UNE ANNÉE DE LA VIE D’UNE FEMME , SEMAINE 17, le temps et les amours

 

Mon père était un peu bizarre ces derniers temps, nous sentions tous qu’un changement s’opérait en lui.

Il n’avait pas semblé très affecté par la mort de sa deuxième femme, mais nous n’étions pas dans sa tête pour en juger véritablement.

Nous savions par ailleurs qu’il n’avait pas l’intention de rester veuf très longtemps. De son propre aveu il avait besoin d’une femme.

Âgé de seulement de quarante six ans, ses besoins étaient encore intacts et le matin quand Stanislas était radieux lui il était sombre.

Ce que nous ne savions pas c’est qu’immédiatement après le décès de Marguerite il s’était mis en quête d’une autre femme . Apparemment il la désirait assez jeune, disant crûment qu’il préférait un terrain à défricher qu’un terrain déjà en jachère. Nous avions bien compris qu’il ferait jouer son statut de métayer pour acheter un jeune corps. Moi je trouvais cela dégoûtant,non pas que mon père le fut mais l’idée d’une grosse différence d’age entre des époux me répugnait. J’en avais déjà souffert avec Marguerite qui après tout n’avait que trois ans de plus que moi.

Bref Stanislas apprit incidemment en emmenant un collier au bourrelier que son beau père avait une accointance du coté de Saint Avangourd. On tenta de dénouer l’intrigue mais le vieux se plongea dans un mutisme qui visiblement l’amusait. Vous verrez bien assez tôt, ce n’est pas assez avancé.

Effectivement cela ne l’était pas alors en attendant il profitait du corps d’une veuve du village qui en s’offrant espérait voir sa condition matérielle s’améliorer. Si elle croyait la naïve qu’un coup de rein de mon père en ferait la métayère de la Gaborinière, elle se trompait lourdement.

Nous en étions donc là de nos amours, mon père satisfaisait à ses sens, Antoine mon frère s’émoustillait avec une petite qui espérait devenir sa femme, Stanislas lui jouait les insatiables, me visitant à l’étable m’embêtant le soir et tournant autour de la Victoire. Mon jeune frère lui ne semblait pas être touché par les montées de sève du printemps. Victor le grand valet allait tourner autour d’une drôlesse du village de Poiroux. Aimé lui n’était qu’un gamin à peine sorti de l’enfance et qui n’avait d’homme que l’apparence physique et il ne semblait pas vouloir sortir de sa condition.

Puis il y avait moi, mon corps était à Stanislas et je lui offrais volontiers car j’en éprouvais je dois l’avouer quelques jouissances, mais mon esprit était à ce foutu drôle.

La préoccupation principale de nous autres gens de la terre n’était pas la satisfaction de nos sens , nous nous y trompons pas. Un homme était un homme et il reniflait la femelle à chaque moment, mais il pensait avant tout à sa terre, sa récolte, ses grains et son vin c’était en fait son unique raison.

En cette fin avril les journées étaient diablement longues, nous étions au binage de nos choux et c’était largement aussi dur que le sarclage.

Le temps oscillait entre le froid et la chaleur, entre le beau et le laid. Souvent nous ne savions sur quel sabot danser, les prévisions allaient bon train, chacun avait sa préférence. Mon père observait les vents, Stanislas se referait au comportement des animaux, Antoine n’en avait que par le vol des oiseaux et le passage de certaines espèces. Moi je n’aimais pas les prévisions à long terme, le matin je sortais sur l’aire de battage et en humant les flagrances de la campagne, en écoutant le bruit du vent dans les branches hautes des noyers, en observant la vapeur montante du fumier et en éprouvant la morsure du froid sur mes jambes nues je prévoyais mon accoutrement de la journée.

Bon en rigolant j’avouerais que je n’étais guère douée, alors qu’il allait faire une chaleur à crever je me retrouvais avec des bas et d’autres fois les bras nus et le jupon léger j’éprouvais la rudesse du vent d’hiver qui ne voulait pas laisser sa place.

Ma fille Marie allait bien mieux, les boutons qui étaient sortis, formaient maintenant des jolies croûtes qui allaient séchant, nous étions passés à deux doigts du drame. La force de ma petite en serait décuplée, enfin c’est ce que les anciennes disaient.

Aimé revint à la métairie un beau matin, gentiment il me demanda des nouvelles de la petite. Qu’il s’en inquiète me fit un bien fou. Je le remerciais vivement et dans un élan incontrôlable je lui pris les deux mains.

Elles étaient douces, pas encore marquées par la rudesse des travaux agricoles. On eut dit des mains de notaire.

Je restais là comme une idiote serrant les mains du valet comme j’aurai serré quelques draperies de soie précieuse.

Nous entendîmes soudain du bruit et il se retira vivement. Nous ne sûmes pas si mon père avait remarqué quelques choses. Il resta impassible et commanda à Aimé de rejoindre Antoine au champs de la Fosse pour terminer l’ouvrage de la semaine précédente. Je le vis s’éloigner vers l’appentis puis ressortir avec sa houe.

Mais que faisait mon père à cette heure à la maison?

2 réflexions au sujet de « UNE ANNÉE DE LA VIE D’UNE FEMME , SEMAINE 17, le temps et les amours »

  1. J’aime beaucoup ce type de roman et votre façon de le mener
    Je me demandais si c’était possible de le retrouver en version pdf ou epub par exemple
    Merci et encore toutes mes félicitations

    J’aime

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