UNE VIE PAYSANNE, Épisode 22, les envahisseurs

commune de Verdelot département de Seine et Marne

année 1814

Cela faisait quelques jours que nous étions dans la forêt, nous ne dormions que très peu et mangions encore moins. Il faisait froid, ma peau de mouton était trempée et me pesait.

A tout moment nous nous attendions à ce qu’ils arrivent. Pour moi c’était impensable, nous les avions repoussé en 1792 alors nous devions encore nous unir pour les renvoyer chez eux.

Mais visiblement cette fois l’épreuve était trop grande et les envahisseurs trop nombreux. Notre empereur avait joué le meilleur de sa partition, un vrai génie. Ses petits soldats, jeunes Marie Louise encadrés par les vieux briscards d’Espagne avaient fait des merveilles.

Nous les paysans, on les aidait de notre mieux, on les guidait sur des chemins inconnus afin qu’ils surprennent les cosaques ou les prussiens. On les ravitaillait comme on pouvaient, et parfois nous faisions aussi le coup de feux contre des isolés.

Je me souviens nous avancions silencieusement lorsque au détour d’un chemin l’on vit le spectacle étrange de quatre sauvages vêtus de peau de bêtes et armés d’arc et de flèches. Ces hommes aux yeux bridés, le crane rasé où seule apparaissait une queue de cheval étaient descendus de leur monture pour se reposer un moment.

On se concerta visuellement et on leur fondit dessus, nous n’avions pas d’arme à feu mais des couteaux bien aiguisés. Le mien entra dans le dos de celui qui semblait être le chef. Comme un mannequin de chiffon il s’affaissa, un filet de sang coulant de sa bouche.

Tous étaient morts et on les enterra vivement sous une bonne couche de feuilles, on chassa leur chevaux et on s’éloigna rapidement.

Ces kalmouks, soldats irréguliers servaient d’éclaireurs aux troupes régulières de soldats serfs des armées d’Alexandre.

Il fallait partir, nous pouvions être pris à tout moment et être fusillés. Nos actions ne servaient à rien, mais au moins nous avions le sentiment de participer à un effort général.

Enfin général le mot était un peu fort, beaucoup de gens étaient las des guerres et espéraient leur cessation.

Nous en discutions autour de notre maigre bivouac, si Napoléon partait, qui aurions nous à la place, son jeune fils avec la grosse oie blanche Marie Louise comme régente, le frère du roi décapité dont personne ne connaissait le visage ou le traitre Bernadote aux mains de la girouette Talleyrand et à la botte du tsar Alexandre.

Nous ne savions pas et pour sûr personne ne nous demanda notre avis. Nous allions subir encore et encore, cela nous en avions l’habitude mais cette fois sans la gloire. Fini les riches plaines Italiennes, les grasses vallées Allemandes, les steppes polonaises, l’immensité Russe et les montagnes Espagnols.

J’étais triste et aussi inquiet pour ma famille, qu’allait-il advenir lorsque tous ces sauvages assoiffés de vengeance se seraient déversés sur nous?

Marie Louise Cré, femme Perrin

Commune de Verdelot, département de Seine et Marne

Année 1814

Nicolas ce fou était parti avec d’autres pour arrêter les envahisseurs qui déferlaient sur notre beau pays, moi au fond de moi même je me disais cela fait 20 ans que nous faisons cela il fallait bien que cela nous arrive.

Comment avec leur couteau, leur faux ou leur vieille pétoire pourraient-ils arrêter qui que ce soit.

Ils allaient se faire tuer et moi me retrouver veuve avec quatre enfants dont un qui n’avait qu’une semaine.

Comment pouvait-il être d’une telle inconséquence? Mon frère lui n’était pas parti et mon père qui était trop vieux non plus.

Il n’ y avait que cet enflammé de Nicolas dans notre entourage qui avait fait ce choix, je crois qu’il avait rejoins une bande de tuiliers qu’il avait connu quand il avait exercé ce métier à la tuilerie de l’Aulnoy.

Moi en tout cas, Prussiens ou Russes, il fallait bien que je donne à téter à ma petite Joséphine, une mignonne blondinette, frêle comme un jeune roseau des rives du Morin.

Puis ils sont finalement arrivés, des cavaliers prussiens ont traversé le village le jeudi 10 février 1814, ils se sont comportés comme des soldats c’est à dire en soudards, exigeant tout, farine, bétails, argent, et bien entendu des femmes.

De fait pendant un mois ils n’ont fait qu’entrer et sortir, le maire à comptabilisé treize de leur passage. Ils devenaient de plus en plus exigeant et ma belle sœur Augustine faillit en faire les frais.

Un jour qu’elle puisait de l’eau au puits en compagnie de la petite Rosalie deux cavaliers Russes s’arrêtèrent et exigèrent de l’eau fraiche pour leur chevaux.

Après les chevaux ils demandèrent à manger pour eux, nous n’étions guère riches et le pain dur qu’elle leur présenta ne satisfit pas leur prétention. Ils voulurent une compensation et ce fut Augustine qui devait la leur procurer. Sous la menace ils la firent déshabillée, nue comme un ver la belle sœur, elle n’en menait pas large. Heureusement son frère, mon père et quelques autres rentraient à ce moment. Ils se firent houleux et les soldats battirent en retraite pour ne pas se faire embrocher.

Ce fut un moindre mal qu’Augustine eut montrer son cul à tout le voisinage en lieu et place de se faire prendre par deux cosaques.

Nous n’étions plus guère rassurées nous autres, on décida de ne plus aller au village qu’accompagnées par des hommes. La peur s’empara de nous.

Le 27 mars l’église fut pillée, les habitants molestés, on dit même que plusieurs paysans de Bellot on été fusillés et que d’autres sont morts dans les derniers combats.

Nous n’avions plus de calice, de ciboire, ni d’ostensoirs. Le curé pleura son argent massif.

Quand à mon Nicolas il pleura son empereur. Le 1er avril il abdiqua et notre maire Antoine Chardon le propriétaire du château de l’Aulnoy Renault put se permettre d’écrire Buonaparte l’usurpateur en lieu et place de sa majesté l’empereur Napoléon. Les grands et les riches ont beaucoup lus à perdre que nous c’est pour cela que leur fidélité n’épouse en fait que leurs propres intérêts. D’ailleurs sa femme madame la châtelaine était une anglaise cela expliquait sûrement tout.

Nicolas rentra au bercail avec nos voisins les Groizier, il se fit tout petit pour un temps en ruminant à la traitrise.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s