UN FUNESTE DESTIN, Épisode 12, une louve dans la bergerie

On calcula approximativement qu’il arriverait vers les Pâques de l’année 1842. Marie voulait une fille moi un autre garçon. Je préférais inconsciemment assurer ma postérité, c’est bizarre de vouloir ainsi perdurer à travers le sang de son sang. Je présume que cet instinct est animal et qu’il vient de la nuit des temps car sinon notre espèce aurait disparu. Les enfants vous apportent quelques satisfactions mais aussi beaucoup de tracas alors si on fait la part de toutes ces choses il y a peut être équilibre entre les bonheurs et les malheurs.

Son ventre tranquillement s’arrondissait et le travail lui devint pénible mais enfin tout ce passa au mieux

En la maison voisine ma sœur venait d’accoucher d’une petite fille, ils la nommèrent Geneviève Élina.

J’ étais présent lorsqu’elle est arrivée et pourtant le beau frère fit choix de cet idiot d’Etienne Petit comme témoin. Certes je n’étais pas marchand drapier mais tout de même on se voyait tous les jours. On était comme les doigts d’une même main alors je lui en ai voulu.

Bon maintenant il faut quand même que je vous raconte, avec Marie on avait fait entrer le loup dans la bergerie ou plutôt la louve. Pour nos vendanges nous avions eu besoin d’un peu de main d’œuvre et on embaucha une journalière de 27 ans qui venait des Deux Sèvres, le département voisin. Mais comme elle n’avait nul part où loger on la prit à la maison.

La maison n’était pas grande et la promiscuité avec cette étrangère devint vite équivoque. Elle se lia d’amitié avec ma femme, elle faisait tout ensemble, travail, ménage, lessive, toilette. Magdeleine puisque c’est son prénom passait des heures à peigner les longs cheveux de Marie en se racontant des histoires. Ma mère enrageait et en les voyant claquait la porte et s’en allait chez ma sœur. Les deux bougresses se disaient tout et j’avais l’impression que Magdeleine connaissait tout de moi, mes particularités physiques et mes performances au lit. Au début lorsque je faisais l’amour à Marie j’avais l’impression que Magdeleine était à coté à nous observer. Nous voir non mais nous entendre certainement, elle devint un peu embarrassante. Si il n’y avait pas eu ma mère à la maison, le village aurait crû que nous faisions ménage à trois. C’était faux même si il faut l’avouer la belle ne me laissait pas indifférent. Toujours à virevolter, à faire tourner son jupon, à se pencher pour me montrer sa belle poitrine et en plus de cela une impudicité presque totale. Elle attisait mon envie, était jolie, jeune et bien tournée.

Un jour à l’étable elle se fit un peu présente et se frotta à moi en allant traire, j’explosais de désir mais un brin de respect pour ma femme et une peur des ennuis me fit repousser l’audace de la journalière.

Quelques temps après elle nous déclara en pleurant qu’elle pensait être enceinte. Nom de dieu il manquait plus que cela, ma mère se tourna vers moi et ma femme aussi. Il me fallut me fâcher pour leurs imposer le fait que je n’y étais pour rien.

Le soir au lit on s’engueula copieusement, je n’avais rien fait et que l’on m’accuse me mettait en rage.

C’est la première fois que j’eus envie de mettre une volée à la Marie, j’étais de bonne fois elle m’aurait arraché les coups.

Mais le pire c’est que tout le village crut réellement que j’étais le père, je vous dis pas la réputation.

Ma mère et moi on voulait la mettre dehors, mais Marie était solidaire avec la traitresse qui se refusait à donner le nom du père. Mais savait- elle finalement qui il était?

Elle accoucha le 8 octobre 1841 à la maison assistée de ma femme et c’est moi qui du aller déclarer la petite. Magdeleine lui donna le prénom bizarre de Brigitte.

Le maire monsieur Raimond ne mâcha pas ses mots en me voyant,  » alors Dauvert tu viens déclarer ta fille, tu es presque bigame  »

Oui le maire m’appelait Dauvert pour me distinguer des autres Petit qui habitaient le village. Nous étions nombreux à nous appeler ainsi alors on me surnommait en m’accolant le nom de ma mère.

J’eus bien du mal avec cette croyance et c’est tout juste si on ne me tourna pas le dos lorsqu’enfin je pus nous libérer de la présence de Magdeleine et de Brigitte. C’est comme ci je jetais dehors ma femme et ma fille.

Ma femme fut délivrée de notre fille le 14 avril 1842, Marie Eugénie qu’on la nomma, ce fut par la suite la petite nini. La belle fut tout de suite bien fragile, petit oiseau blessé, au regard terne, à la peau jaune. Les femmes y voyaient un air de ressemblance avec mon épouse, comment cet être emmailloté, en équilibre entre la vie et la mort pouvait- il ressembler à la belle Marie. D’ailleurs les mégères de Saint Sauveur et ma mère en tête trouvaient bien que la petite Brigitte Roi tenait de moi au physique alors que je n’avais jamais touché sa mère.

Ma foi contrairement à toutes attentes elle résista un peu, il fallut bien sevrer le François car se foutu goulu asséchait le lait de sa mère et tétait aussi fort qu’un veau.

On le passa au lait de vache et le bougre fut tellement pris de diarrhée qu’on cru le perdre. Encore une fois c’est le bon docteur Junin qui nous tira d’affaire. Nous avions eu chaud et nous aurions eu déplaisir à le perdre car ce petit être plein de vie illuminait un peu la notre.

Tout aurait pu être parfait si ma femme n’était tombée de nouveau enceinte, nous avions la paire du roi, je n’avais pas assez de terre pour nourrir une grande fratrie alors à quoi bon s’embarrasser de mouflets qui vous suçaient le capital.

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