LA VIE TUMULTUEUSE DE VICTORINE TONDU, épisode 36, mariages et petits enfants.

un fils de Victorine

Sur le retour, toutes envies irrémédiablement passées j’aperçus ma fille Marie en galante compagnie prés de la papeterie. Elle fit mine de ne pas me voir et fila prestement, décidément une bien mauvaise journée.

Je verrais plus tard à éclaircir les allées et venues de ma fille, je me renfrognais sur moi même et sur un amour perdu que j’avais d’ailleurs à peine entrevu et goûté.

Je ne sais comment aurait réagi Charles si il m’avait surprise , je ne préférais pas y penser et me décidais à enfouir ce secret au plus profond de moi. Quand j’irai mal, j’y repenserai, un moment de sublime délice qui m’aiderait à passer mes mauvais moments futurs.

Joseph avait maintenant fait son temps au 31ème régiment d’infanterie, c’était un bel homme, vigoureux, de taille moyenne. Les yeux bleus des Trameau qui étaient fort bien assortis à sa tignasse châtain clair. Il avait décidé de se mettre à la recherche d’une femme , de fonder un foyer et de s’émanciper de la tutelle paternelle. Il exigea et obtint de son père de garder sa paye pour pouvoir se constituer un petit pécule. Cela ne nous changea pas grand chose après quatre ans de vie militaire où sa solde disparaissait en boissons, cabarets et putains.

J’avais donc un fils qui désirait partir de la maison, alors que j’étais déjà triste d’avoir vu partir Victor et sa famille sur la ville de Nogent sur Marne, enfin triste de le voir lui, car sa femme la Marguerite je n’y étais guère liée. Je ne supportais pas ses airs supérieurs, il fallait la voir passer, se prenant pour une parisienne la bouche et le cul pincés. Elle avait beau tenter des effets vestimentaires, elle gagnait son argent au cul des vaches et son Victor suait sang et eau en bottelant ses gerbes comme son père et ses frères.

Quand aux enfants ils n’en avaient plus qu’un car le deuxième était mort à trois ans emporté, le pauvre petit par une maladie infantile. Les parents avaient tout fait pour le sauver à l’avait même fait entrer à l’ hôpital Trousseau de Paris spécialisé pour les enfants. Il y était mort quand même, du temps de mes parents on ne se préoccupait guère des enfants qui crevaient comme des chatons sur tas de fumier.

Donc le Victor y reviendrait à Chailly seulement pour les noces et peut être aussi pour les enterrements.

Mais ce n’était qu’une vaste allée et venue car le Charles celui marié avec Léonie se prit de gueule avec son beau père et revint s’installer au village, bien sur pas chez nous il faut pas exagérer.

Comme cela je pus prendre le petit Fernand dans mes bras alors que je ne l’avais encore jamais vu.

De plus ma belle fille eut un petit André au mois de mai, j’aurais aimé l’assister mais visiblement ma présence ne fut pas requise et ils se débrouillèrent entre jeunes et aussi avec la sage femme. Car voyez vous madame ne voulut pas de docteur car c’était un homme et question de pudeur elle ne voulait pas lui montrer ses cuisses. Considération d’un autre age, pour moi  seule la certitude de survivre à cette dure épreuve importait et quand un accouchement se passait mal on montrerait son fondement à n’importe quel homme.

Pour résumer, cette période pour moi est familiale, Émile à deux enfants, Charles à deux enfants, Victor à deux enfants et mon aîné ma fois j’en sais trop rien. Pour les plus jeunes, mon joseph vient de rencontrer une domestique nommé Clotilde, il ne l’a pas cherchée bien loin car elle travaille à la ferme avec nous à Saint Lazare. Il faut les voir tous les deux, des vrais amoureux, toujours à se toucher, à se baiser, à rigoler pour un rien, ils ne tarderont pas si cela n’est déjà fait à se découvrir plus profondément.

Moi cela m’attendrissait et m’émouvait, cette jeunesse plein de sève et de vitalité alors que moi grosse dondon je m’enfermais dans une solitude affective.

Joseph demanda l’autorisation à son père de se marier, le vieux surpris qu’on lui demande sourit de sa bouche édentée. La petite était de Beton Bazoche, le père mort, il ne restait qu’une pauvre manouvrière qui pour sur était contente que sa fille se marie. Aucune richesse, aucun contrat à signer, ils avaient leur jeunesse, leur force et leurs espérances. Pour sur cela ne faisait pas lourd en un temps où les choses changeaient et que les tentations augmentaient. De mon temps on avait rien, maintenant vous pouviez acheter des babioles, des jolis habits, des médications, des pommades ,des onguents, les journaux nous sollicitaient et il paraît même qu’à Paris il existait des grandes boutiques ou l’on trouvait de tout. Nous nous avions l’épicerie et son bric à brac.

En octobre nous fumes donc de noce, cela se passa à Chailly, Charles servit de témoin ainsi que Victor qui était venu avec sa famille de Nogent sur Marne, avec le train cela était maintenant facile.

Les compagnies ferroviaires pour obtenir les concessions des grandes lignes devaient en contre partie développer un réseau secondaire. Il y avait donc des gares dans le moindre village et les tacots qui emmenaient le fret local avaient tous quelques wagons de voyageurs.

Avec Marie on alla les chercher à la Bretonnière, on se bisa et on fut heureux de ces retrouvailles.

Mon fils aîné avait été convié par son frère mais par retour de courrier nous expliqua qu’il ne pourrait se rendre à Chailly.

Je m’investis dans les préparatifs du repas, quitte à se saigner aux quatre veines on ne manquerait de rien. Noces traditionnelles sur deux jours mais là n’est pas l’essentiel.

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