AVIS DE RECHERCHE, LA PHOTO DU BOULANGER DE CHINON

Je m’appelle Xavier  Peyrouteau, je suis un peu gêné de poser devant un photographe, c’est la première fois. C’est vraiment intimidant. Mais cette manie de fixer son image sur un support  commence à se développer et beaucoup de mes clients ont franchi le pas.

Alors je me suis dis pourquoi pas moi, avec ma femme ont a poussé la porte de l’atelier le plus proche et l’on a pris rendez-vous.

Moi je ne voulais pas poser avec un costume, cérémonieusement, je n’étais pas à un enterrement ni à un mariage. Il me semblait que cela serait mieux que je mette mes habits de travail.

Car voyez vous ce sont ces habits qui me caractérisent le plus, je suis né le 28 novembre 1850 à Saint Georges les Baillargeaux près de la grande ville de Poitiers. Mon père était boulanger. J’ai grandi dans son sillage et j’ai fais mes premiers pas dans un fournil.

Tout petit je me suis complu dans la farine et autant que l’odeur de ma mère l’odeur du pain qui cuisait me tranquillisait et m’apaisait.

Je n’étais qu’un nourrisson  quand nous nous installâmes à Jaunay Clan le village d’à coté.

Mes parents installèrent une boulangerie sur la place de l’église, ce n’était pas très grand , mes grands-parents maternels,  Charrier vivaient avec nous. mon grand père se prénommait Jacques et ma grand mère portait  le prénom bizarre de Théolinde. Papa était assisté d’un jeune  ouvrier d’environ  18 ans qui se nommait je crois me souvenir Abel Doré mais il y en avait eu d’autres avant.

Mon père eut la mauvaise idée de mourir en  1868 à quarante et un ans, il n’était pas bien vieux mais il était malade. Dommage il était pourtant très fier d’être vice président du secours mutuel.

Je devins patron à mon tour, enfin plutôt ma mère. C’était elle qui tenait la boutique avec ma sœur Eulalie, moi je tenais le fournil.

En  1876 je me mariais à Loudun avec Marie Madeleine Leblanc, c’était un beau mariage, elle était jolie et son père propriétaire  lui laissa une belle dot. Avec cela et mes biens propres on s’installa à Chinon. Nous n’avions pas choisi cette ville au hasard car l’un de mes oncles y était installé. Le fournil se trouvait rue haute Saint Étienne nous demeurions avec Justin Leblanc le frère de ma femme. Lui était employé à l’enregistrement. J’ai rapidement embauché deux ouvriers boulangers,  ma femme tenait la boutique.

C’est donc à cette époque là que je me fis faire cette photo, comme pour marquer le début d’une réussite

Regardez comme j’étais beau avec mon calot, ma chemise gaufrée et mon beau tablier. Bon certes au travail je n’avais pas de nœud au col mais un peu d’élégance pour ce moment unique n’était après tout pas du luxe. J’ai même pris un énorme pain que j’avais cuit le matin même, cela faisait un peu théâtral.

Le plus dur fut de rester concentré car le temps de pause était assez long, mais je suis content du résultat.

Peu de temps après ma femme tomba enceinte et accoucha en  juin  1877 d’une petite fille qu’on prénomma Marie Juliette Hélène mais qui serait Hélène pour tout le monde.

Puis j’ai eu une deuxième fille en janvier 1879, j’aurais aimé avoir un garçon mais le destin n’a pas voulu.

Nous en avons d’ailleurs eu un en novembre  1882 mais le pauvre est mort quatre mois plus tard, adieu l’espérance que ma boulangerie soit reprise par un petit Peyrouteau.

Comme un bon fils j’ai pris ma mère chez moi, comme on dit « pour la finir ».

Les années ont bien vite passé et en  1897 on a marié notre première, un très bon parti que ce Bertrand Bergé, fondé de pouvoir à la recette particulière des finances. Hélène ne manquera de rien et deviendra une Madame, au moins elle ne se tuera point derrière un comptoir à vendre du pain.

Notre seconde fit aussi un magnifique mariage  en 1902 avec un clerc de notaire de La Rochelle s’appelant Louis Alphonse Raimbault. Nous étions comblés.

Mais le malheur nous frappa et ma femme disparut le 11 aout  1903. Mon beau frère Edmond Girard et ma sœur Eulalie vinrent travailler chez moi, avec eux et mes deux ouvriers la maison tournait bien.

En  1911, j’avais trois ouvriers, plus Edmond et une domestique, ma sœur en patronne avisée dirigeait ma boutique. J’étais fier  de ma réussite.

Mais je vieillissais et je me décidais à céder ma boutique, le pain se ferait bien sans moi.

Je quittais même Chinon et je m’installais dans le petit bourg de Buxerolle dans la Vienne.

Par l’intermédiaire de connaissances je rencontrais une veuve de deux ans plus jeune que moi, Le 27 novembre1914 nous nous mariâmes .  Albertine  Céline Rousseau c’était son nom était propriétaire et je m’installais chez elle ,rue Paul Huet à Chinon.

J’étais de retour dans ma ville et souvent au cours de mes promenades je repassais devant mon fournil de la rue Jean Jacques Rousseau. Mes filles étaient bien mariées , j’avais des petits enfants. Mes nuits passées à la chaleur du four à bois m’avaient usé et les années me pesaient.

 

Xavier Peyrouteau le boulanger de ma petite photo mourut chez sa deuxième femme rue Paul Huet à Chinon le 14 juin 1918 à l’age de 67 ans.

Sa fille Hélène mourut à Orbec dans le Calvados le 08 juillet 1979 à l’age de  102 ans,  Marguerite elle s’éteignit à Saumur le 13 aout 1959.

Sa deuxième femme Albertine Céline Rousseau mourut le 16 février  1932 à Chinon en son domicile. Après qu’elle eut fait don en 1928 au musée de la ville d’un siège pliant de campagne qui provenait du mobilier de l’empereur à Saint Hélène et ramené par un officier de sa suite.

C’est une vie en résumé, mais il m’a plu de faire revivre un instant cet homme figé sur cette petite photo découverte par hasard sur une brocante.

Sa fille Hélène a vécu 102 ans et est morte en Normandie en 1979 peut-être que certains d’entre vous se souviennent de cette vieille dame après tout ce n’était pas si courant les centenaires à cette époque.

Il serait plaisant de retrouver quelqu’un qui ait connu cette femme qui était la fille d’un homme né en  1850, ce serait une main tendue vers le passé.

Alors faites partager et voyager mon boulanger de Chinon afin que de nouveau nous sentions l’odeur du pain qu’il produisait.

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