DESTIN DE FEMMES, Épisode 32, la mort de Rosalie

Le cinq février 1857 un garçon naquit au foyer, Victor exulta mais pas moi. Le bébé tenait plus du rat crevé que d’un être humain, pour sûr il ne vivrait pas.

On le laissa tranquille, de toutes façons il ne fallait pas le nourrir tout de suite, mais jamais nous ne l’entendîmes sortir un cri, un mouvement de paupières et une respiration saccadée indiquaient qu’il vivait.

On l’emmena se faire baptiser, le lendemain, cause à effet il était mort. Charles c’est le nom qu’on lui avait donné et que personne n’eut le temps de prononcer.

L’enfant je m’en moquais mais ma fille elle, était mourante. Une hémorragie se déclara et de violentes douleurs dans le bas ventre la faisaient hurler.

Elle traina des mois, le sang lui sortait toujours des appareils reproducteurs, son ventre était douloureux et le mal irradiait dans son dos. Mais la bête n’était pas morte pour autant, luttait mais ne gagnait. La grande faucheuse impavide et tranquille attendait passive devant la maison, j’entendais son ricanement, je sentais son froid passage.

Rosalie s’éteignit le 16 juillet 1857, après tant de douleurs, sa mort lui fut une délivrance. Mes larmes pendant son long calvaire s’étaient taries, mais devant sa tombe lorsque la petite Rosalie sa fille me prit la main, les yeux tels une source après la pluie, en versèrent un torrent .

Ma situation était claire nous avions maintenant un veuf, avec un beau fils de neuf ans, deux filles en bas âge, un Alphonse fils de son premier lit âgé de 10 ans. C’était un joli équipage mais qu’en faire et comment le conduire.

Naturellement je me devais de prendre le premier né de Rosalie, qui n’était pas du Victor, mais ce dernier l’avait prit en amour et le considérait comme son fils alors que faire.

Je fis donc à Victor la proposition de s’installer avec moi à Villiers Saint Georges, ma maison était grande et nous pourrions loger aisément. De plus comme il y avait deux chambres, la décence serait respectée. La vieille veuve et le plus tout jeune veuf feraient un bout de chemin ensemble, tout de moins jusqu’à ce que les enfants se débrouillent seuls.

Mon gendre déménagea avec les enfants, chacun s’installa comme il put, tentant de trouver ses repères. Je gardais le lit principal celui qui était dans la pièce de vie commune et autour de moi, on fit graviter les paillasses des enfants. Victor s’isola un peu car nous avions un étage qui nous servait de grenier, on nettoya , on poussa les objets et son châlit trouva un faible emplacement.

Il se fit discret et passait le plus clair de son temps en extérieur, il me donna sa paye pour que je gère le ménage ne se gardant que quelques pièces pour son tabac et ses verres de vin. Pour le reste je faisais ce que je voulais. D’abord j’envoyais les enfants à l’école, la commune avait obligation de tenir une école ouverte. Certes de les envoyer n’était pas obligatoire et beaucoup préféraient voir les leurs aux champs, aux vaches, aux oies, ou aux moutons que sur les bancs d’une école à ânonner l’alphabet. Moi pourtant née au siècle dernier et ignorante de tout, je sentais confusément que c’était une bonne chose et que cette éducation pourrait leurs permettre de sortir de notre crasse condition.

On entra dans une période un peu triste, Victor comme je vous l’ai dit, on ne le voyait pas beaucoup, les enfants grandissaient tranquillement.

On se débarrassa d’ Alphonse, il n’était pas de mon sang mais c’était un bon gamin,il partit sur Jouy le Chatel comme domestique.

Toujours l’immuable destin des pauvres, Victor lui était enfin cantonnier, bon travail dont il était fier et qui il faut le dire était moins fatiguant que maçon.

Nous formions un sacré assortiment et il ne fallut pas beaucoup de temps pour que la rumeur publique nous attribut une liaison. Je me demande bien pour quelle raison on pouvait s’imaginer une telle chose nous avions plus de vingt ans d’écart et ayant été marié à ma fille je le considérais comme mon fils.

Comme si un homme et une femme ne pouvait pas vivre sous le même toit sans faire de cochonneries.

Par contre le Victor si il ne faisait pas attention à moi, il ne fut guère long à se trouver une remplaçante pour la bagatelle et un jour où je rentrais un peu plus tôt que de coutume, je trouvais mon lascars en action avec une jeune veuve du village. Lui fut un peu gêné que je le vois les fesses à l’air, mais la donzelle que je connaissais fort bien n’en fut absolument pas troublée. Cette foutue garce jeune veuve affriolante semait la panique dans les couples du village, tant elle avait la réputation d’avoir la cuisse légère. Il ne m’étonnerait pas qu’un jour elle se prenne une raclée par les poules du village tremblant pour leur coq.

Victor était un homme il avait des besoins et à mon avis devrait se trouver quelqu’un, car moi je ne n’étais pas éternelle et il me répugnait un peu de frotter ses fonds de pantalons.

Quand à moi, ma vie de femme était terminée, plus de menstrues, plus de grossesse et plus d’homme à me pousser aux côtes quand j’en n’avais pas envie. Une sorte de liberté qu’enfin la vie m’accordait, tous mes enfants étaient mariés et surement la génération suivante suivrait de près.

 

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