UN FUNESTE DESTIN, ÉPISODE 16, le début d’une liste macabre

Ma mère claqua la porte et une heure après ma sœur vint chercher son balluchon. Nous eûmes droit à une représentation théâtrale comme les bohémiens nous en donnaient de temps en temps sur la place. J’étais un mauvais fils, Marie qu’une pièce rapportée qui n’avait rien à dire. Ce départ nous soulagea, ma femme retrouva un peu de sérénité et de légèreté.

Le problème c’est qu’elle ne voulut plus nous garder les enfants.

Mon beau frère François Bourru était fort mécontent de se retrouver avec la vieille aux pieds de son lit. Il me battit froid un moment puis comme nos terres et nos maisons étaient voisines il fut difficile que l’on s’ignore. Alors sans se préoccuper des femmes on but notre canon ensemble , on fit route aux champs l’un à coté de l’autre et on continua à s’entraider.

Il faisait une chaleur épouvantable en cette fin de mois de mai 1849, digne d’un mois d’aout. Les températures allaient nous amener à une vilaine sécheresse. La Charre, le petit ruisseau qui traversait le village était presque à sec, le chanvre qui rouissait, exhalait une odeur nauséabonde, tous nous souffrions déjà de cette chaleur inaccoutumée pour la saison.

J’étais chez Rousseaux le forgeron, quand François Bourru est venu me chercher pour me dire que ma mère était au plus mal.

Je fus vraiment étonné car jamais je ne l’avais vue malade. En chemin il m’expliqua qu’elle vomissait sans arrêt et qu’elle se chiait dessus. Ma sœur ne s’en sortait pas et elle attendait le docteur Potet.

Même fâché je me devais d’aller à son chevet, sur place je la trouvais exsangue, blanche comme une statue d’église. Ses long cheveux gris dispersés sur l’oreiller lui faisaient comme une couronne, elle trouva la peine d’esquisser un léger sourire. La chaleur dans sa soupente était intolérable, elle réclamait de l’eau mais chaque fois la régurgitait. Maman avait encore fait sous elle, une pestilence s’éleva, prégnante à vous faire lever le cœur, une larme s’échappa de son triste visage. Ma sœur me demanda si ma femme pouvait venir l’aider.Justement d’initiative en âme charitable apprenant les choses elle passait la porte. Les deux femmes changèrent et nettoyèrent la pauvre vieille. Dans l’adversité fini les ressentiments, le docteur arriva et alla examiner la moribonde.

Son pronostic fut pessimiste, cela ressemble au choléra, attendez vous au pire et faites attention à vous.

Nous avions déjà entendu parler de cette maladie et par les journaux nous savions qu’à La Rochelle quelques cas s’étaient déclarés.

Maman passa dans la journée, elle inaugurait la liste des morts de cette sinistre épidémie. Pour une fois qu’elle était première en quelques choses.

On lui organisa un bel enterrement mais déjà quelques personnes qui auraient du suivre le convoi étaient malades.

Mettre sa mère entre quatre planches était assez rude, vous enterrez en fait une partie de votre vie et je pense que non seulement vous perdez un être qui vous est cher mais aussi  vous perdez une part de vous. C’est encore Marie et Anne qui firent la toilette mortuaire de ma mère, toutes les voisines se défilèrent de peur de la contagion. Le convoi fut morne et triste et les rues bizarrement étaient vides, comme ci les miasmes mortels du choléra Morbus allaient sortir du corps de ma mère, traverser le cercueil et se jeter sur eux.

Ma mère fut enterrée un peu à l’écart, c’était ridicule, en tout cas c’est sûr, elle ne se disputera pas avec mes premières femmes.

L’ épidémie s’amplifiait, la liste des morts aussi, au début on pensa que seuls les vieux seraient touchés mais quand les premiers enfants disparurent le mal être devint général et l’on eut tendance à se calfeutrer chez soit. Mais il fallait bien vivre et surtout travailler à nos récoltes, les moissons arrivèrent bientôt.

A la Saint Jean les grosses exploitations eurent du mal à engager des journaliers, personne ne voulait venir chez nous, alors comme d’habitude lorsqu’il y avait pénurie de main d’œuvre les vieux redoublaient d’efforts et les femmes se démultipliaient en leurs différentes tâches.

On comptait les morts par dizaines, et ma mère était maintenant entourée de toutes parts, le maire qui se trouvait être monsieur Raimond convoqua le conseil municipal pour résoudre l’insoluble manque de place dans le cimetière. Il fallait acheter un nouveau terrain pour le champ des morts.

De toutes façons les gens habitant autour du cimetière de l’église se plaignaient d’une contamination possible des eaux.

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