UNE ANNÉE DE LA VIE D’UNE FEMME , SEMAINE 19, les saints de glace

Ambiguïté, c’est un mot bien bizarre en somme, c’est la lutte entre le moi et et le non moi. Je délire.

Je ne fais qui penser. Comment peut-on aimer un homme qui vous prend alors que vous ne le voulez pas, comment aimer un homme qui se croit propriétaire de votre corps. Ambiguïté vous dis je, car le Stanislas le l’aime il est mien et peu importe comment il me traite. Quand je le regarde dormir je suis pleine de tendresse pour lui, quand je le vois partir je n’ai qu’une hâte c’est qu’il revienne, pourtant je suis en colère, je suis humiliée, j’ai mal dans mon corps j’ai mal dans mon âme, mais je l’aime.

Un vraie fournaise que mon cerveau, je le hais, je l’aime, il me rebute, j’en ai envie, je veux un autre homme mais je le veux lui. Lorsqu’il me fait l’amour je vois mon petit valet mais lorsque je m’approche du fruit de mes pensées. Je les vois comme obscénités, comme péchés et comme honteuse compromission avec le diable.

Pour l’heure je suis tranquille je viens de les avoir, un mince filet peut-être mais elles sont là. Cela fera fuir Stanislas comme un chapelet fait fuir les êtres malfaisants. Cela le rebute, cela le dégoutte grand bien lui fasse moi cela me repose de lui.

Mais le fait de ne pas pouvoir en cette période d’impureté exacerbe mes sens est ce que c’est physique où la conséquence de l’interdit?

Changeons de sujet la semaine allait être riche en célébration, commençons par les Rogations moi encore une fois j’aimais bien cette fête. Elle mélangeait le profane et le sacré, l’église et les champs, le rituel de l’église, la joie et la spontanéité des processions.

Du fait nous devions parcourir en procession l’ensemble du territoire de la commune pour favoriser nos récoltes, les protéger contre l’ensemble des fléaux. Ce n’était que prières et chants propitiatoires, comme un culte à la fécondité. Stanislas qui réduisait tout à la bagatelle me demanda si les prières marchaient aussi pour mon champs fertile.

Encore une fois tout le village se trouvait réuni derrière la bannières processionnelle de la paroisse, le père Gauthier, les enfants de cœur , les édiles, les riches puis les pauvres. La aussi l’atmosphère était joyeuse, pas très recueillie, les garçons courtisaient outrageusement les filles et certains couples s’écartaient même du cortège. Il faisait une chaleur de mois d’août très pénible car c’était les premières chaleurs. Les blés n’étaient pas fameux mais chacun pouvait en cette balade examiner la future récolte des autres. Il y avait là de la jalousie et souvent de la rancœur. Lorsque vous rentriez dans un champs dévasté ou mal entretenu l’opprobre tombait sur vous.

Malgré nos dégâts la foudre des commérages ne tomba pas sur nous, par contre un bordier dont je tairais le nom s’attira la vindicte villageoise par sa nonchalance au travail.

Les rogations nous dit le curé ont été introduites par l’évêque de Vienne Saint Mamers ce qui me permet de rebondir sur ce personnage qui est le premier des saints de glace.

Voyez vous les saints de glace situés le onze, le douze et le 13 mai correspondaient pour nous gens de la terre à la date ou nous étions sûrs d’être délivrés du mauvais temps et surtout du froid. C’était un sûr indicateur presque jamais mis en défaut, foi de paysan.

Évidemment sut-été trop beau une telle précision,il arrivait parfois qu’une gelée franchisse ces limites, c’était un peu comme lorsque vous partiez de chez vous le matin les bras à l’air sur de votre félicité et qu’un refroidissement soudain vous brise les reins pendant votre labeur.

Après le Saint Mamers vous aviez le Saint Pancrace, vous parlez comme ils ont bien des noms bizarres.

Moi celui là je l’aime bien, il a été décapité alors qu’il n’avait que quatorze ans, vraiment rien ne les arrêtaient ces Romains. En plus d’être un de glace il est le saint protecteur des enfants, mais comme il est vraiment bon si vous avez une vache qui se porte mal et bien vous pouvez aussi lui en toucher deux mots. Bref une bonne personne, mais je ne sais si il est vraiment efficace, à vouloir tout faire, dès fois on fait mal.

Le dernier c’est saint Servais, lui aussi un évêque d’une contrée lointaine peut être un cousin du Christ par Saint Anne enfin cela c’est la légende.

Nous avions donc ces trois Saints qui nous servaient de phare pour nos récoltes. Je vous garantis que tous nous y faisions attention.

« Passé Saint-Servais, on peut semer»

Ou bien, « Quand il pleut à la Saint-Servais, on a quarante jours de mauvais. La présentement aucun risque il fit un temps magnifique.

Nous étions tous de bonne humeur sauf moi mais vous savez pourquoi.

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