UN AVORTEMENT VIOLENT, Épisode 1, l’annonce

En ce mois de janvier 1830 sous le règne de Charles x le prénommé et sous la gouvernance de quelques ultras, Marguerite Sivadier  fait les cent pas dans sa maison.

Pour être précis ce n’est pas exactement sa demeure, mais plutôt celle de son beau père. Elle vit ici depuis son mariage avec Jacques le fils de la maison. C’était il y a huit ans, une éternité quand on est pas heureuse.

La raison de son tourment est bien simple, elle redoute d’annoncer une future maternité à son mari et à sa famille.

Les signes ne trompent pas , elle connait son corps de femme par cœur, elle n’est pas une jeunette qui se raconte des histoires. Ses foutues menstrues elle aurait dû les avoir, mais rien ne vient, il peut bien sûr y avoir des retards, mais ordinairement, elles sont ponctuelles comme la cloche de l’église de Saint Sauveur de Nuaillé.

Il y a aussi depuis quelques jours un léger état nauséeux qui la tracasse, elle le sent confusément, sa cinquième grossesse est en cours.

Elle est sûrement dans les normes du temps, cinq fois en huit ans, d’autres l’ont fait et d’autres le feront. Mais seulement voilà, Jacques le mari n’en veut pas.

Depuis quelques jours je me sens nauséeuse, je ne suis pas comme à mon habitude. Mes enfants qui virevoltent à coté de moi m’exaspèrent. D’habitude mes menstrues provoquent en moi cette nervosité, là c’est plutôt leur absence.

J ‘ai comme l’impression qu’il s’opère en moi un changement et que j’en connais la cause. Je ne suis plus une gamine, j’ai l’expérience des choses de la vie. La vie de femme il s’entend, vous m’avez sans doute comprise je suis enceinte.

Je me suis mariée avec mon mari Jacques Bourdin en 1822, nous étions tous deux de Saint Sauveur de Nuaillé. Je ne sais pas si je l’aimais, et encore aujourd’hui je n’ai pas de réponse à cette question.

Nous les filles en ce temps nous nous devions d’être mariées et d’avoir des enfants, alors lui ou un autre en fait cela devait m’importer peu. Il était bien mis de sa personne, avait un peu de vignes et savait danser à merveille.

Je l’avais fait attendre jusqu’aux noces pour lui octroyer mes faveurs, je ne suis pas une Marie couche toi là tout de même.

Depuis je lui avais fait quatre enfants, nous avions eu le malheur d’en perdre deux.

Nous vivions avec mes beaux parents ou plutôt chez eux, je souffrais énormément de cette promiscuité. La maison était petite et nous faisions chambre commune avec les enfants et les parents de mon mari. Qu’on juge de la simplicité, nous faisions tout en commun et on partageait tout. Vivre une vie de femme lorsque vous saviez que vous étiez épiée et écoutée, eh bien moi cela me coinçait littéralement. Jacques ne semblait pas préoccupé de savoir que sa mère l’entendait quand il me besognait. Ce qui préoccupait cette harpie c’est que je sois pleine et lorsqu’elle nous avait entendu le soir et bien le matin elle me faisait la soupe à la grimace.

« Ma fille vous allez encore être grosse, crois tu qu’on ait la même bourse que les rois »

Mon beau père lui se fendait la pipe, le vieux graveleux devait peut être s’imaginer sur moi lorsqu’il avait droit aux faveurs de sa vieille bonne femme.

Mon mari lui était aussi catégorique que sa mère il ne voulait plus d’enfant. Moi je lui répondais si t’en veux plus, laisse moi donc tranquille.

Vous pensez bien qu’il avait ses besoins et que j’étais tout de même là pour les satisfaire, alors il fallait s’en remettre au bon Dieu. Avec la fréquence de nos rapports il aurait fallu que notre seigneur , Jésus, Marie sa mère, et tous les saints interviennent pour que je n’ai plus de bébé. Mais suivez mon raisonnement le curé disait que nous étions pires que des bêtes à toujours copuler et qu’il ne fallait le faire que si nous voulions un enfant.

Je me morfondais quand il arriva, non plutôt j’étais terrorisée de sa réaction possible.

« – Faut que je te dises le Jacques.

  • quoi donc?
  • Je suis pleine
  • Encore, mais bougre d’andouille comment que tu t’y prends
  • Mais, mais j’y peux rien
  • Bien sûr que t’y peux, c’est bien ton ventre
  • Oui mais c’est ta semence
  • quoi que tu dis Marguerite, si t’es insolente je vais te mettre une plumée
  • Jamais t’oserais et si tu me touches je gueule au milieu de la rue et tu auras l’air malin. »

Immédiatement il me gifle, je me touche la joue et des larmes coulent, sa colère s’estompe. Mais pour combien de temps?

Le soir il annonce la nouvelle à la maisonnée, le vieux dit m’étonne pas, la vieille dit, il faut le faire passer, mon mari dit j’en veux pas, débarrassons nous en.

Pendant que je cuisine les trois complotent, puis comme des princes je les sers et plus un ne me parle.

Je connais bien dans le village une matrone qui fait passer les bébés, mais j’ai peur, c’est interdit, c’est un meurtre, c’est un péché.

Le soir je n’en n’ai pas envie, je le hais de m’avoir battue mais lui il veux, alors si il veut je dois le faire.

Je n’éprouve rien, il ahane, et me pilonne encore plus fort que d ‘habitude, je crois savoir ce qu’il a en tête.

Il me fait mal, arrive à son affaire, puis se tourne en me disant « il faut qu’il passe.»

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