UNE VIE PAYSANNE, ÉPISODE 15, mariage de Nicolas et Marie Louise

Marie Louise Cré

Commune de Verdelot, département de Seine et Marne

Année 1803

Enfin nous y étions, la famille se rassemblait pour le convoi qui allait nous mener à la maison commune, puis à l’église.

Ma mère , des cousines, des voisines et les femmes Perrin avaient travaillé dur, les volailles avaient été tuées puis plumées la veille, des pâtés achetés chez un charcutier de la Ferté-Gaucher, attendaient au frais et à l’abri des chats. Un ragoût de cochon finissait de cuire au milieu des senteurs des racines de Parmentier.

J’avais lutté longtemps contre ma robe, une couturière du village me l’avait reprise plusieurs fois, j’avais l’impression de grossir à vue d’œil, qu’allait penser Nicolas de mon corps si je m’évasais ainsi. M’aimerait-il, m’honorerait-il, autant de questions qui me taraudaient depuis un long moment?

J’avais posé tout un tas de questions à Augustine sur la nuit de noces, sur le sexe de l’homme en général, sur ce que je devais faire. Elle fut évasive au possible et ne put me donner de conseil que celui de me laisser faire.

D’ailleurs parlons en de l’Augustine, on eut dit qu’elle rejouait son mariage, sa beauté irradiait et me brûlait au plus profond de ma chair, son visage était plus beau que le mien, ses seins plus gros. Ses jambes longues et fuselée étaient celles d’une danseuse. Son verbiage faisait taire les plus bavards et comme une femme de laboureur elle commandait à tous comme à de la valetaille.

Mon frère ce grand couillon était mené par le bout du nez et par  la blancheur des jupons de sa femme qui à n’en point douter, s’étaient déjà soulevés pour se traître de Nicolas bientôt mon mari.

Le maire nous attendait pour 10 heures du matin, le convoi s’ébranla, rieur, bavard, mais aussi un peu gelé, car la nuit d’avant, étoilée avait vu une chute des températures.

Les hommes s’étaient déjà réchauffés au feu de l’alcool et nous à la chaleur de la cuisine. Arrivés au niveau du hameau de Geay une pluie fine et pénétrante nous surprit, au Colombier nous étions dans un fichu état, au niveau de la Fée, tous couraient presque, même ma belle mère.

Le violoneux et le joueur de fifre tentaient bien de nous faire garder le sourire, mais tout de même cette pluie n’était-elle pas un mauvais signe.

Heureusement au Martrois le ciel cessa de nous déverser son surplus de colère. Crottés, mouillés, on souilla le sol de la maison commune, le maire Bechard grinça un peu des dents, mais était-il parfois content ? La petitesse de la pièce fit que la température monta et l’atmosphère devint étrange lorsque nos vêtements exhalèrent une sorte de buée. Nous sentions l’humidité, la sueur, la boue, la cuisine et les bêtes. Ce bouquet final d’odeurs mélangées me fit une sorte d’effet, j’étais troublée. C’est bien bizarre tout de même de se laisser transporter par des odeurs.

Mon père et mon frère furent mes témoins, aucun ne signa, les bergers ne savaient pas écrire et n’avaient qu’un savoir oral.

Pour mon mari ce fut son frère Jean Baptiste, un jeune gamin de 23 ans manouvrier qui ressemblait trait pour trait à son frère aîné, lui non plus n’apposa pas de griffe sur le registre.

Par contre le beau frère de Nicolas, Louis Adrien, vigneron de son état s’appliqua dans sa calligraphie et fièrement signa à coté du maire.

Devant la loi je ne dépendais plus de mon père mais de mon mari, je savais ce que je perdais mais pas ce que je gagnais.

En sortant direction l’église Saint Crépin et Crépinien, le curé nous attendait avec ses enfants de cœur, les cloches sonnèrent pour nous. J’étais impressionnée par cette immense nef de pierre que pourtant je fréquentais depuis toujours. Pour moi aurait lieu ici le vrai mariage, celui du maire n’était pour moi qu’un contrat qui remplaçait celui du notaire. Jamais sans cette bénédiction chrétienne je n’aurai laissé Nicolas me toucher. Ma virginité était un don sacré, et j’espérais que le Nicolas avait su m’attendre sans trop de peine, quoique mes illusions étaient faibles sur le sujet

Nicolas qui n’était pas de la commune avait du me racheter aux jeunes du village, quelques chopines symboliques et l’affaire fut conclue. Les fiers coqs n’aimaient pas se faire voler une poule au sein même de leur poulailler.

En sortant heureusement le soleil nous réchauffa un peu, les églises sont comme les cimetières, des lieux où l’on a toujours froid.

On avait une faim de loup et la route de retour se fit à un bon rythme, une bonne âme avait monté les plus vieux dans une charrette. La grosse veuve Perrin juchée telle une chasse en majesté opinait du chef comme la reine Marie Antoinette avant qu’elle ne perde sa jolie tête. C’était à mourir de rire et même Nicolas tout respectueux de sa mère fut pris d’un fou rire.

On bâfra toute l’après midi, comme si c’était notre dernier repas. Les barriques se vidaient et la danse heureusement nous désenivrait quelque peu. Nous arrivions en fin de soirée, mes souliers me faisaient mal et j’étais exténuée. Les hommes paillards en rang d’oignon jouaient à qui pissait le plus loin, hilares et grossiers ils nous invitaient à venir mesurer.

Toutes rigolaient à faire sortir leurs mamelles triomphantes de leur blanc corsage. Madame Perrin était à la limite de l’explosion tant elle avait avalé de nourriture, mon père piquait un somme.

Les musiciens qui jouaient depuis ce matin demandaient un surplus et c’est mon frère qui se chargea de les satisfaire pour que nous puissions reprendre notre bombance le soir.

Nous étions maintenant dans la grange et la faible lumière des chandelles nous maintenait dans une ambiance teintée de mystère, de plaisir et de jouissance.

Puis en faisant plus attention je remarquais que ma belle sœur Augustine s’occupait un peu trop de mon mari, elle le servait comme un prince, le touchait, le frôlait, l’énervait. Sur le moment je lui aurais bien mis une peignée, mais bon toujours ces vilains doutes, je n’allais pas gâcher ma fête.

Le moment que j’attendais et que je redoutais était venu, Nicolas m’entraîna sur les chemins vers ma vie de femme. Un tuilier avec qui il travaillait lui avait prêté une chambrette mansardée où nous pourrions être tranquille.

Une redoutable épreuve que ce passage obligé, j’étais niaise de ces choses comme une nonne de couvent. Bien sûr en théorie je savais ce qui allait se passer mais entre les rodomontades d’Augustine, les propos chastes de ma mère , la plus crue des réalités de lavoir et la réalité il y avait un pas qu’il me fallait franchir.

Il prit les chose en main, me délestant de mon bonnet il huma mes cheveux qu’il défit sur mes épaules. Mon gilet, puis mon corsage rejoignirent le sol, ma chemise seule faisait barrage aux yeux scrutateurs de Nicolas. Des baiser sur les épaules et à la naissance de ma poitrine allégèrent mon anxiété. Puis il dégrafa ma jupe, j’étais presque sans défense. Il me fit asseoir sur la courtil du lit et avec délicatesse il m’enleva mes bas de laine. Sa main remonta comme une anguille insidieuse le long de mes cuisses, j’étais pétrifiée mais terriblement excitée par l’idée et la douce chaleur des doigts de Nicolas. Je ne savais si il allait m’enlever mon dernier rempart, ma chemise au col brodé.

Lentement lui se déshabilla, je n’en perdis pas une miette, j’allais découvrir pour la première fois le corps nu d’un homme, à l’exception de mon frère mais ce n’était pas un homme, c’était mon frère.

Ce que je vis me laissa pantoise, est-ce la lumière vacillante et déformante de la bougie qui mourait ou le fruit de mon imagination.

A l’issue de cette joute surprenante j’avais perdu mon hymen, avais-je aimé, je ne pouvais le dire?

Une impression doucereuse, comme un manque me turlupinait, n’est-ce que cela, ce moment qui faisait courir les hommes, se tuer des femmes et forcer des jeunes filles. Je n’avais pas encore de réponse, Nicolas avait aimé sans conteste il me l’avait prouvé mais moi en mon corps de femme que pouvais-je en dire. Du moins je n’avais pas eu mal et j’étais maintenant madame Perrin.

Le lendemain Nicolas reprit le travail et moi je rangeais la maison bien en désordre, le soir nous dormirions sous le même toit que les parents en une cohabitation que j’espérais provisoire.

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