UNE VIE PAYSANNE, ÉPISODE 49, la mort de Catherine

Louis Alexandre Patoux

commune de Gault département de la Marne

Année 1862

Cela aurait du être un mois de juin comme les autres, il faisait chaud , il faisait beau, les récoltes étaient abondantes. Une vie de labeur nous avait permis d’acquérir un petit bien et nous comptions bien avec ma vieille Catherine en profiter un long moment. Je ne travaillais plus pour personne et les quelques arpents que je possédais, me suffisaient bien assez.

Je n’avais plus le même rendement qu’avant et le moindre effort me coûtait beaucoup. D’ailleurs pour les gros travaux je me faisais donner la main par mes gendres et par mes petits- fils.

J’étais là lorsque Catherine arriva en se traînant d’un pas lent, elle revenait du village et les quelques centaines de mètres qui séparaient le bourg du hameau de Recoude où nous habitions l’avaient épuisée.

Elle aussi portait difficilement le fardeau d’une vie de labeur, elle s’assit à coté de moi.

Une main brûlante se posa sur la mienne, alors que son corps semblait trembler de froid.

Le visage défait, les yeux larmoyants aux rides profondes, me fixait presque suppliant.

Ma Catherine n’allait pas bien depuis plusieurs jours mais à notre age il n’y avait rien d’étonnant à cela.

Elle eut subitement mal au ventre mais une faiblesse soudaine l’empêchait de se mouvoir.

Je lui vins en aide et elle put là à l’écart se vider d’un nauséabond contenu. Je sus immédiatement qu’elle pensait comme moi, c’était bien la misère que d’arriver à une période de notre vie où nous pouvions enfin aspirer à un peu de repos et d’avoir besoin d’aide pour simplement faire ses besoins.

Catherine avec mon aide se coucha, je lui donnais un peu d’eau et je partis prévenir ma fille Zoé. Je la trouvais dans son chai où elle mettait du vin en bouteille pour ses clients, car elle tenait avec son mari le Louis Paris un petit cabaret. Elle prévint son mari et se précipita accompagnée de sa fille la petite Célina huit ans au chevet de sa mère.

La fièvre avait augmenté et ce fut bientôt la panique, rapidement ce fut une affaire de voisinage.

Zéphirine Davesne notre voisine la plus proche se proposa d’aller chercher son homonyme François Davesne médecin de son état. Nous avions d’ailleurs la chance d’en avoir un car ces doctes personnes préféraient les demeures cossues des villes à nos maisons branlantes humides et froides.

Victoire Perrin la femme du charron prit les choses en main, força la braise du potager pour faire chauffer le restant de soupe pour disait-elle redonner des forces à Catherine. Je ne la croyais pas suffisamment gaillarde pour s’alimenter mais l’intention était bonne.

Zoé était retournée à son cabaret mais nous avait laissé la petite en messagère, on ne savait jamais. Rosalie Blaise pointa son museau de furet et donna de multiples conseils inutiles, Olympe Cousin la belle femme du Félix Brulfert le cocu du hameau que dans un autre temps j’aurai bien lutiné, proposa ses services. Marguerite Beugnot la femme du berger Auguste Perrot et la vieille Adélaide Perrin la veuve au Lefevre s’installèrent conquérantes aux pieds de la couche de Catherine. J’étais envahi, la situation m’échappait et j’allais me poster chez ma fille pour guetter le passage du docteur. J’eus le temps de vider plusieurs chopines avant qu’il ne daigne venir, le gendre commençait à gueuler que j’allais le mettre sur la paille. Sombre couillon qu’il était, je lui donnais le fruit de ma vigne et lui avait donné le cul de ma fille.

Le docteur l’examina,  semblant être dégoûté, il hochait la tête et sans plus de fioritures nous annonça qu’elle allait passer.

Je l’avais pressenti, il nous fallait maintenant prendre quelques dispositions. Faire d’abord prévenir les enfants, Clémentine habitait à Corroy avec son flandrin de berger il y en avait pour au moins cinq heures de marche aller. Thomas avait son auberge à Fontaine sous Montguillon, mais laisserait-il un instant son affaire pour parcourir lui aussi la trentaine de kilomètres qui le séparait du gisant de sa mère? On envoya un émissaire à la Henriette avec qui nous étions fâchés depuis qu’elle s’était mariée avec son vieux patron, mais là aussi elle habitait bien loin et voudrait-elle venir ? Julie qui demeurait à Chatillon sur Morin fut prévenue la première et se mit en marche avec notre envoyé.

Le père Salmon curé de la paroisse fit aussi son apparition, il vira tout le monde et fit son office, ma curaillonne de femme pouvait s’en aller elle était en règle avec Dieu. Elle passa le lendemain à onze heure du soir, la souffrance l’avait défigurée mais à la lumière dansante des bougies son visage se détendit pendant la nuit. Ce fut pour un court instant, la pleine rigidité commençait et on eut pu croire que l’on veillait un gisant de marbre. Point de Thomas, ni d’Henriette, mais Clémentine et son mari étaient arrivés avant qu’elle ne ferme les yeux. Julie pleurait sa mère à chaudes larmes et Zoé pour meubler sa peine s’activait à tout.

Mon gendre Paris et Claude Jauguy le bourrelier déclarèrent le décès le lendemain. En fin de journée tout était clos, la femme de ma vie n’était plus, j’étais seul comme un vieux con.

De quoi était morte ma femme c’était un mystère, il n’y avait pas eu  d’épidémie . Je me mis à penser qu’elle avait peut-être simplement lâcher prise à l’hiver de sa vie.

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