UN FUNESTE DESTIN, Épisode 14, un être s’en va , un être arrive

Avec mon beau frère François nous avions décidé d’aller à la foire de Marans, c’était un grand rassemblement, le port sur la Sèvre Niortaise très actif drainait toutes les denrées, les bois, les grains et les bestiaux du marais. Également ouverture sur la vendée le bourg se trouvait donc être un marché important pour toutes les communes confluantes.

Naviguable de la mer à Niort, le fleuve n’était qu’encombrement de bateaux de toutes tailles, tout se vendait sur ses quais, bois, osier, vins, charbon, sel, enfin une multitude de choses qui faisaient la richesse de cette petite ville.

On partit de bonne heure car la route était fort longue, certainement plus de trois heures de marche, nous avions l’habitude mais tout de même.

Lorsque nous arrivâmes là bas, la foire battait son plein , d’autres paysans arrivaient encore et la rue principale qui descendait sur les quais était noire de monde. Artère encadrée par de multiples boutiques, tout m’émerveillait, un fabriquant de chaises, un horloger, de nombreuses auberges.

Je regardais à droite à gauche, et ne me gênais pas pour observer les Marandaises aux belles coiffes.

En venant nous avions un but précis, à savoir acheter chacun une vache, pour sûr il y avait des foire aux bestiaux plus près mais ici la diversité et le nombre faisaient diminuer un peu les prix.

Après avoir erres au hasard nous tombâmes sur un marchand de bestiaux qui ma foi avait de magnifiques bêtes. On fit affaire et on alla boire un coup chez l’un des bistrotiers du port.

A l’intérieur François rencontra un paysan de sa connaissance, le père Vincent, on discuta un moment de tout et de rien.

Lorsqu’il apprit que j’étais veuf ses yeux s’ouvrirent en grand, au bout de deux trois chopines il me proposa carrément sa fille.

Figurez vous que je n’ai pas dis non car justement la dite Marie Magdeleine apparaissait sur le quai. Elle venait de vendre ses ouvrages de vannerie et venait déloger son père de son quartier général pour qu’il ne dépense pas le fruit des ventes de la journée.

Ses yeux me dévisagèrent, je me retrouvais nu au milieu de la salle. Elle n’était plus toute jeune et n’était pas d’une grande beauté, petite, un peu courtaude, grasse, la poitrine lourde. Son teint coupe rosé de paysanne vivant au grand air lui donnait une apparence joviale, mais sa bouche légèrement édentée venait gâcher sa physionomie. Son nez petit et mignon apportait un peu d’insolence.Ses yeux marron tirant sur le vert la faisaient rayonner malgré tout et lui donnaient un éclat qui compensait la médiocrité de sa modeste apparence générale.

Le vieux maintenant un peu saoul me la vendit presque sur le pas de la porte, elle devint rouge comme une pomme. Finalement on décida de se revoir le dimanche suivant.

Je n’aimais guère que l’on parle à la place des intéressés mais le père me donna rendez vous avec sa fille et je l’acceptais. Elle n’exprima aucun contentement ni refus.

Ainsi allèrent les choses, mais la route de Marans à Saint Sauveur me pesait, alors au bout de quelques semaines ni pouvant plus je l’embrassais et lui demandais sa main.

C’était bien rapide, mais bon j’avais besoin d’une mère pour mes enfants et d’une femelle pour mes sens. L’amour pourrait venir plus tard.

On décida de se marier le 2 avril 1845 à la mairie Saint Sauveur d’Aunis. On prépara tout mais un événement vint contrarier ce bel agencement.

Ma fille Marie Eugénie allait maintenant sur ses trois ans, marchait, gambadait, parlait très bien et faisait régner la terreur dans la maison. Ma mère lui cédait absolument tout et moi bien trop occupé à mon travail et à mes allez et retour sur Marans je ne pouvais pas corriger cette mauvaise inclinaison. De toutes façons ce n’était pas le rôle d’un homme de s’occuper de cela.

Un jour elle eut de la fièvre, beaucoup de fièvre , brulante, elle se coucha dans mon grand lit, elle toussait aussi beaucoup et une irruption de bouton lui couvrit l’ensemble du corps.

Ma mère n’était pas inquiète du tout, tous les enfants ont cette maladie. Peut être mais rien ne passa, la fièvre augmenta, elle délirait et avait grand peine à respirer.

Maman fit venir une espèce de sorcière qui habitait  Rioux, un hameau du Gué d’Alleré, incantation, plantes, la vieille aux mains sales ne guérit rien. Je ne m’étais rendu compte de rien, mais un soir devant la gravité des faits , j’allais trouver le docteur Potet, il vint aussitôt mais finalement ne put que fermer les yeux de ma petite.

La rougeole et l’ignorance de ma mère avait tué ma petite fille. Mourir à 15 jours du remariage de son père cassait un peu la dynamique de la fête.

Je n’avais plus de planches alors un drap de lin suffit, même si la mortalité reculait un peu chez les enfants, peu de famille était épargnée par ces morts prématurées. Alors à quoi bon se lamenter, notre cœur était dur et il fallait bien continuer à vivre.

Ma future m’accompagna le jour de l’enterrement, je la présentais ainsi au village,bien sûr les commères parlaient d’indécence de montrer ma nouvelle femme à l’enterrement de la fille de la précédente.

Je n’en avais rien à faire, et le soir Marie Magdeleine dormit chez moi. Cela aurait pu être le prélude à une nuit de noces, mais figurez vous qu’elle ne le souhaita pas.

Quinze jours plus tard ce fut mon quatrième mariage, nous avions décidé de faire profil bas suite au décès de ma petite, mais enfin un repas fort bon sanctionna la journée.

C’est monsieur Junin qui maintenant maire nous maria, je respectais fort cet homme. C’était une bénédiction pour le village.

Marie Magdeleine Ursule Vincent ma belle Marandaise devint donc madame Petit.

Dois je vous parler de ma nuit de noces, moi c’était ma quatrième, un vieux routard en somme. Mais pour Marie cela devait être sa première. J’avais beau être un paysan analphabète et sans culture je sentais confusément que la lorsque un homme et une femme se découvraient pour la première fois l’évènement conditionnait leur vie intime future. Alors même si ce n’était pas une attirance exceptionnelle qui nous avait réunis je voulais que cette nuit fut belle et que ma compagne soit heureuse.

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