibles pour se soutenir naturellement.

7 – hotteur : Porteur de hotte ( panier en osier servant au transport du raisin lors des vendanges )

.VIE DE NICOLAS

1688  –  1753

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Une famille au cœur de la Brie : 1 épisode, Nicolas PERRIN, un mariage Briard au temps passé

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Église Saint Christophe de La Trétoire

NICOLAS PERRIN

1651 – 1699

En ce début de matinée hivernale le brouillard posé sur la vallée semblait suspendu au temps,le blanc manteau accroché aux arbres des rives du Petit Morin était immobile.
Seules les cloches des églises Saint Laurent de Boitron et Saint Christophe de La Trétoire émergeaient de cette ouate protectrice.

Nicolas PERRIN, immobile ,engoncé dans une veste de mouton, un large chapeau sur la tête, des sabots fourrés de paille, appuyé sur un long bâton, ne faisait qu’un avec le paysage.
Les rayons du soleil commençaient à poindre et chauffaient doucement les versants de la colline.
Sous l’action de la chaleur, l’humidité exsudait de la terre et telle un feu follet tournoyait en une ronde folle autour de Nicolas.

Sur sa droite la côte de Boitron, où le vignoble briard s’étendait, il produisait un vin dur et acre, Nicolas et les autres paysans n’en connaissaient pas d’autre et l’appréciaient malgré tout. A sa gauche, il voyait le bois des Nitots où il allait faire une corvée de transport de bois avec d’autres paysans.

Il était chez lui sur cette terre, né en 1651 dans cette commune de Boitron, il avait grandit dans ce village et ne s’en était jamais éloigné très longtemps. Il allait à 36 ans enfin prendre femme et cette circonstance lui rendait le cœur joyeux. Sa future se nommait Madeleine LE DUC, elle demeurait sur le côteau d’en face à La Trétoire ,petit village similaire à Boitron. La frontière des 2 communes était la rivière le Petit Morin, très peu large et assez peu profonde il n’empêchait guère les échanges entre les 2 communautés.

Attaché à sa terre, Nicolas était aux dires des anciens le fruit d’une longue lignée d’hommes nés de la terre de Brie. De fait, de nombreuses familles de PERRIN étaient installées dans la vallée du Petit Morin et selon le curé beaucoup étaient de ses cousins. Le père LE BOMAY érudit, lui avait expliqué que tous les PERRIN de la vallée n’avaient pas tous le même ancêtre, Nicolas n’avait rien compris et s’en moquait, il connaissait des PERRIN sur La Trétoire, sur Boitron, sur Sablonnière, sur Orly s/ Morin et sur Bessevale, il en saluait certains par un » bonjour cousin », les autres que la mémoire familiale n’avait pas reconnus de la famille ,étaient salués comme de simples connaissances. Le prêtre de la paroisse  savant parmi les illettrés  qui se piquait d’onomastique, pensait que ce nom venait dans les temps reculés du prénom Pierre. Nicolas ne savait ni lire ni écrire, le bon servant pouvait lui raconter ce qu’il voulait.

Pour l’instant on l’appelait le plus souvent » PERRIN le jeune », jusqu’au jour ou on le surnommerait l’ancien.

Son univers était réduit aux quelques villages des alentours et à la petite ville de REBAIS distante de 7 kilomètres. En 36 ans il n’était allé que 2 fois à la grande ville de Coulommiers située à 21 kilomètres. Les cloches et les saisons rythmaient la vie paysanne, ponctuée de fêtes religieuses d’événements familiaux. Les travaux de la terre étaient difficiles, Nicolas se louait dans les grandes fermes, il n’était pas riche. Quand  les récoltes étaient bonnes , il avait le ventre plein, quand elle était mauvaise la faim le tenaillait.
Il vivait chez ses parents mais aussi le plus souvent dans les fermes qui l’employaient.Le père possédait une petite maison d’une pièce avec étable contiguë, quelques ares de terre, un peu de volaille et 2 cochons.

Il entendit une voie familière qui le sortit de sa torpeur.

 » Alors le futur marié tu rêves aux miches de ta promise  »

Nicolas grogna et reprit la route vers la coupe de bois, accompagné de son copain Pierre CUISINIER.

A vrai dire il ne pensait qu’à Madeleine, ses bras, son corps. Il sentait encore les baisers qu’ils avaient échangés en cachette. Elle avait 10 ans de moins que lui, ils s étaient rencontrés lors d’une noce. Ils avaient dansé de longues heures ensemble. Nicolas l’avait même embrassée le deuxième jour. Le manège n’avait pas échappé aux parents respectifs. Le père de Nicolas et le père de Madeleine s’étaient entendus pour une période de rencontre préalable. Ils avaient trinqué. Malgré leur âge, les 2 prétendants avaient besoin de l’accord parental, difficile de contourner cette formalité dans une communauté paysanne.

Nicolas et Madeleine se rencontrèrent donc toujours dans des lieux publics et en présence d’un chaperon. Il va de soit qu’ils arrivèrent à contourner cette obligation et purent s’échanger quelques caresses. Malgré des étreintes vigoureuses, Nicolas ne peut rien obtenir de plus, Madeleine était sage.

Au bout de quelques mois Nicolas put aller demander la main de Madeleine à son père Toussaint LE DUC, ils se mirent d’accord, Nicolas versa des arrhes et pour quelques pièces d’argent obtint sa belle Madeleine.

Le mariage fut donc décidé pour le 18 février 1686.

La plupart des paysans qui composait la corvée, étaient invités à la noce, le sujet en était pour l’instant la future nuit de noces, les propos étaient égrillards. Les paysans avaient le don des mots imagés.

LE MARIAGE

Les 3 bans traditionnels furent publiés au prône des messes dominicales des églises de La trétoire et de Boitron. Personne n’émit une objection au mariage. Il n’y avait aucune raison à cela, les 2 futurs n’avaient strictement aucun lien de parenté.
Les invités avaient été prévenus, le mariage aurait lieu à l’église de La trétoire, et la noce chez les parents LE DUC.
Les victuailles furent rassemblées, la robe de la mariée cousue par une voisine, le jour de la noce arriva enfin.

L’aubade

Pendant que Madeleine et les femmes s’activaient pour que tout soit prêt, Nicolas s’apprêtait à perpétuer une tradition Briarde. Il était à peine 6 heures du matin lorsque Nicolas avec un violoneux et une troupe de jeunes gens de Boitron et de La trétoire arrivèrent devant la maison de Pierre MOUTARDE. La joyeuse bande entonna une chanson.
Nicolas pénétra dans la maison.

 » Bonjour Maitre, le déjeuner est pour 8 heures, le mariage à 10 h 30, n’y manquez pas. »

 »J’y serai Nicolas  »

Le maître de céans paya à boire à toute la bordée et, ils s’en furent vers une autre maison, après avoir écrit avec une craie sur la porte  »aubade donnée  ».
Le cérémonial se répéta dans bon nombre de maisons.

La cérémonie de l’aubade terminée, Nicolas rentra chez ses futurs beaux parents et se fit raser par l’un des barbiers du village, ce dernier était également gargotier et recevait habituellement dans sa petite échoppe entre deux verres de rappée.

La noce fut enfin prête et l’on prit le premier repas de la journée, ce déjeuner préparé par Madeleine, ses sœurs et sa mère était composé d’abattis.
Nicolas et ses commensaux se régalèrent des têtes, des cous, des ailes et des abats de volailles qui allaient être servis au cours des autres repas.

Mais il était temps de se rendre à l’église, juste le temps pour Madeleine d’accrocher un bouquet à sa robe. Les demoiselles d’honneur le lui avaient offert, Nicolas qui n’était pas de la commune n’en reçut pas.

Les LE DUC habitaient au hameau de Champs la bride, guère éloigné de l’église, ils  formèrent un cortège et arrivèrent à l’église où les attendait le curé.

La mariée était très belle dans sa robe rouge, rehaussée d’un tablier blanc. Une petite coiffe blanche lui couvrait les cheveux.
La noce était nombreuse et débordait à l’extérieur de la petite église. Les parents, les cousins Louis LEGOUGE, Noël et Jean CLOZIER, Pierre CUISINIER et une nombreuse parentelle, étaient venus de tous les environs.
Les demoiselles d’honneur avaient muni Madeleine du bâton de la vierge la plaçant ainsi sous sa sainte protection. Lorsque le curé BONAY les eut bénis, le bâton lui fut retiré car elle était désormais sous la protection de son mari.

Après que Nicolas eut passé l’anneau nuptial à Madeleine, les époux s’agenouillèrent et le curé entonna, repris par tous le  » Veni Créator  ».
Noël CLOZIER et Pierre CUISINIER se levèrent et tendirent une écharpe blanche au dessus du couple, le prêtre les bénit. Le cérémonial du passage sous le drap achevé la noce sortit de l’église.

Nicolas et Madeleine étaient liés devant Dieu et devant les hommes. Sur le parvis une troupe de fraîches paysannes offrit le bouillon de la mariée, soupe de légumes fortement poivrées.
Le breuvage dut être bu par les mariés puis par tous avec une cuillère crénelée rappelant les difficultés d’une union avec un homme.

Nicolas,  marié à Madeleine fille de La trétoire ,eut enfin droit à un bouquet de fleurs offert par les jeunes de la commune. Il les remercia d’une pièce d’argent et les invita au souper.

Tout le monde repartit bras dessus bras dessous pour se rendre chez les LE DUC. La noce trouva porte close. Madeleine frappa encore.

Son père lui cria

– » Vas t’en d’ici, tu n’es plus chez toi  »
– »Mais père laissez nous rentrer  »
– » Si tu veux rentrer , il va falloir que tu chantes  »

Madeleine s’exécuta:

Je suis mariée,
Vous le savez bien.
Si je me suis trompée,
Vous n’en saurez rien.

Ouvrez moi la porte
Je dînerai bien.
Ouvrez moi la porte,
Je vous aimerai bien !

Après plusieurs couplets la porte s’ouvrit enfin, et la noce put enfin se rafraîchir.

Le dîner devant être servi vers 2 heures, les invités pour patienter commencèrent quelques pas de danse.
La série de repas commençait, les convives allaient manger, boire et danser pendant presque 3 jours.

Le dîner fut simple et le vin briard coula à flot, les jeunes dansèrent au son du violon et du fifre et profitèrent de l’inattention des parents pour se conter fleurette. La décence restait évidement de mise, bien que quelques baisers se furent échangés.

La nuit venue les danses se firent à couvert dans une grange aménagée pour l’occasion, bien que personne n’eut faim, le souper commença après 6 heures . Les agapes continuèrent, le vin fit son effet, chansons égrillardes et propos salaces apparurent . Les filles devinrent moins timides, certains couples arrivèrent même à s’échapper pour se mettre à couvert de l’obscurité. Pas question évidement pour les mariés de s’échapper, Nicolas dut mettre un tablier blanc et faire le service, tradition dont il se serait bien passé.
Le vin était servi par des enfants embauchés pour la circonstance, on nommait ces derniers des « CALVIN », ce n’était guère flatteur pour le réformateur protestant. Les catholiques briards assimilaient le moine protestant  à un chien, le service du vin dans une noce était difficile c’était donc un travail de chien, d’où l’assimilation.

Le Guillonneau

Au cours de la nuit un vacarme se produisit, une troupe de jeunes gens couverts d’oripeau, le visage barbouillé de suie ou de farine pénétra dans la grange. Chacun chantait à tue tête

Ah ben l’bonsoir, la sainte hotée,
Ah ben l’bonsoir, la sainte hotée,

Que l’guillonneau nous soit donné
Dans vot’e maison

Si tu es dans ton lit couché,
Fais-y ta femme relever
Et fais-y ses mains bien laver
Et à souper nous préparer
O compagnon

Que l’guillonneau nous soit donné
Dans vot’e maison

Le marié répondait

Entrez entrez, gais compagnons,
Le guillonneau vous sera donné
Dans not’e maison

Le plus costaud portait une hotte vigneronne, la troupe fit le tour de la tablée où les convives leurs donnèrent les restes du repas. Une fois la hotte pleine la troupe s’éloigna pour faire bombance. Invités par Nicolas, ils revinrent compléter la troupe des danseurs.

La tradition était forte et personne ne se serait avisé de ne rien donner pour le Guillonneau.

La vente de la mariée

Par contre une coutume dont se serait bien passé Nicolas était la vente de la mariée. Un cousin de Madeleine fort en gueule prit les choses en main, il fit monter la mariée sur un banc et commença la vente, Madeleine était rouge de confusion. La lutte devint serrée entre les femmes et les hommes, mais la victoire resta à ces derniers. La coupelle était pleine de pièces, mais le cérémonial ne s’arrêta pas là. En un long conciliabule les vainqueurs décidèrent du prix de rachat de Madeleine par son époux.
En cas de non paiement, Nicolas n’avait pas le droit d’approcher la mariée le reste de la soirée.
Il fit comme de juste et comme il le devait, languir un peu sa femme. Il la racheta enfin. Pour eux la soirée se terminait, ils devaient s’éclipser discrètement pour aller rejoindre la couche de leur nuit de noce.

Personne ne fut dupe de leur départ, les fêtards avinés commentèrent par avance les étreintes des 2 nouveaux mariés.

Enfin seuls, cela ne leur était guère arrivé, Nicolas un peu emprunté enlaça Madeleine et l’embrassa.
Un désir refoulé et inextinguible monta en eux. Ils se déshabillèrent pudiquement chacun de leur coté et se glissèrent dans le lit coffre. Ils étaient tous les deux vierges et firent tout doucement l’apprentissage de l’amour.

Le lait boullu

Le matin ils furent réveillés par une troupe de noceurs qui ne s’était pas couchée de la nuit. Ils présentèrent rituellement un bol de vin chaud où trempaient des tartines de pains aux 2 amoureux. Bien évidement les us et les coutumes gardaient force de loi et Madeleine honteuse dut montrer le drap rouge du sang de son hymen défloré.

Bientôt ils s’en furent dans tout le village pour courir le lait boullu et répandre la bonne nouvelle.
Le Nicolas PERRIN n’avait pas l’aiguillette nouée et selon les dires, la Madeleine avait été servie bon nombre de fois.
Boire le lait boullu consistait pour les paysans à réveiller les membres de la noce et se faire servir du lait chaud.

Puis la journée recommença comme la veille, déjeuner, dîner, souper et danses, la fête dura 3 jours. Nicolas et Madeleine suivis des fêtards les plus résistants ,firent le tour des invités de la noce qui en retour, offraient collations et rafraîchissements.
Boitron, Sablonnières , Bassevelle et Orly sur Morin furent successivement visités. La marche aida à faire digérer.

Le deuxième jour, la noce s’était rendue en procession à Rebais, la grande ville du coin pour que les invités en fonction de leurs moyens payèrent des ustensiles de cuisine utiles à l’installation du couple.

Le jeudi, chacun était retourné au labeur y compris les 2 mariés. Nicolas manouvrier se louait dans les fermes du coin, Madeleine également.

Au fil des années

Ils restèrent quelques temps chez les parents de Madeleine.

18 mois après le mariage Madeleine commença à s’arrondir, ce fut la joie, le couple était fécond.

Le 10 mars 1688 naquit Nicolas PERRIN, il fut baptisé le même jour, la mort d’un nourrisson était très redoutée à cette époque et sous peine d’errance perpétuelle le nouveau né devait être lavé rapidement de toute impureté originelle . Le parrain et la marraine furent choisis parmi les nombreux cousins et cousines. Pierre LANIEL et Jeanne CLOSSIERE s’engagèrent donc auprès de la communauté et auprès de Dieu. Ils devraient en cas de décès des parents s’assurer que Nicolas soit élevé dans le credo de la religion catholique.
L’accouchement  eut lieu devant les voisines et avec l’aide de la Matrone du village.

Madeleine nourrit immédiatement Nicolas aux seins, cela valait mieux pour le petit, les enfants nourris au lait de vache mouraient en général très rapidement. Le lait non stérilisé véhiculait de nombreuses bactéries.

Madeleine n’avait évidement pas participé au baptême, elle était impure. Elle le resta d’ailleurs pendant 40 jours et dut avec l’une de ses voisine se rendre à l’église avec un cierge pour être bénit par le prêtre. Madeleine après cette cérémonie des relevailles n’était plus impure pour son mari, mais le calvaire de Nicolas n’était pas terminé, il aurait bien câliné sa belle mais faire l’amour pendant l’allaitement était tabou, Madeleine tint ferme, du moins pendant les premières semaines.
Nicolas ne pouvait pas profiter de la poitrine opulente de Madeleine. La semence humaine gâtait le lait, Nicolas n’y croyait guère mais sa femme oui.

Pendant 18 mois le petit téta sa mère, puis le lait maternel se tarissant , le lait de vache fit son apparition et les tendres enlacements réapparurent , Madeleine se retrouva de nouveau enceinte et accoucha d’un petit François en janvier 1691. On demanda à Nicolas ROLAND un cousin si il voulait être parrain et à Marie PERRIN une tante, d’être marraine les 2 acceptèrent et le petit fut baptisé le jour de sa naissance par le nouveau curé , le père CATTON.

C’est aussi vers cette époque, que Nicolas acheta une petite manse sur Boitron, il déménagea donc avec Madeleine et les 2 petits. Fini la promiscuité parentale. Le bout de terre acheté ne suffisait pas à nourrir la famille et Nicolas continua de se louer, assurant comme la plupart le travail de leur terre et le travail dans les fermes des autres.

En 1694, le 19 mai une petite fille naquit dans le foyer, ils la prénommèrent Jeanne. L’accouchement fut difficile et la petite très malingre. Un mauvais présage selon la matrone qui avait accouché Madeleine.

Elle avait raison, Madeleine eut du mal à se remettre et était presque sur qu’elle ne pourrait plus enfanter.
Le bébé fut baptisé, le parrain se nomma Martin MARESCOT et  la marraine Jeanne LACOUR .

19 mois plus tard une forte fièvre mit fin à la vie de la petite, par encore sortie de ses langes, ce décès ne modifia guère la vie de nos paysans, la mortalité enfantine était très forte.

Mais le malheur ne quitta plus la maison, au mois de juin 1699, au retour des champs, Nicolas se plaignit de courbatures et d’une forte fièvre, il se coucha pour ne plus se relever. Madeleine fit appel à un guérisseur, alla même acheter des drogues au marché de Rebais, mais rien n’y fit, le 21 juin il abandonna son âme au ciel. Sa dépouille terrestre alla rejoindre ses ancêtres au cimetière de Boitron dès le lendemain. Sa famille et ses amis l’escortèrent jusqu’à sa dernière demeure.

 

Pour vous situer  : Mon ascendance jusqu’à Nicolas PERRIN

Pascal TRAMAUX 1961

Yvonne PERRIN 1927

Charles PERRIN  1889 – 1954

Jules Joseph PERRIN 1860

Joseph alexandre 1820 – 1899

Nicolas andré 1772 – 1833

Jean baptiste 1733 1782

Nicolas PERRIN 1688 – 1753

Nicolas PERRIN 1651 1699

Ancêtre à la 8eme génération, parenté 0,39

Renseignements puisés dans  :  » La brie d’autrefois  » de  Jules GRENIER édition Amatteis 1986

 »  Une province Française aux temps du grand roi de la Brie  » d’Emile MIREAUX  édition hachette 1958